•  

     

                                                                            Snowden

     

    J’aimerais bien revoir Snowden (2016) après avoir lu les Mémoires vives (Points 5254) du dénonciateur de la surveillance de masse, exilé à Moscou depuis 2013. Edward Snowden a conseillé Oliver Stone pour réaliser un biopic pied au plancher. Joseph Gordon-Levitt, son double à l’écran a même rencontré le lanceur d’alerte à Moscou. L’authenticité du film repose sur le témoignage de l’ancien employé de la NSA (Agence nationale de la sécurité), puisque l’Agence ne pouvait ni infirmer ni confirmer les faits dénoncés. «La seule solution, disait O.Stone, c’est que Ed écrive un livre un jour.» Ce qui fut fait en 2019.

    Son livre allie pédagogie et récit personnel. Snowden décrit l’architecture informatique qui couvre les citoyens du monde entier. L’entrepôt des données de mission (Mission Data Repository) héberge des serveurs sur 39.500 m2, dépositaires d’un nombre phénoménal de données,

     

    Snowden: Joseph Gordon-Levitt

                                                            « en gros une sorte d’histoire en perpétuelle évolution des faits et gestes à l’échelle de la planète, dans la mesure où la vie peut être modélisée en connectant des paiements à des individus, des individus à des téléphones, des téléphones à des appels et des appels à des réseaux. »

    Cette intrusion inqualifiable dans la vie privée chamboule la conscience du jeune informaticien, partagé entre loyauté envers l’État, son employeur, et la défense des libertés civiles, notamment le droit à la protection de  ses données privées.

     

                                                   Citizenfour Edward Snowden

    Le documentaire Citizenfour (Oscar 2015) rend bien le dilemme de Snowden, confronté au basculement vertigineux de sa vie. La réalisatrice, Laura Poitras est  une des deux personnes (désormais personne à surveiller) auxquelles E. Snowden s’est confié en 2013, dans la chambre d’un hôtel à Hong Kong. Sa dénonciation de l’espionnite aigüe et arbitraire a permis de mieux sécuriser Internet.

    Le respect de la vie privée est particulièrement sensible dans le sillage de la pandémie. Que deviennent les données de traçage (bancal) des contaminés ? Quel accès aux informations recueillies sur les vaccinés ? Comme toujours, la technologie a un temps d’avance sur la législation, surtout dans la précipitation mise à contrer le virus.

               Le coronavirus secoue le monde depuis l'hiver 2020.

    L’idée de surveiller tout le monde partout obsède certains cercles du pouvoir. Par exemple,  en 2005, la base de données Oasis voit le jour à l’initiative de l’administration belge, en dehors de toute loi ou arrêté royal. Il s’agit de traquer  - de façon opaque - la fraude sociale en croisant les données de plusieurs organismes. Oasis sera remplacée prochainement par le projet Big Data Analytics Platform, un marché alloué pour 6.75 millions d’euros. L’initiative a été questionnée à la Chambre, suite aux révélations parues dans le journal Le soir.

    Selon Élise Degrave, professeure à l’UNamur, le profilage est bien réel en Belgique. Elle observe une tendance lourde, «La centralisation des données, antichambre d’un État automatisé où les technocrates aurait confisqué le débat démocratique.»

     

                                       

    En France, la philosophe Barbara Stiegler (proche des services de santé) estime également que la démocratie court un péril grave en ces temps de pandémie, terme qui a «sidéré les esprits.» La professeure aux facultés, s’insurge contre l’enseignement à distance. «Donner un cours, c’est une relation, une aventure qui dure dans le temps, c’est la création d’une intelligence collective.» Elle refuse de croire qu’elle pourrait donner cours en parlant à son ordinateur. Ce palliatif permet aux gouvernants de dire que les universités restent ouvertes ; c’est donner au numérique une place indue, avalisée sans réflexion ni esprit critique.

                                           

    La transition numérique, cheval de bataille de nos gouvernants, prend vigueur à la faveur de confinements ou semi-confinements successifs. Numérisons, numérisons, au diable la relation humaine (d’ailleurs limitée physiquement), la transparence, le choix éclairé au contact de l’autre.

    Comme le souligne François Ruffin, après avoir lu Barbara Stiegler, la France veut imposer la transition numérique partout.

