• Remous à Genève

     

     

                                     Bienvenue en Suisse: Léa Fazer                  

     

    Les salles de cinéma françaises ont un horizon timide. Elles espèrent rouvrir à la mi-mai, sous conditions.  Selon des sources bien informées, la reprise aurait lieu en trois phases : une jauge à 35% des places occupées pendant quatre semaines, puis à 50% et le plein au début juillet.

    On veut y croire. Le nombre de films disponibles ne cesse d’augmenter. Plus de 400 longs-métrages attendent leur hébergeur. La chronologie des sorties constitue un véritable casse-tête pour les distributeurs. Ceux-ci investissent 10 à 15% du budget des films. L’offre pléthorique va obérer les entrées en salle. Les grosses productions s’apprêtent à coloniser les écrans, ne laissant que des miettes au cinéma d’auteur et aux petites productions. L’art et essai en sera peut-être réduit à se vendre aux plateformes de vidéo à la demande, sans grand espoir toutefois ; le genre ne plaît guère au cinéma en ligne. Je suggère que les chaînes de télévision prennent le relais, Arte en tête évidemment. Son audience continue à progresser.

     

                                          Stéphanie Chuat et Véronique Reymond  • Réalisatrices de Petite SoeurStéphanie Chuat et Véronique Reymond

    Des listes de titres circulent ça et là. Je ne m’y fie pas trop. Je pointe quelques envies. Petite sœur me fait de l’œil. Les deux réalisatrices, complices depuis l’enfance, viennent de rafler cinq récompenses au Prix annuel du cinéma suisse. J’avais déjà vu la bande-annonce de cette belle histoire d’amour fraternel. Je suis un grand fan de Marthe Keller (prix du meilleur second rôle), qui joue la mère de Lisa.

    Lisa (Nina Hoss) est la jumelle de Sven (Lars Eidinger). Elle vit en Suisse, il est à Berlin. Sven a un cancer, il veut encore jouer Hamlet. Lisa a deux enfants et un mari. Elle met sa vie en jeu pour aider son grand frère (deux minutes de différence à la naissance) à remonter sur les planches.

     

                                              "Un acteur désiré est un acteur qui se sent vivant."

    Le film était en compétition au dernier festival de Berlin, un distributeur a déjà  acquis les droits. Le cinéma helvétique est méconnu. Ma mémoire sort facilement les noms de Claude Goretta, Alain Tanner, Daniel Schmid et Godard évidemment. Ça c’est la vieille garde. Je ne vois qu’un nom chez les jeunes, Ursula Meier, qui a d’ailleurs assisté Tanner. Elle a tourné un premier film, Home (2008) avec Isabelle Huppert  et Olivier Gourmet. Son deuxième, L'enfant d'en haut (2012) a obtenu un Ours d’argent à Berlin.

     

    Bruno Ganz lors des Golden Camera Awards, à Berlin, le 1er février 2014. Bruno Ganz            Description de cette image, également commentée ci-aprèsJ-L. Bideau

    Côté acteurs, je sors B runo Ganz, Vincent Perez, Jean-Luc Bideau, Jean-François Balmer et… Michel Simon. J’ignorais que ces deux derniers étaient suisses.Chez les actrices, j’ai Marthe Keller bien sûr, dont la renommée débuta à la télé avec le feuilleton La demoiselle d’Avignon (1972). Et aussi, comment l’oublier, Ursula Andress, la première fille à James (Bond) et Madeleine Robinson, grande actrice « française » des années 50, naturalisée suisse. J'allais ignorer Liselotte Pulver, couronnée cette année d'un Prix d'honneur du cinéma suisse à 91 ans.Elle fut une jeune première dans les années 60.

     

     

    Ehrenpreis 2021: Lilo Pulver  Lilo Pulver           Petite sœur : Photo Marthe Keller Marthe Keller

    Enfin, dernier fleuron mémorable, le festival de Locarno, qui a lieu  partiellement à ciel ouvert chaque été depuis 1946.  Son émule, le festival de Zurich fondé en 2005, commence à se tailler une  réputation,

    La Suisse, c’est aussi des réalisateurs de langue allemande et italienne. Ils collectionnent les grands succès du cinéma suisse. La production nationale ne draine toutefois que 14% des entrées. L’an dernier, Les enfants du Platzspitz, de Pierre Monnard (Suisse alémanique) a totalisé 320.000 spectateurs, soit la moitié des recettes des films helvétiques très en vogue en 2020, année amputée de deux tiers de sa fréquentation courante.

                                               Une scène du film "Les enfants du Platzspitz".  [Ascot Elite Entertainment Group]

    Les artistes helvétiques ont généralement le sens de l’autodérision. En 2004, Léa Fazer signe un Bienvenue en Suisse hilarant, avec Vincent Perez en régional de l’étape. La jeune réalisatrice se tourne ensuite vers la télévision avec le récent téléfilm Nadia et un épisode de L’homme d’honneur (à l'écran actuellement).

     

        La Salamandre                    https://spoutnik.info/wp-content/uploads/2018/09/Jonas_affiche.jpg          Hécate

    Dans les années 70, le cinéma suisse s’inscrit dans la mouvance de mai 68. Il critique les patrons, la société policée, le conformisme. Aujourd’hui, la tendance demeure à l’autocritique d’un pays berceau de la Croix-Rouge et hôte de nombreuses organisations internationales. Le nouveau cinéma suisse secoue le cocotier des biens pensants et exhume les anciens militants. Il garde le cachet d'une sensibilité pudique.

    La preuve scientifique de l'existence de Dieu est un bel exemple de nostalgie combative. Le film de Frédéric Baillif est sorti le 16 juillet dernier, en Suisse et puis c’est tout. Le cinéma national s’exporte peu. TV5 monde le rediffuse mardi 6 avril à 14h00 et lundi 12 avril à 23h10. Les cinq militants pacifistes de 1968 y jouent leur propre rôle, entourés de Jean-Luc Bideau, d’Irène Jacob (magnifique dans La double vie de Véronique) et du rappeur Malaka.

                                          Le quintet reprend vie cinquante après avoir été emprisonné pour objection de conscience. Trois hommes et deux femmes prônent le service civil au lieu du sacro-saint  service militaire. Un demi-siècle après, ils militent contre l’exportation d’armes fabriquées en Suisse avant une votation cruciale. Un des cinq tourne un documentaire sur leur passé de militants. L’occasion de faire le point sur ce qui a été, n’est plus et peut encore advenir. La filiation est frappante avec Jonas qui aura 20 (ou 25?) ans en l'an 2000 (1976) du bon vieux Alain Tanner.

    Le montage alterne documents d’époque et fiction. Le film secoue, émeut, stimule. Les sommets enneigés subissent l’érosion. Mais la lave continue à bouillonner en profondeur, songe le peintre paysagiste, à l’écart du monde. Chapeau aux mamys et papys ; sapristi la vie  la vie finit par reprendre le dessus. Ce n’est qu’un début, continuons le combat.

     

                                             La preuve scientifique de l'existence de Dieu

     

         J'ajoute Bettina Oberli sur la liste des jeunes talents suisses. Son deuxième film, My Wonderful Wanda, suit les ravages causés par une infirmière polonaise dans une famille bourgeoise. En allemand, comme Petite sœur.                      


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