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    Le festival de Cannes aurait dû débuter aujourd’hui. Il est reporté à une date indéterminée. Le distributeur belge de films Cinéart, actif depuis quarante-cinq ans, propose un festival à la demande à partir de ce 12 mai jusqu’au 23 mai. "Il était une fois à Cannes" exhume du plantureux catalogue vingt-quatre films puisés dans la sélection officielle et dans les sections parallèles du Festival. La mémoire du cœur a orienté la sélection disponible sur plusieurs plateformes dont Univers Ciné.

     

     

    The Artist : Affiche                            Mustang : Photo promotionnelle Deniz Gamze Ergüven, Doga Zeynep Doguslu, Elit Iscan, Günes Nezihe Sensoy, Ilayda Akdogan

    The Artist et Mustang inaugurent une quinzaine prodigieuse disponible jusqu’au 22 juin. La sélection quotidienne est révélée chaque matin à 8h00. Les films sont disponibles jusqu'au 22 juin. Quant à Cannes, le délégué général envisage d’accorder un label Festival aux films qui auraient concouru sur la Croisette. Les titres labellisés seront ceux qui devraient sortir en salles entre l’été 2020 et le printemps 2021. Mais l’aval des réalisateurs, producteurs et distributeurs est indispensable pour octroyer la mention. Ceux-ci réservent leur réponse, espérant toujours la tenue du Festival de Venise. Une sélection à la Mostra pallierait la défection cannoise.

    Lequel l’emportera, le prestige ou les gros sous ? La tentation est grande de vendre son film aux plateformes VoD ou SVoD si aucune perspective n’est donnée au secteur cinématographique. Les occasions sont rares de combler le gouffre financier creusé par la pandémie. L’État est appelé à la rescousse. L’Allemagne répond "Présent" ! La ministre de la Culture annonce un plan d’aide de 50 milliards d’euros en soutien aux artistes et entreprises culturelles, sous forme de subventions et de prêts. La France fait pâle figure avec ses 22 millions, tandis que la Grande-Bretagne est plus généreuse avec 216 millions d’aide.

    En Belgique, une lettre ouverte au gouvernement fédéral a rallié 300 signataires issus de la sphère culturelle. Ils demandent une garantie de revenu  jusqu’à la reprise et un statut décent pour les artistes. Comme dans d’autres pays, la culture craint d’être la grande oubliée de la manne publique, sa valeur chutant en période de disette. Les besoins vitaux d’abord -santé-protection sociale-travail-, on verra ensuite pour le « superflu », la scie du moment.

     

                                                          Lettre ouverte: Le circuit live belge inquiet pour sa survie

    Pourtant les musées, les bibliothèques, les médiathèques, les théâtres, les cinémas, les salles de spectacle, les librairies, les fanfares, les chorales, les festivals, les concerts, le folklore… enracinent le passé et incarnent la vibration du présent vécu en grappes humaines de toutes grosseurs. L’expérience d’un événement collectif, dans un lieu approprié, est incomparable.

    Alors, en espérant le sauvetage du paquebot culture et en attendant la reprise des spectacles, j’apprécie les expositions virtuelles en ligne ou sur papier. La dernière livraison de BeauxArts Magazine exhibe une exposition imaginaire, Les saisons du plaisir, clin d’œil au film libidineux de Jean-Pierre Mocky. Un régal pour les yeux, une invitation à la rêverie, la découverte d’artistes talentueux tel Wilhelm Sasnal

                                                          Wilhelm Sasnal's Contemporary Paintings | Trendland: Fashion Blog & Trend Magazine Peinture Contemporaine, Art Contemporain, Dessin Stylo, Tableau Peinture, Impressionnisme, Vert, Personnages, Paysage, Artistes Contemporains

    auteur de plusieurs toiles untitled (sans titre), dont celle publiée pp.64-65 fixe le regard. Le site du magazine suggère un tour du monde des visites en ligne de grands musées, Versailles, Les pharaons, Dali, Monet, Florence… ainsi que la visite d’expositions en cours. Le magazine richement illustré est vendu 7€ en France, 8.80€ en Belgique, un prix abordable, qui met l’art à portée de toutes les bourses, particulièrement à celles des familles et personnes confinées en ville dans un mouchoir de poche.

     

    Je termine avec des bandes originales de films à huis-clos. Les compositeurs réussissent à exploser  une atmosphère confinée. Musiq3 a sélectionné deux jeux de musiques, effrayantes  ou comiques. Shining ou Hibernatus, tendez votre oreille préférée.