    «Ça s’appelle le virage d’une certaine vision, d’un virage numérique complètement préformaté et conduit de telle sorte qu’il standardise les pratiques, qu’il réduise énormément les coûts, qu’il atomise les individus…"

    L’état d’urgence, la peur facilitent des mutations irréfléchies. Qu’importe la liberté, la sécurité et le confort priment. Moi je veux les trois, accessibles à tous, quel que soit le niveau de  compétence digitale.Edward Snowden a défié seul les autorités ; imaginons qu’ensemble, nous sommes capables de tracer les contours d’une société humaine moderne.

      

     


    votre commentaire
  •  

     

     

    SE7VEN et Heat sont sortis la même année, en 1995. J’ai revu SE7EN en vidéo à la demande. Le film qui a lancé David Fincher  était répertorié dans la catégorie « Couples d’acteurs ». Brad Pitt (32 ans) et Morgan Freeman (58 ans) forment un duo d’enquêteurs sur les traces d’un psychopathe prédicateur, auto institué justicier biblique. Ses victimes incarnent chacune un des sept péchés capitaux.

     

                                                                      Brad Pitt et Morgan Freeman

    Le chien fou et le limier en fin de course finissent par s’entendre grâce à l’entremise de l’épouse du jeune policier. Tracy représente la douceur et la fragilité dans un monde glauque où la lumière se fraye difficilement un chemin. Je me souvenais de la fin insoutenable, vingt dernières minutes qui m’ont à nouveau tenu en haleine. J’ai éprouvé la même frustration à la séquence finale. Auparavant, je m’étais ennuyé, le petit écran (même large) rendait mal les nuances d’une image sombre et pluvieuse.

    La fermeture prolongée des salles pousse à revoir les classiques. J’avais SE7VEN en tête, j’ignore pourquoi. Le duo Freeman/Pitt m’a renvoyé à celui de Heat, habitué des rediffusions à la télé (pas SE7VEN). Un flic têtu, Al Pacino, traque Robert De Niro, braqueur en cavale. Leur face-à-face dans un snack figure dans les annales. Les deux gaillards ont une conception idéaliste de leur métier. Leur psychologie tourmentée dramatise un récit classique, magnifié par une poursuite somptueuse sur une piste d’aéroport.

     

     

                                                  La Septième Obsession 33 - Michael Mann

    Je vous parle de ces deux films parce que la revue La septième obsession a consacré un dossier à leurs réalisateurs. Michael Mann fait la une du n°33 paru cette semaine. Le spécialiste du policier vitaminé, esthète jusque dans les détails, accorde une interview exclusive. Il parle du travail sur la lumière dans Los Angeles la nuit, la ville que le malfrat (De Niro) hésite à quitter, la cité que l’homme de loi (Al Pacino) arpente en tous sens, une ville « beaucoup plus intéressante à filmer que New York ».

     

                                                               Al Pacino et Robert De Niro

    David Fincher a eu les honneurs du n°31(nov.-déc. 2020). La pandémie a reconverti la jeune revue en monographie, celle d’un artiste ou d’un thème. Les dossiers sont épais, originaux, agrémentés de nombreuses photos. Le numéro de mars ose aussi un intéressant parallèle entre architecture et cinéma. Les deux disciplines utilisent notamment un même vocabulaire : raccords, plans, coupes, perspectives, de Métropolis à Matrix, de Playtime à Gattaca. Les piscines, les égouts, les lotissements, les parkings, les escaliers sont passés à la loupe.

    Dans Heat, Los Angeles règne sur la nuit ; dans SE7EN, les entrailles urbaines crachent leur misère. À la fin des deux polars, j’éprouve un sentiment identique ; impuissance face à la prévisibilité humaine et la reproduction de rôles dévolus dès la naissance.

    C’est dit, fini les films noirs. La réalité est déjà tellement grise, aux prises avec un virus insaisissable. Et si nous apprenions à vivre avec le Corona plutôt que de lutter contre… Quitter la peur, oser l’avenir. À méditer !

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

     

                                                                   Vénus beauté (institut)

    J’ai revu hier Vénus Beauté (institut) en me disant que le film avait vieilli. Je le situais au début des années 90 ; il date en fait de 1999. Tonie Marshall avait décroché trois Césars en 2000 : meilleure réalisatrice, meilleurs film et scénario et en sus, meilleur jeune espoir féminin pour Audrey Tautou. Tonie M. a tourné peu mais juste, souvent des portraits de femme, incarné par des actrices de caractère.Elle est décédée voici juste un an.  

                                    Numéro Une: Emmanuelle Devos

    Emmanuelle Devos est dirigeante d’entreprise dans Numéro une (2016), le dernier film de la défunte.Catherine Deneuve joue une éternelle amoureuse Au plus près du paradis, femme à la cinquantaine rêveuse.

