• Il y a des périodes où je ne fréquente pas les salles obscures, trop pris par la clarté de journées bien remplies. Si, si, ça m’arrive. J’en traverse une actuellement. La dernière panne en date remonte à 1996-2001 lorsque l’apprentissage du métier de libraire indépendant absorbait l’essentiel de mon temps et de mon énergie. Cinq années d’intense labeur qui ont débouché sur un premier film de reprise édifiant. J’en parle dans mon livre « Le cinéma, une douce thérapie, qui, c’est officiel, prendra place sur les tables des librairies belges et françaises le 13 mai prochain.
    Lorsque je suis bien occupé, mes choix sont plus sélectifs dans mes choix. J’étais donc ravi de participer hier à la journée de projections du distributeur A-Film. Sept films  à portée de regard il était possible d’en voir trois sur la journée.


    Je vous parlerai avec enthousiasme d’un père bipolaire Daddy Cool

    qui élève ses deux filles dans Infinitely Polar Bear (sortie le 29 juin en Belgique et le 29 juillet 2015 en France sous le titre Daddy Cool).

                                     Kidnapping Mr. Heineken

    Ensuite, j’ai prisé aussi Kidnapping Mr Heineken (17 juin en BEL et le 3 juin en FR en DVD uniquement), le récit de l'enlèvement incroyable du magnat de la bière en 1982.


    Entre deux séances, un professeur de français me confiait sa déception après avoir vu Madame Bovary, librement inspiré du roman de Flaubert. Cette enseignante avait travaillé le texte six mois en classe et elle ne retrouvait pas grand’chose de l’esprit de l’époque.
    « Madame Bovary en société, les cheveux tombant sur les épaules, c’est aussi incongru qu’une fille qui sort nue dans la rue aujourd’hui. » Ce type d’anachronisme effarouche les puristes, évidemment. Une grande intimité avec l’œuvre écrite débouche inévitablement sur une déception à l’écran.


    Ainsi, j’ai pu visionner le rapt de Heineken avec un regard vierge, je n’avais aucun souvenir d’un événement qui avait défrayé la chronique aux Pays-Bas. Je me suis attaché à la psychologie de la bande de cinq amateurs

     

                                    Kidnapping Mr. Heineken : Photo qui a réussi un enlèvement culotté.                           Leur motivation était vénale mais il y avait aussi le refus d’une vie routinière. Un des cinq malfrats entend également régler ses comptes avec son père, un employé viré par le brasseur piédestal patronal.


    J’étais encore relativement dispos pour une soirée de Ciné-Gestalt en présence de la fondatrice Hélène Gallez et de Joseph Drese, fin connaisseur de Fisher King,

                         Fisher King : Le roi pêcheur le film phare du processus processus imaginal développé dans les Traversées animées                                                                       par le couple. Hélène et Joseph décrivent leur parcours dans mon livre.


                         J’étais curieux d’entendre la lecture et le décodage de la quête du Graal sous-jacente à la rencontre de Jack et Parry Fisher King que le duo chaleureux a déjà accompli en compagnie de quatorze groupes et bientôt un quinzième. Les « experts » de la symbolique ont été d’une grande discrétion et d’une retenue remarquable laissant les participants livrer leurs impressions et réflexions. Joseph prenait force notes comme s’il découvrait le film pour la première fois. Cela confirme que chaque nouvelle vision apporte de nouveaux éléments de perception, de pensées et d’analyse.


    Je tire mon chapeau aux pionniers du cinéma thérapeutique car je me vois mal aborder quinze fois le même film dans mes ateliers, même sous des angles nouveaux. Mais pour Joseph, Fisher King, c’est "son" atelier fétiche ; il a travaillé le  film dans ses cours de sciences sociales avant une première en couple en février 1993.

    Les échanges ont perduré tard dans la nuit. Je me prends à rêver de la multiplication de lieux de rencontre autour du cinéma, où la parole circule librement et légèrement. Histoire de prolonger le plaisir incomparable d'une projection passionnante et passionnée.

     

     

     


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    Les ondes du premier atelier sur les fratries  continuent à voguer en vagues successives dans mon esprit. Un participant m’écrit qu’il serait peut-être utile d’organiser des post-ateliers pour approfondir des histoires amorcées et laissées en l’état. Cela me paraît une excellente idée, mais actuellement, je n’en suis qu’à balbutier une approche qui doit encore être affinée au fil d’expériences jamais identiques.


