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    Ecrire représente une demande de contact et un espoir de compréhension. (Siri Hustvedt)

     

                                                                               Ecrire pour exister

     

    J'ai immédiatement pensé à ce film en apprenant ce matin que mon livre " Le Cinéma, une douce thérapie", sera publié  en avril prochain. C'est une grande joie de voir aboutir le projet qui me tient tant à coeur : valoriser le potentiel thérapeutique du cinéma. C'est aussi la continuation d'un geste, l'écriture, qui m'anime depuis la plus tendre enfance. Ecrire pour m'inscrire, pour partager, pour susciter de la parole. Ecrire encore pour conjurer un des anagrammes possibles de mon prénom Patrice,alias pa ecrit.

    Ecrire pour exister raconte le cheminement du Journal des écrivains de la liberté, un livre rédigé à partir des journaux intimes des élèves d'une classe bigarrée d'un quartier chaud de Los Angeles. Le prof novice bouscule les clichés, les barrières ethniques,en épinglant les points communs entre les laissés pour compte latinos, afro-américains et asiatiques d'une société dominée par les blancs. Erin fédère les différences dans un projet commun, où chacun est auteur, avec ses mots et ses expériences. L'action se déroule en 1992, durant les émeutes qui ont suivi l'assassinat de Rodney King par un policier blanc.

     

    Quelle joie pour ces damnés de la terre de palper leur oeuvre imprimée. Ils deviennent auteurs à part entière d'une nouvelle vie, avec une estime de soi renforcée et le regard au-delà de Long Beach, quartier en proie à la guerre des gangs.

     

                                       Chacun peut éclairer de lumière un jour sans clarté.

     

    M'est ensuite venu à l'esprit, un deuxième film,inédit en France, sorti en Belgique en 2013, The Words.

           Voici ce que j'en disais à l'époque   

                                                                                   The Words : Photo Bradley Cooper, Jeremy Irons                                             The Words : Photo Bradley Cooper

    Un écrivain usurpe le talent et la reconnaissance normalement promis à l’auteur d’un roman perdu dans la tourmente de la guerre. Rory (Bradley Cooper) rêve d’être un grand auteur. Sa chimère éteint ses sentiments et ses scrupules. Il n’a rien à dire, rien à vivre, à part dérober les mots d’un autre. La rencontre du véritable auteur révèle l’insatisfaction d’une vie vécue par procuration. Le vieil homme (Jeremy Irons) ne réclame, ni argent, ni réhabilitation. Il veut simplement que Rory éprouve la souffrance qui fut la sienne. « Vivez au moins la vie que vous vous êtes créée ». Une fable morale et littéraire à double tiroir sur les choix existentiels et le démon de l’écriture. Un film un peu trop scénarisé, bien interprété, et prenant jusqu’au dénouement.

    Je vous souhaite de trouver vos mots, de vivre la vie dont vous rêvez. Et si vous êtes en panne d'inspiration, voyez un film qui vous fait de l'oeil, qui vous appelle, comme par exemple, Le monde de Charlie, qui m'a donné un élan extraordinaire pour écrire et narrer la filmothérapie de mon existence

     


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  • Généralement, nous gagnons le clair obscur de la salle pour nous détendre, nous divertir, rêver ou  chercher la confirmation de valeurs personnelles. Parfois aussi, un film donne du sens à une situation vécue simultanément à la projection ou éclaire notre existence d'un sens nouveau.

    A douze heures d'intervalle, j'ai vogué du charme discret de Boyhood au gigantisme de La planète des singes: l'affrontement.  La chronique d'une famille américaine sur douze ans en temps réel a coûté cent fois moins que les singes virtuels d'une superproduction très humaniste. J'ai apprécié ces visages du cinéma, tantôt intimiste, tantôt spectaculaire.

    Au final, Boyhood (Interview émouvante de Patricia Arquette) passera à la postérité tandis que les aventures simiesques ne survivront pas au prochain épisode prévu dans un an. On retiendra surtout de la saga des singes l'époustouflante évolution de l'animation de nos frères plantigrades depuis 1968, plus vrais que nature grâce à la technique de la capture de mouvement.