    Nathalie Baye a quarante ans dans l’ombre de Nadine (Bulle Ogier), patronne de Vénus Beauté. Son personnage jongle avec les hommes après un échec amoureux. Un petit coup en passant et puis salut ! L’amour, Angèle n’y croit plus. Elle donne peu, du coup, elle reçoit peu. Angèle fuit les avances maladroites d’un homme sincère.

     

                                                                   Tonie Marshall : quand sa mère Micheline Presle se confiait sur leurs « rapports conflictuels »   Tonie Marshall et sa mère Micheline Presle

    La valse-hésitation est la danse préférée des trois esthéticiennes. La réalisatrice époussète la carte du tendre féminin à la veille de l’an 2000. L’amour est tristounet, instable, incertain. Les femmes assurent, les hommes dégustent. La distribution affiche quatorze étoiles, dont Micheline Presle, la mère de Tonie, qui compose avec Emmanuelle Riva un duo de tantes savoureux.

    Trois ans après la jeune cinéaste étonne en tournant une romance, Au plus près du paradis (que je n’ai hélas pas vu), un hommage à ses racines américaines et aux comédies romantiques hollywoodiennes. Catherine Deneuve et William Hurt forment un couple fabuleux au sommet de L’Empire State Building, rendez-vous mythique de Elle et lui ou de Nuits blanches à Seattle.

     

                             Bernard Le Coq, Catherine Deneuve et William Hurt                   François Cluzet et Karin Viard

    Je retiens encore France boutique (2002), une parodie du télé-achat avec le couple François Cluzet-Karin Viard et bien sûr Numéro une, chronique d’un  monde des affaires impitoyable pour les femmes. Ce petit panoramique salue la mémoire d’une auteure trop tôt disparue. Tonie Marshall est morte à 68 ans, avant sa mère centenaire l’année prochaine.

    La grand-mère de Ruth Wilson n'est plus de ce monde non plus. Ruth avait vingt-trois ans quand elle est décédée. L’actrice britannique a fusionné avec son aïeule en l’incarnant dans une mini-série vue dimanche sur France 3. Cette histoire incroyable et pourtant vraie m’a fasciné. Une veuve découvre à la mort de son mari, que celui-ci avait plusieurs vies. Elle remonte le temps (1940-1963) et de nombreuses pistes à la recherche de l’être véritable qu’était Alec, agent secret, auteur de 20 romans d’espionnage et coureur de jupons invétéré.

     

                                                         Ruth Wilson, "Mrs. Wilson"

    C’est passionnant, renversant ; les différentes époques sont très bien reconstituées. Le récit s’appuie sur les mémoires d’Alison Wilson, écrites avant de se retirer du monde. Sa petite-fille Ruth (également productrice des trois épisodes) affirme s’être sentie investie de l’énergie de sa grand-mère, comme si elle revivait à travers elle, en se glissant dans la peau de cette femme résolue à comprendre qui était Alec, charmeur mythomane mort en 1963, après 22 ans passés avec son … avant-dernière femme.

    Ce fut une expérience à la fois douloureuse et cathartique, dit l’actrice dans une interview (en anglais). Les différentes familles ont fait connaissance en 2007. Elles ont sympathisé au point de se fréquenter et de continuer à éclaircir certains pans obscurs de leur ascendant. Les mémoires d’Alison et leur transcription en images ont permis de lever un lourd secret de famille, permettant ainsi d’alléger la vie de la tribu.

     

                     Ruth Wilson, "Mrs. Wilson"                          

    Les Wilson ont choisi d’affronter le passé, une voie qu’Antoine finit par emprunter dans Boomerang, idéal en support d'un atelier de ciné-thérapie sur les secrets de famille, animé jadis par l’auteur de ces lignes.

    Mrs Wilson a rejoint la collection de Séries Corner sur un site en ligne de la RTBF. Excellente initiative, hormis l’affreux terme censé accrocher le fan de bonnes dramatiques télé. Je préfère  « à dévorer » que « à binge-watcher.» So schocking !

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

    Le rayon cinéma de ma bibliothèque compte une douzaine de biographies d’acteurs et de réalisateurs. Où vais-je placer le cri du cœur d'Ariane Ascaride ? L’actrice ne parle qu’une fois de cinéma dans Bonjour Pa, à la page 109. En revoyant Hatari à la télévision, elle se souvient l’avoir vu avec son père, de ce temps léger et insouciant de l’enfance, ignorant de la guerre d’Algérie qui enflammait les Français.

