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                                                    Gaspard va au mariage : Photo Christa Théret, Félix Moati, Guillaume Gouix

    Ma compagne et moi sommes constamment à l’affût de bonnes comédies. Nous avons élu Gaspard va au mariage les yeux fermés sur la foi d’une bande-annonce farfelue. Le film était sorti début mars en Belgique, il était temps de vérifier la première bonne impression. Surprise, nous sommes en compagnie de deux classes de première et deuxième secondaire. Nous nous installons parmi eux. Nous causons un brin avec un des professeurs. Les élèves proviennent d’Habay, un petit village dans le Luxembourg belge. Ils découvrent une grande ville (Namur en l’occurrence, capitale de la Wallonie) durant une semaine de programme culturel. Ma question sur le choix du film reste en l’air, la projection commence.

    Les jeunes spectateurs sont calmes, hormis deux bavards derrière nous dans la même rangée qu’un de leur prof. Curieusement, celui-ci ne leur dit pas de se taire. Un bon quart d’heure avant la fin, nos jeunes compagnons se lèvent comme un seul homme. Une scène très suggestive avait suscité des rires embarrassés. Auparavant, l’exhibition incongrue de corps nus, sexes bien visibles, avait déjà fait frémir (Antony Cordier aime choquer et banalise les situations scabreuses). Un, deux, trois élèves quittent la salle. Un accompagnant s’inquiète et sort. Quelques instants après, il donne le signal du départ au grand soulagement, semble-t-il de la majorité (silencieuse). « Ils ont bien fait de partir, dit mon épouse. Tu imagines ce qu’ils auraient raconté à leurs parents si les enseignants n’avaient pas réagi… »

     

    Gaspard va au mariage : Photo Félix Moati

                                                                                                            Seuls dans la salle, nous pouvons enfin exprimer notre énervement et notre déception à voix haute. Nous avions ri une seule fois à suivre la famille foldingue. Le père cavaleur entend se ranger. Il propose le mariage à sa deuxième femme qui change d’avis à trois jours des noces. Gaspard, qui avait pris ses distances avec une sœur amoureuse, parée d’une peau d’ours depuis son enfance, revient au foyer avec une fiancée hélée en rase campagne quelques heures plus tôt. Laura assez fantasque ouvre pourtant les grands yeux sur la relation fusionnelle entre Gaspard et sa sœur ourse.

                                                      Gaspard va au mariage : Photo Christa Théret

    Le frère aîné (jaloux de Gaspard) gère contre son gré le zoo moribond. Bon, dit ainsi, il y a le matériau d’un comique absurde où au moins d’une fable animalière anthropomorphe. Raté, le premier degré règne en maître absolu, l’intention étant de montrer la difficulté à se défaire de liens familiaux empêchant de vivre sa vie. Quelques séquences oniriques ne sauvent pas l’ensemble, d’un ennui uniforme. L’engouement critique français me laisse carrément perplexe : la comédie de l’année ; un conte loufoque sur le deuil de l’enfance ; rappelle les réussites décontractées de la nouvelle vague. Je n’ai trouvé aucun commentaire belge, j’en déduis que le film n’a pas été montré à la presse, sorti à la sauvette, bien après la France.

    Nous sortons échaudés par notre élan inconscient, coûte que coûte vers la comédie. Nous sommes également déçus de que le cinéma nous propose ces dernières semaines, hormis Finding Your Feet, un film drôle, tendre et grave sur les aléas de la vie.

     

     


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