    J’ai souvent envie d’aider une personne à épaissir une histoire de vie alternative émergente après une conversation en binôme ou au détour d’un échange en groupe. L’atelier n’est pas le lieu d’un entretien individuel. Dès lors, nous nous contentons de souligner l’intérêt de sonder plus profond le récit original naissant à propos d’une relation fraternelle conflictuelle, d’une attitude figée ou d’une valeur négligée.


    La principale vertu reconnue aux trois premiers ateliers est de «faire du bien».


    Du bien, en l’occurrence, c’est libérer une parole souvent réprimée ou reportée. Le groupe offre un contenant accueillant, curieux (dans un sens altruiste) et respectueux. La confiance ouvre les esprits et les cœurs. Le travail en sous-groupe installe une intimité propice à la confidence. Chacun communique au groupe quelle part du récit de l’autre a résonné en lui, ce qui l’a touché, ce qui l’a étonné… Ces narrations subjectives éveillent la réflexion, invitent à reconsidérer sa propre histoire, écoutée avec les mots et les perceptions des écoutants/narrateurs. La personne "narrée" devient témoin de son récit. Elle prend du recul et libère ainsi un espace de créativité narrative.

               frere et soeur : Une querelle entre les enfants      frere et soeur : Deux frères Happy Together        frere et soeur : Garçon et fille peu avec des expressions très en colère    frere et soeur : Portrait d'adolescentes


    Les échanges particuliers et communs révèlent aussi le poids des prescrits éducatifs et sociaux, tous les « je devrais » et «il faudrait"  induits par les modèles dominants.L’ainé doit montrer l’exemple/ Un garçon ne pleure pas/Ce n’est pas bien de se mettre en colère…

    Une participante racontait que petite, quand elle était en colère, elle descendait  dans la cave et tapait des pieds contre les murs. Aujourd’hui, je suis plus calme, dit-elle. Si je suis en colère, je mets un beau morceau de musique et je danse.


    Une piste intéressante à suivre serait de repérer dans l’histoire de vie de cette personne les moments où elle a adressé sa colère à quelqu’un, exceptions à l’histoire dominante : je vis ma colère seule. Ces exceptions reliées entre elles tisseraient une version alternative à son attitude habituelle. Les exceptions sont remises à jour en réanimant le contexte, les circonstances et les personnes présentes lors de ces diversions à la posture dominante.

                                                         Grande famille heureuse - une mère et de nombreux enfants assis sur les escaliers à la maison. Famille concept. Banque d'images - 17641943         Un deuxième atelier fraternel le 23 mai prochain.


    Etrange et incompréhensible
    Des rencontres tempèrent régulièrement mon souci de pousser mes interlocuteurs à débusquer des exceptions potentielles. Récemment, je parle de l’atelier fratries au douzième enfant d’une famille de quatorze frères et sœurs. Je sais qu’il n’a quasiment plus de contacts avec eux, sinon via quelques neveux et nièces. Je lui demande de puiser un souvenir heureux et un moins heureux dans son album familial. Il parle abondamment des bons moments vécus dans une grande maison à la campagne. Il se tait.

    Je lui demande de qui il était le plus proche.
    - De l’ainée. Elle s’occupait de tous. C’était vraiment une mère pour nous.
    - Et vous ne la voyez plus ?
    - Non. Nous avons vécu des vies différentes. On s’est éloignées.
    - Et vous n’avez pas envie de la revoir ?
    - Non. Ni elle non plus. On se revoit aux enterrements. Elle 70 ans maintenant.
    Bizarre. Je me garde d’insister tout comme je ne reviens pas sur le mauvais souvenir éludé. J’apprendrai indirectement que mon narrateur occasionnel met uniquement les bons souvenirs en avant tellement les mauvais sont nombreux et douloureux.
    Priorité aux belles images d’une saga chahutée, une belle philosophie de vie qui semble lui convenir.

    A l’affiche (réelle et virtuelle)

    J’ai déjà parlé de L'année prochaine  L'année prochaine  qui sort le 22 avril en Belgique et le 24 juin en France.                   La cadence et le programme des sorties divergent de plus en plus entre les deux pays. Dix nouveautés en France, six en Belgique. Seul toile commune : Avengers, l’ère d’Ultron, une superproduction Marvel/Studios Disney.