     

                                                                    Bonjour Pa', lettres au fantôme de mon père

    L’ombre du père a plané durant la première résidence forcée de mars à mai 2020. L’idée vient à la fille sexagénaire de prendre papa à témoin des sentiments multiples éprouvés durant ce temps arrêté qui nous renvoie à nos racines,

    à ceux qui ont fait que nous existons, tout simplement parce qu'il nous oblige à nous arrêter et à être juste là, sans bouger, sans nous agiter frénétiquement pour fuir nos peurs.

    Elle lui adresse des missives vibrantes, teintées de l’humeur du jour, bonne ou morose. La plume porte l'amour du père, les états d'âme d'une recluse en semi-liberté, qui déjà sent poindre la nostalgie d'une douceur de vie et d'une attention à l'humain réapparues lors de cette période étrange où la terre a moins tremblé parce que les humains roulaient, volaient, polluaient moins. La toujours petite Ariane invite papa à la rejoindre dans un de ses rêves.

     

    Miss Montigny : Photo Ariane Ascaride, Miel van Hoogenbemt, Sophie Quinton

    Elle relit Jean Giono, Elsa Triolet. Elle écoute en boucle Le clair de lune de Debussy. Elle fait du vélo d'appartement. Elle peste contre les inciviques dédaigneux des règles de santé publique. C'est une méditerranéenne à moitié italienne, une tactile, une sensible, une femme soucieuse des habitants de la cité d'en face, dans le 93, le département le plus pauvre de France.

    La vie ne défile pas le 1er mai, rendez-vous rituel de toutes les solidarités. J’ignore si Ariane a encore sa carte du PC, mais son engagement est intact, page 99 :

    Soit tu tombes malade, et tu peux en mourir ; soit tu es chômeur et tu peux aussi d’une autre manière en mourir, en tout cas socialement. Quand donc cette folie va-t-elle s’arrêter ? Nous payons bien cher les excès de quelques uns qui n’ont jamais pensé qu’à engranger des sommes folles sur le dos de millions de pauvres bougres démunis.

     

                                                     Jean-Pierre Darroussin & Ariane Ascaride

    Je repense à quelques belles séances : Les neiges du Kilimandjaro, à Marie-Claire et Michel, sur le front des luttes depuis trente ans, même s’ils n’ont plus de boulot.  C’est un des innombrables  tournages de la bande des 4, née dans les quartiers nord de l’Estaque à Marseille : Ariane, Jean-Pierre (Darroussin), Gérard (Meylan) et son homme derrière la caméra, Robert Guédiguian

     

          Gloria Mundi : Photo Ariane Ascaride, Gérard Meylan                     La Villa : Photo Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin

     

    J’ai aimé aussi Marie Jo et ses deux amours, La villa, Gloria mundi et un des premiers, Marius et Jeannette. J’aimais la fraternité, l’entraide, une philosophie populaire bâtie sur les joies et les peines, les insuccès et les menues réussites. C’était le vrai peuple de gauche, taillé dans le labeur et les combats sociaux, heureux de trinquer et d’aimer ensemble, de souffrir aussi.

    Non, Ariane ne parle pas de ce qu’était sa vie avant la pandémie. Elle s’accroche au présent, se rapproche d’un père qui n’avait pas toujours le temps de l’écouter de son vivant.  Cependant, toujours présent dans les coups durs.

    Tout en écrivant, je réalise qu'à chaque moment terrible de ma vie, je t'ai convoqué. J'ai le souvenir précis d'avoir hurlé ton nom, un véritable appel à l'aide, alors que tu étais déjà mort depuis plusieurs années.

    Ariane a eu des bleus à l’âme dans la ville déserte mais la force de vie l’a toujours mobilisée, pareille à celle des coquelicots regardés fleuris sur un terrain vague en plein Paris.

     

    Les Neiges du Kilimandjaro: Robert Guédiguian

                                  P.S. Robert Guédiguian (le compagnon d’Ariane) et une centaine de réalisateurs signent une tribune sur l’avenir du cinéma. Ils mettent en garde contre la part trop belle faite aux plateformes de vidéo à la demande dans l’accord en négociation sur la révision de la chronologie des médias (31 mars). Le délai entre la sortie d’un film en salles et sa disponibilité en ligne serait écourté. Un coup dur supplémentaire pour le grand écran, éteint depuis trop longtemps.

