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    Pluie battante sous les piliers du viaduc, fracas du train à grande vitesse au-dessus des têtes.

    Un homme et une femme tournent sur eux-mêmes. Peut-il lui faire confiance ?

    Policiers et truands devant une carte murale. Répartition des agents aux trousses des voleurs distribués dans les mêmes quartiers. Les femmes règlent une chasse à l’homme désespéré.

                                                                

    Sacs d’ordures lancé dans une benne dans la cour d’un immeuble délabré. Baraques près d’une fête foraine, scooters alignés.

    Ombres chinoises du couple éphémère. Lucioles dans la nuit, phares de voitures évanescents, baskets phosphorescentes. Les pensionnaires ébahis d’un zoo au milieu d’une fusillade. Succion des pâtes dans une bouche affamée.

    Le Lac aux oies sauvages : Photo

    J'ai côtoyé la Chine marginale, les voyous sans foi ni loi, la femme seule au sort incertain, le bandit chevaleresque sur le tard.

    Le lac aux oies sauvages est un terrain de dix hectares hors-la-loi. Les baigneuses flânent sous des chapeaux de soleil à larges bords. Mais cette lumière douce a un prix.

    DiaoYi'nan  confirme sa maîtrise de l’esthétique sombre, tachetée de rares touches de lumière, filaments d’espoirs improbables,

      

     


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    Gloria Mundi a été ma première toile de l'année. Je devais honorer le chantre du petit peuple malgré mon aversion à commencer 2020 avec du lourd.Un article lu ce matin avec agacement m'a remobilisé sur la nécessaire solidarité avec les plus démunis. Le nombre de voitures de société frôle le million en Belgique, soit une augmentation de 20% en cinq ans. Les routes sont saturées mais mon pays est le seul en Europe à pousser autant un avantage en nature polluant. Et si on louait une partie de ces véhicules aux sans-emplois qui ne disposent pas d'automobiles pour chercher du boulot en zone non urbaine...

    Un autre chiffre me fait bondir, celui des trois cents millions qu'il faudra débourser pour transférer le footballeur M'Bappé... Un record. Plafond percé aussi pour les droits TV du foot belge. La ligue professionnelle escompte engranger 120 millions pour la diffusion d'un d'un championnat parmi les plus faibles d'Europe.

                                                            Gloria Mundi : Photo Grégoire Leprince-Ringuet, Lola Naymark

    Alors,cap sur Marseille, aussitôt dit aussitôt fait. Sylvie et Richard ont recomposé leur couple. Ils peinent à nouer les deux bouts mais gardent le cœur sous la main. Il prend sa pause de chauffeur de bus municipal au matin quand elle a sa dose de ménages. Sylvie travaille la nuit parce que ça paie un peu plus.L'argent occupe le terrain en largeur et en longueur.

    Un jeune couple ne fait pas d'enfants pour grimper dans l'ascenseur social. Un quinqua prend le bus à la sortie de prison. C'est long mais c'est moins cher de Rennes à Marseille. Sylvie n'a jamais rendu visite à Daniel, son premier amour, parce que Rennes c'est loin. "Il aurait fallu prendre une chambre pour la nuit et avec la petite..." Daniel ne lui reproche rien, prêt à payer sa dette en une fois, tant il

    se repent d'avoir abandonné Sylvie et leur enfant.   Gloria Mundi : Photo Ariane Ascaride

    Un beau-fils croit gagner son indépendance étant chauffeur Uber. "Je me crève mais au moins, je sais pourquoi." Sa femme galère de CDD en CDD, son bébé chez une nourrice, "ça coûte la peau des fesses." L'horizon est enfumé sauf pour les tours de verre qui poussent loin du port. Des quartiers périclitent, de nouveaux îlots narguent les moins que rien qui ont le nez collé au sol à laver des cabines de paquebots ou à cirer les pompes de touristes friqués insensibles aux réfugiés qui logent sur les quais à la belle étoile.