     

     


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    Les grands esprits se rencontrent. Le cinéma italien reprend l'idée exprimée dans l'article précédent d'extérioriser les projections. Deux cents structures de plein air seront réactivées en juillet avec application des règles sanitaires. Les drive-in programmeront les inédits de la saison 2019/2020, dans le respect des normes sanitaires. Bienvenue au Moviement Villaggio.

    Toujours en Italie, les exploitants créent la plateforme MioCinéma qui met les salles en réseau. Le dispositif est similaire à la vidéo à la demande. Le spectateur choisit son film dans les nouveautés récentes (7 €) ou dans les titres anciens du catalogue de la salle près de chez lui (3.9 et 2.9 €). Les films sont disponibles un mois, leur vision est permise 48 heures. Une centaine de cinémas ont rejoint le réseau né de la pandémie. Cinéma de plein air et salles en réseau, voilà deux débouchés plus créatifs que le bradage sur les plateformes VoD et SVoD.

                                                        Le cinéma italien passe à ciel ouvert avec Moviement Village

    Les réalisateurs bougent aussi, même si le confinement bloque l'inspiration de quelques uns. Ce n'est pas le cas de Maxime Motte ; il  a mobilisé son épouse et ses trois enfants dans la production d'un long-métrage d'une heure réalisé avec les moyens du bord. Il a convaincu une quinzaine de potes, techniciens, cinéastes et exploitants de salle. Ces derniers diffuseront le film sur leurs sites et réseaux sociaux. Le film a été projeté une première fois hier à 18h30 sur le mode interactif. Les spectateurs ont pu choisir la fin en votant sur le champ.

    Cette initiative donne peut-être le la de ce que sera le cinéma de l'après virus. Aurons-nous des films sur le confinement, sur le déconfinement, des chroniques hospitalières... Emmanuelle Devos prévient dans une interview parue dans Positif. Pas question d'accepter un scénario collant à l'actualité. " Les fictions de ce que nous vivons sont souvent ratées. Dans un an, je sais que je recevrai des propositions du type : à cause d'un événement mondial, une famille reste confinée tout un mois dans son appartement." L'actrice aime Le temps de l'aventure. Jouer une mère, par ex. l'ennuie au pus haut point. Elle l'est deux fois dans la vie courante, c'est du connu. Un cinéaste averti en vaut deux.

    Le temps de l'aventure : Photo Emmanuelle Devos

                                                                           Peut-être tournera-t-on un documentaire sur ce 10 mai particulier, jour de la fête des Mères en Belgique. Les familles sont soumises à un casse-tête insoluble, sinon soluble dans le report des retrouvailles. Les visites sont autorisées en ce jour dédié aux mamans, contenues cependant à quatre personnes accueillies à bras ouverts à 1.5 mètre de distance. Les bisous sont interdits. Qui choisir ? Qui privilégier ? Qui frustrer ? Mieux valait accorder les violons en toute clarté, sachant que la météo a endossé sa veste de pluie aujourd'hui. L'alternative de la longue tablée sous l'astre radieux tombe à l'eau. Nos gouvernants ont actionné un molle soupape de détente sociale (probablement à bon escient), mais il aurait mieux valu déplacer la fête des mères d'une semaine ou deux (la France est mieux lotie), en évaluant les effets du déconfinement entamé le 4 mai dernier. Il y a réellement matière au moins à une comédie, avec Muriel Robin et Valérie Lemercinier, François Damiens et Benoît Poelvoorde.

     

                                                           Femmes, Copines, Nature, À Pied, Amitié

    J'avoue que la pluie, la reprise du virus ici et là, la règle du quatuor imposé me rendent un tantinet morose. À cela s'ajoute, la fin du film de l'après-midi sur France 2. La série s'arrête avec La folie des grandeurs, après le journal. Yves Montand a remplacé Bourvil décédé au pied levé. Gérard Oury aurait voulu reconstituer une troisième fois le duo gagnant du Corniaud et de La Grande vadrouille. Le Ruy Blas français a tout même attiré cinq millions de spectateurs, loin des dix-sept millions de l'épopée à travers la France occupée.

    On sonne à l'entrée. Je vous laisse. Un messager apporte de bonnes nouvelles à la maman du jour. Sourire et émotion assurés. La vie, toujours, reprend le dessus.                          

     

                                                Belle journée à vous, mères confinées très fêtées.

     

    P.S. La case cinéma de l'après-midi migre de France 2 à France 3 aux alentours de 14h00. Des classiques du cinéma français en noir et blanc jusque vendredi inclus en principe, à commencer par Casque d'or ce lundi 11 mai. Ensuite, Le jour se lève (2x?), La bête humaine, La grande illusion...