    La semaine prochaine, je peux déjà annoncer  Le Labyrinthe du silence des deux côtés de la frontière. Le cinéma épouse l’actualité. Aujourd’hui commence en Allemagne le procès de l’ancien comptable du camp d'Auschwitz-Birkenau. En 1958, trois procureurs, sous l’égide d’un procureur général juif allemand, vont instruire courageusement le premier procès de l’Allemagne contre les bourreaux nazis. Deux ans d’instruction minutieuse, basée sur les témoignages de rescapés du camp d’extermination, aboutiront en 1960 à un réquisitoire implacable, établi contre vents et marées. J’y reviens la semaine prochaine.


    La tragédie de Lampedusa justifierait la reprise de Terraferma, Terraferma exemplatif de la capacité d’accueil  d’une famille de pêcheurs désargentés. Le peti-fils, le grand-père et la mère  hébergent une immigrée clandestine enceinte échouée sur une île sicilienne.

     

                                                La Pirogue : Photo


    Je pense également à La pirogue, récit d'une  traversée inimaginable d’une embarcation surchargée entre Dakar et les îles Canaries.


    Deux films qui matérialisent le calvaire des naufragés du désespoir dont on n’a qu’une vague idée en écoutant les trémolos médiatiques.

     


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  • Trois aînés et un benjamin ont participé hier au premier atelier de ciné-thérapie sur les fratries. Au programme, In Her Shoes  portrait de deux sœurs ennemies, unies par le lien indéfectible de la sororité. 

              Maggy  In her shoes : Photo Cameron Diaz, Curtis Hanson a un physique de mannequin et apparemment                                                                                                un  pois chiche dans le crâne.

     

    Résultat de recherche d'images pour "in her shoes" Rose a un corps ingrat et bosse comme une malade dans un cabinet juridique.         

     

    Elles se brouillent sérieusement et se réconcilient sous l’égide d’une grand-mère revenue d’entre les bannis de la famille.

                                                                           

                                                                                               In her shoes : Photo Curtis Hanson, Shirley MacLaine

    Premier tour de table après la projection. Les préférences sont partagées entre les deux soeurs.


                                                        .Résultat de recherche d'images pour "in her shoes"

    « Elles sont complémentaires.»

    « Elles sont toutes les deux mal dans leur peau ».

    Maggy pétille, Rose assure. L’aînée a toujours veillé sur sa petite sœur Maggy.

    Deux participantes se retrouvent dans Rose. Toutes deux ont des rapports difficiles ou n’en n’ont plus avec leur frère. Un troisième aîné ajoute que « quand on est le premier, on n’a pas trop droit à l’erreur. On doit montrer l’exemple.» Selon divers psychologues, l’aîné est perfectionniste, aime l’ordre et a besoin de contrôler les situations. Lorsque l’intervalle est important entre un aîné et son cadet, le plus âgé endosse le rôle de parent de substitution si papa et maman sont défaillants.


    Les scènes marquantes avec les deux sœurs sont ensuite évoquées. La grosse dispute, les retrouvailles, la reconnexion à l’estime de soi chez Maggy émergent aisément. Déterminer les qualités et défauts de chacune s’avère plus épineux. Je renonce à poser la même question à propos des frères et sœurs réels, tant les situations apparaissent majoritairement conflictuelles après avoir été évoquées en groupe de deux. Le seul heureux en fratrie s’étonne des positions inflexibles des unes et de l’autre.


    Les participants repartent une deuxième fois en binômes pour raconter un bon et un moins bon souvenir vécu dans la fratrie. Deux affirment ne se rappeler d’aucun moment heureux. Une aînée se souvient d’une image de son frère jouant dans les feuilles d’automne volant en escadrille autour de lui.


    Les plus réfractaires finissent par recomposer des instants paisibles à force de répondre à mes questions multiples sur le contexte familial, sur les lieux de vie, sur les acteurs en présence... Ces questions à vocation explicative (le comment) et non causale (le pourquoi) stimulent la reviviscence de souvenirs bloqués par la dispute intra fraternelle. En thérapies narratives, le conflit équivaut à l’histoire dominante qui étouffe l’exception -un souvenir heureux-. Il s’agit d'amener la personne à parler d’une exception aux querelles fraternelles, de lui donner corps en la verbalisant au maximum afin de la raccrocher à une narration alternative de la relation houleuse.


