• Renouveau

     

     

     

    L’écran large de mes visions demeure désespérément  plat. La France regagne les salles sur la pointe des masques (obligatoires depuis lundi), à 30% de la fréquentation habituelle. Les productions nationales ont la cote, Les parfums embaument un joli parterre (180.000 spectateurs en deux semaines, soit un tiers des entrées hebdomadaires).

    Cela dit, l’été cinéma est souvent synonyme de disette ; l’envie d’air libre, de cieux étoilés poussent à l’extérieur, avec la complicité du soleil, soucieux de réchauffer des corps que le confinement a refroidis. Vite, vite, aspirons à grande goulées le vent de l’évasion avant que le virus ne nous cloître à nouveau. La perspective d’une réplique de la pandémie relève du scénario catastrophe, trop cinématographique pour être vrai. La vie est plus forte que la fiction.

     

    Eyes of War : Affiche

    Néanmoins, lorsque la faim d’une bonne toile me tenaille, je me rabats sur la petite lucarne (106 cm de diagonale, tout de même). J’enregistre en vue des jours de pluie. Eyes of War dormait sur le disque dur du décodeur. Le réalisateur de ce film (disponible en VOD) sorti en 2009 est bosniaque. Il a suivi en images le siège de Sarajevo aux côtés de l’armée bosniaque en 1993. Ses souvenirs du conflit constituent une source d’inspiration. Danis Tanovic a dû certainement connaître un reporter de guerre tel que celui incarné  par Colin Farrell (covaincant), rentré hagard du Kurdistan, sans son ami de toujours, porté disparu.

    - Que sais-tu ?, questionne  l’épouse enceinte

    - Rien, je ne sais rien.

    De réponses évasives en contemplation morbide des clichés atroces vendus  au prix fort à de grands magazines d’information, Mark sombre dans la dépression et paralyse ses jambes.

    Sa femme appelle son père psychiatre (le revenant Christopher Lee) à la rescousse. Le thérapeute adopte une approche singulière afin d’amener Mark à livrer le récit de l’accident à l’origine de son profond trauma. Il lui demande de raconter une scène de guerre, n’importe laquelle, la première qui lui vient à l’esprit. Le vieil homme gagne la confiance de son patient, jusqu’au moment où il met le doigt sur l’immense culpabilité qui taraude Mark.

                                                         Eyes of War : Photo Colin Farrell, Danis Tanovic

    Cette thérapie non conventionnelle force l’attention. Les récits successifs rapprochent Mark d’une réalité celée. Le patient et le médecin bataillent pour identifier l’intrigue qui a plongé Mark dans un état de prostration. Les narrations s’accompagnent désormais de croquis des lieux, théâtre des événements relatés. J’imagine que  dessiner allège la remémoration de moments douloureux, l’attention étant décentrée, non plus focalisée sur la seule construction d’un compte-rendu cohérent. Le dessin active aussi l’imagination, permet de délier des paroles placées sous contrôle de la raison. Enfin, retracer la géographie du drame, met en face des yeux les faits à l’origine du stress post traumatique. La digue du silence s’effondre, la vérité surgit, frontale.

                                                   Eyes of War : Photo Colin Farrell, Danis Tanovic, Paz Vega

    Comment vivre  après une révélation accablante, comment soutenir le regard des proches sidérés ? La reconstruction peut commencer à force d’amour et de tolérance. Le film se termine là où une nouvelle histoire commence. Mes pensées divaguent vers l’époque actuelle. Je me demande si le virus va traumatiser en profondeur ou nous troubler  superficiellement. Nous secouer assez, en tout cas, pour envisager une autre façon de produire et de consommer, avec ardeur et courage. C’est le roi Philippe qui le dit dans son allocution signant la fête nationale.                                 

     

                                   Je retourne à mes lectures, porteuses de changement.

       

     

    Comment la terre s'est tue : Pour une écologie des sens par Abram            Les émotions de la Terre: Des nouveaux mots pour un nouveaux monde par Albrecht                 L'âge des low tech par Bihouix

     

    Porte d’entrée simple vers l'action : l’alimentation, en étant conscients que la diversité de nourriture, la croissance de consommation d'azotés et de glucoses n'est pas une surcharge due à la gourmandise mais une réponse compensatoire aux dépenses nerveuses impliquées par cette vie technicisée.

     

                                                   Rien n’est simple, inutile de compliquer.

     

                     Pour la fête nationale, je vous offre une bouffée de douceur avec le grand Toots                                      

       


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