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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    Les cinémas ne rouvriront qu’en juillet au plus tôt. D’ici là, les salles essaient de maintenir le contact six semaines après leur fermeture. L’asbl gestionnaire du cinéma Caméo (Art et Essai) de ma ville propose de rencontrer des réalisateurs en ligne. Premier rendez-vous le 14 mai : Stéphane Demoustier, auteur de La fille au bracelet, excellent film de prétoire et sur la communication familiale. Le cinéma fournit un lien pour visionner le film sur la plateforme Ciné chez vous.

    Les drive-in, cinémas à ciel ouvert, fleurissent un peu partout, même sauvages, en Allemagne, aux États-Unis (retour aux sources), en Corée du Sud et surprise… en Iran. À Téhéran, le spectateur (auto)risé bénéficie d’un service hors pair, avec désinfection du véhicule et lavage du pare-brise. Attention, la distanciation sociale prévaut, comme en Belgique à partir du 10 mai, pour les réunions de famille limitées à quatre « extérieurs ». Les autorités comptent sur le civisme de la population pour respecter les distances. De tous les peuples de la Gaule, serions-nous les plus dociles ?

                                                         Des Iraniens assistent en famille à une cérémonie religieuse en drive-in sur un parking de Téhéran, le 30 avril 2020

    Si on pense l’après et que le climat continue à se réchauffer, le cinéma en plein air représente une échappatoire sérieuse en période de confinement et de fortes chaleurs. 2018 et 2019 ont été les deux années les plus chaudes depuis le début des relevés météo. Lundi dernier, le thermomètre a atteint 35,4° à Cambo-les-Bains dans les Pyrénées Atlantiques, record battu, 15 degrés au-dessus de la normale pour un début mai. 

    Les salles indépendantes réfléchissent aux conditions de réouverture. La reprise aura lieu en plein été, période traditionnellement creuse, sauf outre-Atlantique. Combien de séances, quel taux d’occupation, quels films ? De nombreuses premières ont filé sur les grosses plateformes de vidéo à la demande, tous genres confondus. Pourtant ces nouvelles toiles auraient pu sortir en drive-in. Pourquoi ne pas organiser un festival des nouveautés confinées durant les grandes vacances, Nous revivrions le printemps en été. Dépaysement garanti à défaut d’expéditions exotiques. Je vois aussi des écrans géants sur les plages, sur les flancs de montagne, sur les tours d’immeubles… On peut rêver, non… ?

    Dune : Affiche  Dune, sortie prévue en décembre 2020

    Les producteurs de films redoutent la perte sèche, ils pactisent avec la concurrence. Ils abreuvent les prédateurs au mépris de la chronologie des médias. Lors des négociations en cours avec les ministres de la Culture, les plateformes revendiquent d'ailleurs un délai raccourci entre la sortie d’un film en salles et sa disponibilité en format à domicile payant. Netflix a promis de consacrer  cent millions d’euros à la production de vingt films et séries en France. La plateforme américaine devance l’obligation  prochaine priant les experts du streaming payant d’affecter 25% de leur chiffre d’affaires à la production d’œuvres française et européennes. Sachez que les géants du secteur, tous USA bon teint, envisagent d’investir vingt milliards de dollars (18.5 milliards d’euros) dans la production de contenus à l’horizon 2023.

     

    Les revues de cinéma pallient le tarissement des sorties. Positif publie un dossier sur les actrices françaises, dissèque deux films d’époque virale, Fenêtre sur cour d’Hitchcock et L'ange exterminateur de Buñuel. La revue a étoffé la sélection DVD avec notamment l’édition de deux films rares de Francesco Rosi, Les hommes contre et Cadavres exquis, avec Lino Ventura en inspecteur aux prises avec la mafia.

                                                       Description de cette image, également commentée ci-après

    Lino que j’ai revu dans Le costume du bagnard Jean Valjean, dans une adaptation réussie du roman de Victor Hugo. Les misérables, Le colonel Chabert, Madame Bovary, France 2 programme classique dans la case « film non communiqué » de 14h. Aujourd’hui, Après vous, avec D. Auteuil, J.Garcia et  S.Kiberlain. Demain Erreur de la banque en votre faveur, avec un succulent duo Lanvin Darroussin,

    Je termine sur l'appel de deux cents grands noms du cinéma et de scientifiques à ne pas continuer l’après  comme avant.