    « Je me souviens que pour une fêtes des mères, nous avions réuni nos économies, mon frère et moi, pour offrir un cadeau à maman…»

    «… Oui, je vois encore le magasin et la dame au comptoir. Mais je ne sais plus si nous y sommes allés ensemble.

    -Et le cadeau, tu t’en souviens ?

    -Ah oui, dit-elle en riant, c’était un appareil pour couper les œufs durs. On devait avoir dans les 10-11 ans.


    Autre souvenir concédé du bout des lèvres par un benjamin en rupture récente avec ses quatre frères. « Oui, il y avait bien cette affinité avec un frère hélas décédé, plus artiste que les autres. On se téléphonait régulièrement et on mangeait ensemble. C’était ma belle-sœur qui poussait à nous rencontrer.»


    Je souligne que les souvenirs sont mobiles. Qu’ils peuvent se reconstituer et s’épaissir sous l’effet de narrations répétées à des publics différents. L’essentiel est dans la vérité du moment et non dans la restitution exacte des circonstances et événements qui composent le souvenir. On peut toujours se représenter ce qui a été, en formant dans son esprit l’image d’une réalité absente ou en évoquant une réalité passée. Représenter, au sens étymologique, signifie : rendre présent. Certains embelliront les souvenirs, d’autres les noirciront, selon l’humeur et l’interlocuteur en présence.

    Images fixes et animées
    L’atelier est entré dans sa dernière heure. Nouveauté, je donne à revoir trois séquences du film choisie en fonction d’un thème : meilleure estime de soi, affirmation de soi et réconciliation. Des détails inaperçus à la première vision retiennent l’attention. Chacun est invité à choisir sa séquence préférée et à commenter son choix.
    En finale, les valeureux participants sont invités à légender quatre photos du film ou à adresser une injonction aux personnes sur le cliché.

    In her shoes : Photo Cameron Diaz, Curtis Hanson, Toni Collette  

                                                                         In her shoes : Photo Cameron Diaz, Curtis Hanson, Shirley MacLaine, Toni Collette

    In her shoes : Photo Cameron Diaz, Curtis Hanson, Shirley MacLaine, Toni Collette             

                                                                         

    A votre tour de jouer, que ce soit hors contexte du film, ou en puisant dans vos souvenirs si vous connaissez les deux sœurs et compagnie.

    Il ressort des impressions recueillies après le suivi des deux consignes que les images fixes focalisent l’attention, alors qu’une séquence animée multiplie les approches possibles. Commenter une photo paraît plus facile.

    Une comparaison me vient. Il est également plus confortable de s’appuyer sur une histoire de vie dominante figée, servie habituellement à nous-même et aux autres, que de se frotter à la variété de versions d’une narration considérant aussi les moments d’exception, parties intégrantes de notre histoire de vie.

    La journée se termine sur un ultime tour de table.

    « Si j’avais vu que le thème de l’atelier était la fratrie, je ne serais certainement pas venue. Pourtant, ça m’a fait du bien, j’ai pu m’exprimer. Ecouter les autres, c’était bien aussi. »
    « Moi aussi, je me suis bien plu, même si j’ai évité de trop replonger dans une histoire difficile avec mon frère.»

    Un troisième ressenti exprime le tourment d’une journée vécue dans l’inconfort et le malaise. Néanmoins, la personne a participé loyalement à la plupart des activités, particulièrement impliquée dans les conversations en binômes. Une mauvaise nuit l’avait fait piquer du nez à plusieurs reprises pendant la projection. L’engagement au sein du groupe a probablement soutenu son maintien dans un atelier axé sur un objectif commun : clarifier des relations fraternelles compliquées.

    Selon Odile Bourguignon citée par Lisbeth von Benedek dans son étude des fratries,
    Le « fraternel » décrit une relation affective complexe, ambivalente, faite de bienveillance et d’empathie, d’amour et de haine.


                                 Cette complexité justifie amplement un deuxième atelier fraternel le 23 mai prochain.