                                                                                            Le fils à six ans                         

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    Boyhood (Patricia Arquette émouvante) résistera à l'usure du temps, car il montre l'écoulement imperceptible des âges d'une famille moyenne, deux enfants, quelques remariages,  en questionnement sur les raisons de son passage sur terre. C'est assez extraordinaire de voir les quatre mêmes acteurs reprendre le film une semaine par an, de 2002 à 2013. Nous les voyons grandir et vieillir à l'écran, miroir de  notre érosion temporelle, opérée quasiment à notre insu.
    •          Maman et fiston                

    Richard Linklater donne une dimension universelle à une idée de cinéma tournant au document pour les générations futures. Le temps du film devient le temps de la réalité.

      •            Papa et ses enfants

     

    Contentement éphémère ou réflexion existentielle, le cinéma présente des facettes multiples. Les cinéphiles  érudits dénigrent systématiquement la fonction délassante du plus populaire des arts. Un film n'aurait de valeur que s'il dérange, que si son style est novateur. Le spectateur bon public et le puriste élitiste campent aux extrêmes. Entre  les deux, je prétends qu'un film grand public ou non, bien réalisé, avec de bons acteurs et une bonne histoire, impressionne le corps et l'esprit.

     

    A chacun de choisir le mode d'impression et le moment d'être grave ou léger.

     

     

     


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  • Un coup de blues par cette belle journée ensoleillée me fait enfourcher mon vélo pour voir Apprenti gigolo sur le coup de 3 heures de l'après-midi. J'espère sans trop y croire mettre du bleu dans mon blues. Je tombe en plein automne à Brooklyn, dans les couleurs chaudes d'une arrière-saison chatoyante.

    Une bande originale jazzy, latino et rétro à fond me plonge dans un dépaysement paisible.

    Fioravante, fleuriste à mi-temps,  ...Apprenti Gigolo : Photo

     

    La magie, ça ne marche pas à tous les coups.

    C'est une question de disponibilité du public.

    Je captais tout, tendresse, solitude, humour très Woody, cocon du quartier des juifs hassidiques de New-York, mais le coeur n'y était pas.

     

    ...inocule de la magie dans la vie des gens, sous la houlette intéressée de Murray,Apprenti Gigolo : Photo John Turturro, Woody Allen libraire dépouillé de clients.

    Avigal, veuve éplorée, renaît à l'amour sous le toucher délicat de mains simplement attentionnées.

    Apprenti Gigolo : Photo John Turturro, Vanessa Paradis   Touchant, mais pas touché. Mon humeur morose a pris le dessus sur le cinéma euphorisant. Pas grave. J'avais en poche un livre acheté à mon ancienne librairie avant la séance. "L'étrange cas du docteur Dr Nesse",de Luiz  Alfredo Garcia-Roza (collection Babel Noir, chez Actes Sud) m'a procuré le dérivatif escompté  Et en plus, j'ai retrouvé mon portefeuille, perdu en route, sur le RAVel vers Dinant.

    De l'apprenti gigolo à l'apprenti philosophe. Demain est un autre   jour, Another day.   Merci Paul

     


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  • Bonjour,

    J'ignore si les larmes vous ont émus ou si c'est l'extrait de mon livre qui a suscité la curiosité, toujours est-il que Cinémoithèque a été fort fréquenté hier et que cela démarre fort aujourd'hui.

    Cet engouement subit me pousse à tapoter joyeusement le clavier, pour remercier les visiteurs d'hier, en leur livrant un nouvel extrait de "Cinéma, une douce thérapie", à paraître prochainement (je vous tiens au courant). Aux nouveaux venus, je leur dis Bienvenue!, titre du premier article de ce blog (voir page en bas de page).

    Mon bonheur serait complet si vous occupiez un peu l'espace "Com". A vous de voir.                     

     

     

    Un mot de cinéma tout de même. Mon prochain film sera "Une promesse", de Patrice Leconte que je verrai vendredi ou dimanche, au Cameo nomade, cinéma d'Art et Essai, namurois, en escale provisoire au Quai 22. La coopérative namuroise est soutenue par les les Grignoux

    Une promesse      Une promesse                      

     

    Qui sait, nous verrons peut-être sur le Quai22

     

    Voici l'extrait de livre promis, toujours à propos de l'après-séance, des retombées du film, de la décantation du récit imagé.