    Extrait :

    La transformation radicale qui s’impose – à tous les niveaux – exige audace et courage. Elle n’aura pas lieu sans un engagement massif et déterminé. A quand les actes ? C’est une question de survie, autant que de dignité et de cohérence.

    Et bien sûr, comme une évidence, la chanson du jour, John Lennon au pupitre.   


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    Parfois, je me sens inutile.

    Le jardin est à flot, les livres aimés sont lus, la télé tourne à vide.

    Je répugne à revoir un film pêché dans ma vidéothèque ; ma bonne mémoire cinéphile atténue la surprise de redécouvrir des images souvent familières. Mais j’ai tout de même regardé une troisième fois Médecin de campagne, chronique empreinte d’humanité et de naturel. Je repêche une citation du réalisateur, ancien médecin, profession de foi toujours d’actualité :

    « Il faut empêcher les déserts médicaux de gagner du terrain, et tout mettre en œuvre pour que ces médecins ne disparaissent pas. C’est pour moi un enjeu social majeur. Le médecin de campagne est donc, plus que jamais, perçu comme un héros positif. Il incarne un rôle social crucial, faisant le lien entre les générations, luttant contre l’isolement et la solitude de ses patients. » 

                                                                  Médecin De Campagne : Photo François Cluzet

    Donc, utile le médecin de campagne. La défense des patients internés en psychiatrie fonde également une vocation. Colette a été dix ans infirmière. Elle a bifurqué vers le droit. Un jour, Eleanor l’appelle d’un coup de fil donné depuis l’établissement où elle est hospitalisée en court séjour, à sa demande. Eleanor veut soigner une terrible angoisse de mort. L’institution la gave de médicaments, lui bousille la vessie. La patiente maltraitée au-delà de sa volonté assigne l’hôpital en justice. Le courant passe entre Eleanor et Colette. C’est le début d’un parcours semé d’embûches et la naissance d’une belle amitié entre deux femmes dissemblables.

    Colette est bûcheuse, court contre la montre du matin au soir. Elle est élégante, un brin altière, porte de longues boucles d’oreilles. Eleanor boitille, prend le temps, croit mordicus  en Dieu. Elle a le cœur sur la main et son franc parler.

    Helena Bonham Carter and Hilary Swank in 55 Steps (2017)  

                                                                               Colette ralentit au contact de cette cliente qui lui apprend à calquer son pas sur le sien au pied de l’escalier monumental qui mène à la salle d’audience. Cette escalade à marches comptées constitue un  grand moment de 55 Steps  (2017) jamais sorti chez nous. Le vieux routier Bille August adapte une histoire vraie, datée de 1985. Le procès d’Eleanor (jusqu’à la Cour suprême) a établi une jurisprudence pour les 150.000 personnes « traitées » dans des établissements spécialisés. Nul médecin ne peut plus administrer une médication sans le consentement éclairé du patient aux États-Unis. (Dispo en DVD depuis août 2019)     

                 Helena Bonham Carter and Hilary Swank in 55 Steps (2017)              

    Colette et Eleanor rejoignent notre médecin de campagne. Les deux films rayonnent de chaleur humaine, qui nous manque tellement. Ces anonymes forcent l’admiration comme toutes celles et ceux qui ont continué à assurer les services publics et le commerce de denrées vitales depuis la mi-mars. Aujourd’hui, la Belgique commence à sortir de l’assignation à résidence. La France hésite à l’approche du 11 mai. Comme un médicament, il faut peser les bienfaits et les risques. Nous n’avons pas hésité à manifester physiquement notre sympathie à l’épouse d’un ami décédé. Nous avons échangé au parlophone. Ma compagne a monté un potage au dernier étage de l’immeuble. Elle a entrevu la dépouille de notre ami, elle est redescendue, chargée d’une mission.

    « Elle nous demande de rester dehors en bas jusqu’à la levée du corps. Ainsi, il y aura quelqu’un pour le saluer. »

    Aussitôt dit, aussitôt accompli. Une housse bleue file devant nous sur une civière. Nous ne verrons plus notre ami. Ce fut sinistre et aussi étonnant d’éprouver une  vague satisfaction d’être arrivés pile par hasard pour exaucer le souhait simple d’une veuve démunie face aux consignes de distanciation sociale. Là, j'ai été utile.

    Aujourd’hui, une heure de visite à la mortuaire, réservée à cinq personnes, veuve incluse. Mon épouse ira seule, le compte est bon. Glubs ! Je leur dédie ce voluptueux set de Nina Simone, Wild is the Wind, musique de la dernière séquence de Médecin de campagne.

    Que nos morts reposent en paix et que nous trouvions la quiétude de jours apaisés.