                                          Gloria Mundi : Photo Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin

    Guédiguian dépeint à juste traits la fracture sociale, le délitement de la solidarité ouvrière et même l'explosion des liens familiaux.  Il croit encore un peu à l'amitié, à la compassion. Et basta. Le hic,c'est qu'il s'enferre dans un désenchantement déjà amorcé dans La villa. La chronique sociale vire au mauvais mélo plombé par des ressorts dramatiques appuyés. Nul issue possible, à moins de retourner de là où on vient, entre les quatre murs d'une cellule - dedans, dehors, c'est la même chose- ou de revenir au monde d'avant, moins rapide, moins égoïste, moins sec. Le retour aux valeurs humanistes et humanitaires est bien compromis.

                                Déprimant, je le pressentais, mais je ne renie pas mon choix de premier film de l'année.

                                                          Gloria Mundi : Photo Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin

     


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                                                        Il est quatre heures du matin. J’ai assez dormi.

                            L’écriture m’appelle. Les lignes flottent dans ma tête. J'écris encore à la main.

                                                                          Toujours rien.

                                          Onze jours déjà en 2 mil 20 et rien vu sur grand écran. 

     

                                                  

                                                                                                                                  (Illustration d'Andrea Ucini)

     

    Je suis tenté de consulter les augures sur les films les plus attendus de l’année. Pour voir quelle sera la durée de ma disette cinéphile.

    Sincèrement, je m’étonne. Du jamais vu, une aussi longue absence des salles semi-obscures.

    Peut-être parce que je vois clairement ce qui m’anime en cette entame d’exercice, une année devant soi.

    Lectures, réunions de grands-parents pour le climat, anniversaire de mon épouse, de mon fils, reprise des mercredis avec quatre de nos petits-enfants, bénévolat, visite à un ami qui a décidé d’arrêter les chimios, le film du quotidien me suffit.

    J’ai renoncé à Gloria Mundi en premier écran de l’an vint.Trop triste. Pas envie d’un second mélodrame après La vie invisible d'Euridice. Envie de légèreté, de saisir le temps comme il vient.

     

    Car la nuit s'approche par Enquist

                                             En croyant remplir le temps, on le laisse filer, ai-je lu dans Car la nuit s'approche, d’Anna Enquist, un de mes auteurs préférés. L’histoire d’une lente reconstruction après un traumatisme. Assez sombre mais avec une lueur d’espoir en vue.

                                               L’espoir, y croire. C’est le credo d’une nouvelle revue, Yggdrasil

    « Il y a un grand besoin de sens et de liens en cette période de chocs. Il y a des opportunités de se rassembler, d’imaginer ensemble d’autres modes d’organisations et de possibles horizons. » (extrait du projet éditorial d’un magazine très agréable à la vue).

    Mes doigts quittent  le papier. Je compose « films les plus attendus en 2020 » dans la fenêtre de recherche. Qwant me livre les vingt films de l’année. Je vous laisse juge. Des reprises, des suites, des adaptations de romans, quoi de plus habituel en somme. Rien n’émerge. Une nouvelle version de West Side Story me hérisse. James Bond à la retraite, on verra. A première vue, Tenet a l’air le plus excitant. Il faudra attendre juillet.                                                 

                                          Yggdrasil, la revue pour penser l’effondrement et le renouveau                                                                           

                                         Je craquerai certainement avant l’été, pas plus tard que la semaine prochaine.Selfie me fait de l’œil. Marrant et impertinent sur l’homo numericus. Délice ou calice, je vous en parle avec malice... bientôt.

     

     

                                 Au papillon je propose

                                 d’être mon compagnon

                                 de voyage                                     Shiki, Paroles du Japon

     

     


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  •                                          Chroniques du hasard                                                                                                                                (Illustration d'Andrea Ucini)

    J’ignore encore quelle sera ma première sortie cinéma de l’année. D’abord tâter mon humeur, sentir si elle a bougé en 2020, sur un coup de baguette magique. Le passage de l’an bouscule parfois les envies, les intérêts, subitement tourneboulés par la perspective d’une année vierge, à l’instar de la feuille blanche sur laquelle j’écris à la main les commencements de l’année 2.0/2.0.

    Oui, à la main, afin de raviver le lien entre main et cerveau, corps et esprit. La lenteur de l’écriture manuelle force à peser les mots. Le tracé de la lettre ordonne une gymnastique bénéfique à mes doigts, étonnés de tenir et glisser au lieu de planer et frapper.

