• Regards sur l'étranger

    Problemski Hotel (2015) PosterL’immeuble tour surplombe Bruxelles. L’ancien siège luxueux d’une grande banque s’est mué           en centre d’accueil pour réfugiés. Une communauté composite erre dans les couloirs déserts et glacials. Chacun habille ce non-lieu d’espoirs mesurés ou chimériques. Je cite en vrac : passer à Londres caché dans un conteneur, être engagé à la légion étrangère, faire un mariage blanc…

     

    Bipul est devenu partie intégrante des murs du Problemski Hotel. Problemski Hotel Il n’est plus personne depuis qu’il a été trouvé sans papiers dans les toilettes d’un aéroport. Il a perdu la mémoire, il ne sait pas d’où il vient, il est donc assigné à être nulle part. Bipul occupe le temps en rendant de menus services. Il roule des cigarettes pour les fumeurs malhabiles. Il est polyglotte, médiateur et poète. Il connaît sur le bout des doigts procédures et textes de loi.L’administration cultive l’art des formules tortueuses. « L’autorisation de rester sur le territoire belge vous est… refusée par la présente.» Le texte déchiffré mot à mot génère un espoir fugace puis un profond découragement.

    Noël approche. Un sapin baladeur cherche sa place. La directrice du centre fait son jogging en boucle dans l’immeuble assoupi. Un pensionnaire entretient l’insomnie de peur que le passé ne traverse les murs pendant son sommeil. Manu Riche mêle burlesque et réalisme, fiction et documentaire, dans un film grave à portée universelle.

    «Je voulais avant tout me détacher de la réalité et davantage parler d'un monde en perdition. C'est une métaphore du monde entier et non une histoire de réfugiés

    Le cinéaste et créateur de spectacles s’est inspiré du roman éponyme de Dimitri Verhulst (auteur de La Merditude des choses). Il a tourné avec des comédiens professionnels et amateurs dont quelques demandeurs d’asile. Les deux rôles principaux ont été confiés à des acteurs qui connaissent l’humeur des migrants, mot valise pour cacher une condition chaotique.

    «C'est leur histoire personnelle qui m'a séduit.

    Evgenia Brandes a vécu une partie du scénario.     

     

     

                                                                                                                                                                                                                                         

    http://www.stuk.be/sites/default/files/images/inline/tarek.jpg Tarek Halabi à lui-même un passé migratoire. Nous avons adapté le scénario en                                                        fonction du choix des comédiens. Il y a beaucoup de choses que l'on ne doit                                                                                  plus leur  expliquer. Ils savent exactement ce qu'est l'exil.»

    Une touche de surréalisme et d’absurde sublime un quotidien plombé par les querelles ethniques, l’animosité entre réfugiés politiques et économiques, les désillusions sentimentales. L’humour et la fantaisie dérident les destins funestes.

     

                                                                                   

    Une autre échappatoire réside dans la narration active de son histoire, racontée non plus en victime mais en auteur d’un récit épique, s’appuyant sur ses intentions, ses valeurs et son courage. Faire émerger des scénarios alternatifs en vue de reconstruire son identité, c’est le propos des thérapies narratives, très utiles dans les états traumatiques. Par exemple, la force de caractère de la victime d’un viol est mise en exergue lorsqu’elle dit s’être retenue de crier pour ne pas réveiller bébé endormi dans la pièce voisine. Cette détermination n’apparaît qu’après avoir déconstruit la version à dominance traumatique du viol.

    La narration stabilise la réalité psychique. Elle permet de différencier le vécu de la personne (son expérience des événements) et sa mémorisation, associée aux significations données sur le champ. Vécu et significations sont réactualisés dans un récit créatif après coup en insistant sur les ressources mobilisées.

                                                              Problemski Hotel - Photo undefined

                                             

    Problemski Hôtel (sortie le 13.01 en Belgique)  a modifié l’histoire que je me racontais sur les réfugiés, influencé par les médias et les préjugés en tous sens. Le film a déconstruit mes croyances. Il me reste à construire pratiquement une histoire avec ces personnes que je tarde à rencontrer.

     

                                   Prochain atelier Cinémouvance le 27 février 2016 sur les secrets de famille


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