                                     Un premier atelier bruxellois aura lieu le 16 mai sur le thème de la maternité  


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  • J’ai expérimenté ce que je suggérais dans "En suspens.» J’ai emprunté un chemin alternatif pour me rendre à la salle de formation où j’ai passé trois jours à Aix-en Provence, cité où il fait beau et bon flâner le nez en l’air à l’affût des façades baroques. Courageux mais pas téméraire, je cale mon itinéraire bis parallèlement à l’artère principale. C’est à ça que « serre » une histoire dominante, un bon appui pour une narration innovante.

                                 


    Il est 9h00, un samedi ensoleillé. Je traverse une esplanade déserte hormis un mendiant sur ma droite. Il est agenouillé et montre une pancarte où il a écrit « J’ai faim, aidez-moi. » Dilemme habituel : donner ou pas ? J’arrive à sa hauteur, je ralentis. Il reste immobile ; je continue. Pris d’un remords, je fouille mon porte-monnaie. J’y vois une pièce de 50 cents, une de 2 cents et 2 fois 2 euros. Je reviens sur mes pas et je dépose 52 cents dans le gobelet, en précisant que je n’avais pas plus.


    Dix secondes après, j’entame un monologue intérieur. «Non mais,quel hypocrite! C’est, je ne voulais pas donner plus qui correspond à la réalité. » Un aveu plutôt embarrassant. Tant pis. Je suis d’humeur folâtre, je poursuis mon chemin, calme et joyeux. Je progresse au gré du soleil dans les ruelles ou sous le mouvement naturel du corps dans la direction qu’il pressent.

    •                       


    J’arrive rapidement (plus court que le trajet habituel) à la placette (de Verdun) proche de ma destination. Un marché aux puces hèle ses premiers badauds. Un air de guitare adoucit soudain le silence ambiant. Un musicien matinal joue dans un passage latéral où personne ne passe encore. Les notes s’envolent dans le ciel lumineux et teintent l’endroit d’une mélancolie inattendue. Je m’arrête pour savourer cet état d’âme alangui. L’envie d’être joyeux reprend le dessus. J’entre dans un café. Bouffée de chaleur, de brouhaha, de tintements de tasses. Des habitués prennent leur petit déjeuner. Je suis bien. Je ferais bien un bout de conversation à mon voisin perdu dans ses pensées. Quelque chose me retient. J’apprends, en captant un échange avec le serveur, que cet homme à l’air fatigué sort d’un travail de nuit, qu’il prend un « petit serré » pour avoir le tonus de faire ses courses avant de dormir sa nuit le jour.


    Décodage
    Pour moi, la journée commence. Je rejoins mes compagnons de formation des images plein la tête. Je me retiens de leur raconter ma baguenaude enchantée. La matinée est généreuse. Elle me donne l’occasion d’illustrer un des piliers des thérapies narratives avec le récit de mon errance.Nous dessinons ensemble les trois paysages de l’identité au départ de l’exception vécue (nouvel itinéraire) et verbalisons ses sens implicites.


    Ma rencontre avec le mendiant s’inscrit dans le paysage des intentions et des valeurs, dans une relation de soi à soi. Mon intention est de donner pour aider et servir une valeur de solidarité. Mon monologue s’adresse à moi-même.
    Le paysage de la relation à l’autre est également en jeu. J’ai réagi en deux temps à la présence du mendiant. J’ai observé comment je réglais mon rapport à un autre différent et interpellant.
    Enfin, cette promenade dans des mondes différents opère le paysage de ma relation avec la société. Que se passe-t-il quand j’ose une exception -changer d’itinéraire- et que j’entre en contact avec mon histoire préférée, c’est-à-dire sortir de la routine et provoquer l’échange.

                                    


    Ma flânerie impromptue m’a donné l’occasion de questionner mes valeurs (mendiant), de vivre un état d’âme (guitare), de palper un peu de chaleur humaine (café), et de refréner l’envie de parler impulsivement (voisin de café et formation). La discussion au sein du groupe a fait émerger une valeur sous-jacente à mon  attitude avec le mendiant. Et si sous la valeur solidarité se cachait la gêne ou la culpabilité envers ceux qui ont eu moins de chance que moi.