                                                   Ce n'est qu'un début, le combat continue !

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

    L’indispensable livre de Charles Pépin, La rencontre, une philosophie, cite longuement Les deux papes, un film de 2019, jamais sorti en salles. Antony Hopkins et Jonathan Pryce incarnent Benoît XVI et le futur pape François. Les deux prélats vont tomber le masque au cours d’un long aparté entre deux hommes aux conceptions divergentes. Le cardinal argentin veut démissionner, écœuré par la politique conservatrice du Vatican.

     

                                                  Les deux Papes: Anthony Hopkins, Jonathan Pryce

    Benoît, le premier, révèle ses doutes. Cette mise à nu étonnante amène le démissionnaire à exprimer sa souffrance vécue au temps de la junte militaire en Argentine. Ce dévoilement réciproque rapproche des points de vue antagonistes et pose les jalons de l’élection (5 tours de scrutin) d’un successeur désigné après la renonciation de Benoît XVI.

    Le philosophe consacre un chapitre à un entre deux surprenant, qui a réellement eu lieu. Benoît se livre et ouvre ainsi les portes aux confidences de son contestataire.

                                Oser se montrer vulnérable, c'est donner sa chance au doux réconfort de l'amitié.

    J’ai aussitôt envie de voir le film. Patatras, il n’est diffusé que sur Netflix. La bande-annonce accentue encore mes regrets. Et je refuse toujours de m’abonner à une plateforme. Je rejoins Pierre Richard et d’autres. « Je suis pour voir un film dans une salle et non chez soi : quand 300 personnes regardent en même temps, il y a une complicité, ils rient ensemble alors qu’ils ne se connaissent pas. Il y a rien de plus triste que de boire seul devant sa télé."

     

                                                                     L’acteur comique fait allusion aux dégustations de son vin qu’il organise l’été à sa propriété. Deux fois par semaine, de cinq à sept, Le grand blond est disponible. Il y a de belles rencontres, des liens se tissent, a-t-il expliqué aux journalistes du Monde, le 27 février.

    « Le vin est comme le cinéma ou le théâtre, il offre de merveilleuses relations, des émotions avec le public, il crée des discussions, des rires du partage. On le goûte d’autant mieux qu’on le boit ensemble. »

    Un appel en visiophonie d’un ami à l’étranger interrompt l’écriture de ce billet. Le sachant cinéphile, je l’interroge sur Les deux papes. Il a vraiment apprécié le film, surtout la prestation des deux acteurs. Il me parle aussi d’une série Le jeune pape (2016-2017), dirigée par Paolo Sorrentino, avec Jude Law et Diane Keaton.

     

    Les Souliers de Saint-Pierre

    Tant à remonter le temps, piqué au jeu, je cherche dans ma mémoire des papes au cinéma. Le premier est Anthony Quinn, dans  Les souliers de Saint Pierre (1968), un pape imaginaire, ukrainien, élu sur fond de guerre froide. Puis, me revient encore un film sans titre, j’ai seulement un nom d’acteur en tête,Tom Tryon. Raté, il n’est que Le Cardinal (1963). Puis me vient Amen (2002) de Costa Gavras, dénonciation de l’attitude hypocrite de Pie XII à l’égard des camps de concentration. Plus récent encore Habemus papam (2011) ; Michel Piccoli hésite fortement à accepter la charge pontificale.

    Ma mémoire personnelle immédiate cale. Je lance une recherche sur Internet. L'extase et l'agonie (1963) me rappelle à son bon souvenir. J'entends encore Jules II (Rex Harrison) et Michel-Ange (Charlton Heston) se quereller sur les fresques  de la chapelle Sixtine. Pour clore l’inventaire papal, je vois que François a déjà son biopic sorti en 2016, italien évidemment, trois ans seulement après son avènement.

                                                      L'Extase et l'agonie

    Me voici bien loin de mon point de départ. La rencontre a bifurqué vers le Vatican au cinéma, me détournant de mon projet initial ... assez flou, je l’avoue. Sans attente, j’ai accueilli l’inattendu : un Skype amical/un retour dans mon passé/l’envie vague de coller à l’actualité du voyage historique du chef de la chrétienté en Irak.

    Je laisse le dernier mot à Charles Pépin.

    Qu'elles soient amoureuses, amicales, professionnelles, les belles rencontres se reconnaissent à leurs effets en nous.

     

     P.S. Ce soir, sur la Une, L'homme pressé. Du bon Luchini.


    votre commentaire