     

     

     


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    Écrire le premier du mois parce que c’est un commencement.

     

                                                      Muguet, Blanc, Vert, Lumière, Soleil

    La fête du travail circulera sur Internet, via les réseaux sociaux. Nul rassemblement, nul calicot, mais bien des discours parfumés de virus et de déconfinement. Le parti, le syndicat et la mutuelle (socialistes) ressoudent le front commun. Hier, la formation à gauche (PTB) de la gauche molle a déjà suggéré d’imposer une taxe de 5% sur les fortunes supérieures à trois millions d’euros. Ce prélèvement exceptionnel rapporterait quinze milliards d’euros les doigts dans le nez.                                                                    

    J’écouterai ce soir la synthèse des allocutions enflammées, ritournelle rituelle du 1er de mai. Je reverrai peut-être Adalen 31, La loi du marché ou Daens, films mémoires de la lutte d’une classe en voie de disparition.

     

    Adalen 31 : Photo

                                                                            Mon souci, ce matin, était de respecter la tradition du brin de muguet offert à sa belle. J’ai donc déniché un patron sur Internet et j’ai colorié la tige et les clochettes virtuelles (imprimez  plutôt que colorier en ligne, dur, dur). L’honneur est sauf, l’amour perdure. 

    Lundi, on commence à déconfiner, phase 1A du plan de sortie fédéral. Les corps ont besoin de mouvement. Notre ossature exprime ce que nous refoulons. La douleur se niche dans les membres préférentiels inactifs de l’individu : le bras, l’épaule, les jambes, le dos… La pensée affecte la fluidité corporelle.

    « Nous avons l’habitude d’avoir un corps qui fonctionne sans que nous ayons à prendre conscience que ce que nous lui demandons peut en fait se dérégler du fait qu’il y a des pensées inconscientes qui affectent directement le corps. » (Le corps pris au mot, Hélène Bonnaud)

    Remède : mouvoir le corps sans surmenage ; terminer le désherbage du sentier entamé il y a trois jours, par ex. Calibrer ses efforts. Hier, j’ai effectué une course nécessaire qui m’a tenu un bon couple d’heures. Exclu du garage où mon véhicule était bichonné, je tourne dans le village avoisinant à la recherche d’un banc discret pour lire. Je trouve ma bonne heure dans la cour de récré déserte de l’école communale. J’ouvre l’étui à lunettes dans lequel j’ai rangé la clef de la boîte aux lettres à lever  quand je rentre. Et je n’y pense plus. Au retour, envolée la  clef du courrier.

                                                    toboggan, aire de jeux, compétition, zone, région, parc, lumière du jour, emplacement

    Mais il y a plus urgent. "Tu as perdu ton portefeuille", annonce mon épouse sur le seuil, une dame l’a retrouvé, elle est au téléphone." Quel bol ! Nous nous donnons rendez-vous chez le pharmacien du coin. Nous parlons un brin, à 1.50 m de distance. Nous sommes nés dans la même ville. Je connaissais bien le magasin de sa mère en plein centre. Son mari travaille dans le nucléaire comme le fit mon père. Je rentre content et vidé. Aïe, je repense à la clef. Et hop en voiture. Je récupère finalement le précieux sésame au garage. Là, je suis claqué. Le corps renâcle au surcroît de tension, CQFD. La tension accumulée surcharge le présent.

    Le soleil brille à nouveau après deux jours pluvieux. Plus vieux, je me demande au-delà du déconfinement, ce que nous retiendrons de cette période recluse. Allons-nous oublier, nous forger des souvenirs ou garder l’empreinte permanente d’une tranche d’histoire impensable ?

    C’est en effet, lorsqu’elle se dégage de la mémoire émotionnelle de son passé qu’une personne parvient à envisager l’avenir, à réengager de nouveaux projets, à se réinscrire dans une trajectoire temporelle. Littéralement, elle retrouve le sens de l’histoire. Celle-ci surgit de la mémoire  travaillée, délestée, épurée. Elle se forge dans ce qui est souvenu autant que dans ce qui est oublié  (L’homme de sable, CatherineTernynck).

    Laisser l’émotion retomber, penser l’à venir.

                                                         Cartouche : Photo Jean-Paul Belmondo

     

    L’immédiat : jardin, enregistrer le truculent et virevoltant Cartouche (sur France 2 à 13h55). Je préfère revoir Bébel que saturer avec De Funès. Son gendarme à New York est programmé deux fois en huit jours.

     

                                                                       À vous, je dédie Ce temps du muguet.

     


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