    Quelle belle matinée, placée sous le signe de l’exception, non de l’exceptionnel. Nuance explicitée par Serge Mori, thérapeute narratif, dans son dernier ouvrage qu’il signe à la librairie Goulard ce vendredi 17 avril.


    «Je vais donc écouter encore et toujours les moments d’exception possibles que la personne a vécus et qu’elle est capable de raconter. En d’autres temps, en d’autres lieux, la personne ne porte-t-elle pas une autre histoire, basée sur d’autres événements ? Ou juste une autre manière de raconter cette histoire ? Ou juste un événement à mettre en lumière plutôt qu’un autre ?» (p.119)

    Il y a toujours des moments dans la vie   où nous prenons ou avons pris des chemins de traverse qui

    allègent le poids de l’autoroute quotidienne. Etrangement, nous avons tendance à oublier ces épisodes préférés et à nous enfermer dans une narration pauvre des évènements de la vie. Cultivons et développons notre capacité à créer des moments d’exception que nous pourrons séquencer dans une narration nouvelle, alternative, tonique et inspirante. Explorons et amplifions les filaments (fil- amant) d’exception à portée de mains.

    La conversion au narratif dynamique part d’un état d’esprit orienté vers une vision plurale d’une expérience vécue, support d’une diversité de sens qui déconstruit la version unilatérale d’une histoire dominante saturée. Cette tournure d ‘esprit est complexe à ancrer. La preuve avec ce qui suit.

      Lundi, 13H00. Ma compagne et moi marchons à grandes enjambées                                                                                              vers la gare routière. Le temps presse brusquement après une longue station dans l’atelier de Cézanne. Une mendiante assise par terre barre ostensiblement le passage à hauteur de la place Richelme. La rue est noire de monde, la place bondée de terrasses animées. Je regarde l'intruse dans le paysage, elle fait la moue. J’ai allongé le pas. Pas question de rater le TGV vers le pays.


    Laissons à nos circuits mentaux le temps de se familiariser avec l’exception.


    Un film cette semaine.

     

                                                                                      Hungry Hearts : Affiche


    Hungry Hearts ( aujourd’hui en Belgique, sorti le 25 février en France) traverse la comédie romantique et s’installe dans l’obsession maternelle de préserver la santé d’un nourrisson né avant terme par césarienne. La jeune mère ne sort jamais, nourrit chichement son enfant de graines et légumes cultivés dans une serre sur le toit de l’appartement. Mina est d’une obstination et d’une maigreur à faire peur. Son mari l’aime tendrement et respecte ses croyances. Néanmoins Jude est inquiet, il craint pour la vie de leur fils, jamais appelé par son prénom. Une lutte feutrée et épuisante s’engage dans le couple, chacun animé par la survie de l’enfant.
    La mère de Jude intervient, la justice s’interpose, le mari chérit toujours son épouse paranoïaque et anorexique. Un film troublant et perturbant, qui soumet la loyauté conjugale à rude épreuve. Saverio Constanzo a un penchant affirmé pour les portraits de femmes étranges et pénétrantes.


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  • Sous un ciel bleu immaculé et sous les rayons bienfaisants d'un soleil provençal, l'envie me prend de tapoter quelques mots sur le clavier après trois jours de formation dense aux thérapies narratives. Au petit matin, je lis en préparation du premier atelier de ciné-thérapie sur les fratries qui aura lieu samedi.      

     

     

                                                      

                                        Frères et soeurs pour la vie
                : l'empreinte de la fratrie sur nos relations adultes                 
     

                    

    Je découvre les ressorts joyeux et dramatiques des relations entre frères et frères, soeurs et soeurs, frères et soeurs.  Cet univers m'est parfaitement étranger, moi qui suis un enfant "unique". Maintenant cinq fois grand-père, je peux observer les interactions, les conflits,les alliances en jeu entre enfants de même lignée. Je trouve dans le livre de Lisbeth von Benedek, Frères et soeurs pour la vie" de très intéressantes explications sur des comportements singuliers fraternels.J'ai rarement lu un ouvrage aussi clair, étayé par le récit d'une clinique expérimentée.  

    Le cinéma a souvent abordé les relations fondatrices au sein des fratries. S'il pleut en Belgique ou ailleurs, je vous propose un petit questionnaire pour tester votre culture fraternelle cinématographique.Salut aux frères et soeurs blogueurs! 


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