    Jean-Luc Velay, docteur en neurosciences observe une interaction très forte entre écriture et lecture. Je suis le fil vagabond de ma pensée. Lecture. Je prends un livre Les chroniques du hasard, d’Elena Ferrante, recueil de courtes chroniques publiées dans le journal The Guardian en 2018. Je lis celle intitulée " Au cinéma".

    L’écrivain italien revoit Solaris au moins une fois par an. Le film de Tarkowski est tiré d’un roman qu’elle a lu après voir vu l’adaptation au cinéma. "Il ne m' a pas paru porter en lui le film qu’il a engendré... J’ai été frappée comment l’écriture pouvait stimuler la puissance visionnaire d’un grand talent quand celui-ci choisissait de s’en nourrir.»

     

                                                      Solaris : Photo Andreï Tarkovski, Donatas Banionis, Natalya Bondarchuk

    Elena Ferrante a vu ensuite une deuxième version du roman mais elle préfère celle de Tarkowski dont l'intensité supplante toute  adaptation ultérieure, même réussie. Du coup, je pense à Alain Corneau qui a repris Le deuxième souffle en 2007, quarante après Melville. Je n’ai pas arrêté de comparer,Corneau reproduisant le canevas de 1996. Quel est l’intérêt de refaire un film si un nouveau regard n’y est pas insufflé.

    C'est dire si Greta Gerwig, omniprésente dans les médias, prend un risque énorme en tournant une huitième fois Les filles du Docteur March . Pourquoi ? Il y a certes une volonté de placer cette énième mouture sous l’angle de l’émancipation féminine. Mais il y a surtout le souvenir de la première lecture du roman de Luisa May Alcott, un livre qu’elle a l’impression d’avoir toujours connu, parce que sa maman lui a lu avant même que sa petite Greta ne sache lire.

                                         

    S'il y a bien une certitude en 2020, c'est la pérennité des empreintes de l’enfance à travers les âges. 

    Et mon premier 2020 ? Probablement Gloria Mundi

     

     


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    La Vie invisible d'Eurídice Gusmão : Affiche

    Deux sœurs à Rio dans une forêt luxuriante en 1950. Euridice perd Guida dans la canopée touffue et humide. Cris dans le vide.

    La trame de La vie invisible d'Eurídice Gusmão est tissée. Les deux sœurs se perdent de vue une fois encore. Guida part sur un coup de tête avec un marin grec séducteur. Elle revient enceinte,larguée au grand large et contrainte de regagner un foyer détesté. Le père la rejette, la mère se tait. Puissance du patriarcat, silence des femmes.

    Entretemps, Euridice contracte un mariage conventionnel. Sa danse de noces enragée révèle son dépit. Sa révolte se cantonne dans cette hystérie passagère sur la piste matrimoniale. Elle enfantera à son corps défendant. Mais elle tient haute la note au piano.Elle remporte le concours du conservatoire en catimini, car son mari la veut à la maison et bonne reproductrice. L'audition donne lieu à la plus belle séquence du film.

                            La Vie invisible d'Eurídice Gusmão : Photo Carol Duarte

                                                                                                                     Seule au monde, Guida échoue chez Filo, ex fille de joie au grand cœur. Elle garde les enfants, permettant ainsi aux mères de travailler, d’assurer leur pitance et de gagner en autonomie. Guida et Filo, le tandem se serre les coudes dans la misère. Guida reconstruit un ailleurs. Elle écrit inlassablement à sa grande sœur censée enflammer les salles de concert à Vienne. Lettres mortes, jamais transmises.Gros mensonge du paternel macho. Euridice pense également à Guida. Elle engage un détective, persuadée que sa sœur est à Rio.

                                                   La Vie invisible d'Eurídice Gusmão : Photo Carol Duarte

    Nous nageons en plein mélodrame, genre assumé pour peindre (couleurs chatoyantes) la pitoyable condition des femmes et souligner que les pauvres ont une fameuse longueur de retard dans la course au bonheur.Le film est inspiré du roman éponyme de Martha Batalha. Le Brésil des années cinquante était invivable. Seule consolation : la danse sensuelle, sarabande des corps qui sculpte l'oubli.

                                                        La Vie invisible d'Eurídice Gusmão : Photo Carol Duarte

     


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