• Rémanence

    Couverture de Le Petit Prince J’ai entendu Le Petit Prince une première fois à sept ans. J’étais en deuxième primaire. Je vois encore    l’instituteur assis sur l’estrade, sa classe groupée autour du tourne-disque. J’ai toujours dans l'oreille  la voix claire et enjouée de Gérard Philippe.


                                L’enfant à l’écharpe était aussi à mon mariage. Nous avons lu sa rencontre avec le renard.


    … Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…
                           …On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.


    La rémanence du conte de Saint-Exupéry est inaltérable. J’ai donc commencé mon rattrapage avec le regard librement inspiré de Mark Osborne sur un livre majeur à ses yeux d’adulte artiste. Il tourne autour de l’histoire en racontant l’amitié naissante entre un

    vieil aviateur et sa petite voisine studieuse.Le merveilleux fou volant voulant encore voler dans sa drôle de machine n’a jamais parlé de sa rencontre avec l’enfant clairvoyant au milieu du désert. Pourtant, il a tout écrit et tout dessiné sur des feuilles volantes. Au soir de sa vie, le vieux bonhomme excentrique livre son grand secret à la fillette. L’ancien toujours jeune détourne la petite fille d’une voie tracée vers l’excellence, voulue par sa mère soucieuse de l’avenir de son enfant. Le père très « affairé » ne voit jamais sa fille. Le monde des adultes est gris, fermé et angoissant, défini en pixels de synthèse.

    L’univers du Petit Prince est animé image par image, chaleureux, poétique et apaisant

     

     

               Le Petit Prince : Photo                                      http://static.mmzstatic.com/wp-content/uploads/2014/12/le-petit-prince-film.jpg

    Le recours aux deux techniques marque nettement la coupure entre le monde adulte désincarné et l’imaginaire de l’enfance. Les séquences en papier crépon me replongeaient dans le livre feuilleté et lu tant de fois.
    Le Petit Prince est universel. C’est la principale réussite du film, de perpétuer la transmission d’un message essentiel à travers les âges et les nations :
                                          Gardez surtout votre âme d’enfant. Oublier son enfance est gravissime.


    Grandir oui, mais fuir les cités tentaculaires et les cœurs secs. Osborne s’offre une longue métaphore sur le capitalisme totalitaire, dans une digression déroutante pour le jeune public. Rien de surprenant pour un cinéaste américain indépendant. Il a pris ses distances avec Hollywood après avoir refusé de tourner une suite à son Kung Fu Panda (le 3 sort au printemps). Il suit son envie et ses valeurs. Il a accepté Le Petit Prince parce que ce livre, offert par sa femme, le relie à la candeur enfantine de sa facette d’artiste, à l’image de l’aviateur allègre qui réveille l’innocence gelée de sa petite voisine.


    Ce Petit Prince amplement revisité plaira peut-être plus aux grands qu’aux petits. Les tout tout jeunes – j’ai vu une grand-mère avec son petit-fils de cinq ans- se laisseront bercer et assoupir par la voix de Camille, interprète de quatre chansons.


                                           "Parle, c'est si beau quand on parle/Parle au ciel et aux étoiles",


    La voix intérieure de la petite fille rappelle celle qui résonnait en nous lorsque papa ou maman inventait une histoire avant de dormir. Ces voix qui apprivoisent le grand trou noir de la nuit, qui endorment l’angoisse latente de la mort.

    Deuxième rattrapage, Pixels.  J’y suis allé sur le seul nom de Chris Colombus. Je me souvenais d’un bon moment passé dans Une nuit de folie, son premier film en 1987. Je me suis à nouveau bien amusé.

                                     Pixels : Photo


    Donkey Kong, Galaga, Centipede, les Space Invaders, Pac-Man grandeur nature défient les terriens dans un combat en trois manches. Les jeux vidéo d'arcade des années 80 éclatent les consoles et terrorisent New-York. Le président des Etats-Unis, ancien gamer, appelle ses potes à la rescousse. Sam ne s’est jamais remis d’une cuisante défaite aux championnats du monde 30 ans plus tôt. Il végète dans un boulot d’installateur de jeux au lieu d’en créer avec son prodigieux cerveau. L’invasion extra-terrestre lui donne sa revanche.
    Etre expert dans un jeu, c’est échapper à la mauvaise image de soi, écrivait Michael Stora en 2007. Le fondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines est un des premiers à travailler avec des jeux vidéo en psychothérapie. L’enfant en panne d’estime de soi se valorise en étant un as de la console. Sam arme son fusil laser et déjoue les

    trajectoires prévisibles des mille-pattes programmés. Pixels : Photo Adam Sandler, Josh Gad

    Humour, action, délassement, du cinéma de pure détente, savouré dans une régression ado assumée, même si j'ai rarement joué arcade ( trop sourcilleux).

    Prochain rattrapage : La Rage au ventrece soir, La Rage au ventre : Photo Jake Gyllenhaal

    et demain  La Isla mínima : Affiche  La Isla Minima : Photo

    Et avant ou après la séance du jour, 

    la cueillette du cassis et  J.-B .Pontalis, ses oeuvres littéraires parues en Quarto Gallimard,

                                                                  Il écrit à propos du cinéma,

    "Étrangement, le visible de l'image filmique -cinématographe: écriture du mouvement - laisse apparaître l'invisible, peut, mieux que le langage, donner accès à l'intériorité; ce à quoi échoue le monologue dit intérieur. A croire que seule la surface est profondeur."

     

                          Cinémouvance agite en surface, remue en profondeur. Une expérience à tenter le 21 août

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Coumarine
    Vendredi 31 Juillet 2015 à 16:16

    je me posais la question d'aller ou pas voir ce film: peur d'être déçue...

    Mais ton billet m'y encourage... merci

    2
    Coumarine
    Vendredi 31 Juillet 2015 à 16:16

    oups je parle du petit prince...

    3
    Vendredi 31 Juillet 2015 à 17:53

    Je pensais bien. Tu me diras tes impressions.

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