     

    "Le cinéma ouvre une fenêtre immédiate ou différée de compréhension. La vision d’un film génère un processus de réélaboration. Je tire le fil du film et je dénoue ma pelote intérieure. Je raconte ce que j’ai vu, ce que j’ai éprouvé, ce que j’ai perçu. Je transforme la continuité d’images en un récit oral, articulé de mes mots. Je rembobine un court-métrage personnel. Le débit bégaie avant de se couler dans une parole vive épousant le film monté au gré de l’éclosion de mes visions intérieures. Je rembobine un court-métrage personnel.

     

    La grande difficulté consiste à exprimer l’indicible surexposé à l’écran. Les images déchaînent en moi des éclairs de lucidité éblouissants, irréductibles à une sémantique figée. L’énonciation sur le vif succède aux sensations et aux émotions.

     

    Cette narration inédite amène de nouveaux développements, teintés de mon histoire et de mon imagination. Je m’approprie ce récit original et je le transpose dans ma vie. J’ouvre des perspectives insoupçonnées. Je deviens intarissable.

     

    Puis vient l’apaisement d’avoir su incarner mes visions, de les avoir rattachées à un réel physique. Une période de décantation commence, distillation de sens sur plusieurs jours, voire plusieurs années, nourrie par une réflexion intermittente, mélange de relations avec d’autres films et d’associations avec des événements vécus."

     

     

     

     


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  • Le générique final d'Ida défile sur une pièce de Bach.

    Silence épais parmi les quelques spectateurs toujours rivés à leur fauteuil.

                                                         Curieusement,

    l'émotion monte, par surprise. Les larmes perlent, sans couler. Je ne parviens pas à mettre des mots sur ce que je ressens, ni à m'expliquer cette brusque poussée lacrymale.

    Je lis dans Positif (n° 636, février 2014) que le réalisateur polonais, Pawel Pawlikowski a choisi le morceau final, une transcription pour piano d'un choral de Bach, pour sa mélancolie sereine qui traduit bien l'acceptation par Ida du monde tel qu'il est.

    Accepter le monde tel qu'il est, accepter de ne pas comprendre sur le champ, l'impact des images ou d'une personnalité. La décantation d'un film opère sur une durée indéterminée , jours, mois années.  Il m'est arrivé de saisir le sens  d'un émoi ou la persistance d'une scène dix ans après la première projection.

    Extrait de mon livre à paraître, "Le cinéma, une thérapie douce"

     

    Notre texture psychologique est malléable. Revoir le même film à quelques jours d’intervalle génère des réactions et des commentaires différents de la première projection. La reprise du film quelques années plus tard donnera lieu à des perceptions très différentes des impressions initiales ou parfois celles-ci n’auront pas bougé. A votre grande surprise, vous vibrez aux mêmes passages, signe d’une émotion ou d’une personnalité bien ancrée.

     

    Quoi qu’il en soit, chaque séance est singulière et non reproductible. Nous avons nos visions intimes, dominées par notre histoire personnelle, notre milieu social, notre tempérament, nos préoccupations de l’heure. Chacun attribue un objectif particulier à sa séance, déterminé par l’état d’âme du moment.

     

    Le film est immuable, nous sommes changeants. La nature du contact avec l’imaginaire des images montées varie selon l’époque et l’historique du spectateur. Il monte ou descend la gamme de ses émois à sa guise. L’impact d’un film sur la psyché est imprévisible. La matrice émotionnelle du cinéma est aussi ample que la sensibilité du spectateur.

         

    Film en  format 1.33                                                Photo                                     

     

     

    Pour l'instant, ce qui émerge et demeure, c'est le choix déterminé d'Ida, du sens à donner à sa vie. Elle n'est jamais allée nulle part, confiée enfant à un couvent. En quelque jours à l'extérieur, elle déterre son passé et enterre sa vie civile pour épouser la sérénité d'un refuge, asile ou chez soi.     

    Une belle force tranquille

     

     


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