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                                                                 Les Femmes du 6e étage

    Il m'arrive de revoir un film, soit parce que je l'ai aimé, soit parce que je n'ai pas accroché à la première vision.

    L'après-midi est grisonnante. Un tantinet engourdi,  je pioche dans ma vidéothèque et je réveille Les femmes du 6ème étage. Les bonnes espagnoles ont tôt fait de me communiquer leur joie de vivre et leur optimisme insubmersible. Je jubile chaque fois à la métamorphose du très guindé Jean-louis Joubert, agent de change de la troisième génération, extirpé d'une vie ennuyeuse par les forces vives des Carmen, Pilar, Conception et autre Teresa. Le mari de la bourgeoise Suzanne quitte le domicile conjugal pour devenir voisin de ces femmes du sixième dont il ignorait l'existence et les dures conditions de vie. Fabrice Luchini joue sobrement et finement la transformation d'un homme qui trouve enfin sa place sous les toits de l'immeuble familial.

    La musique de Jorge Arriagada, le souci de la symbolique des couleurs, la découverte d'une réalité sociale sous la France de De Gaulle, contribuent à la réussite d'une fable sans prétention mais imprégnée d'authenticité. Le père de Philippe Le Guay était agent de change, et bébé, le réalisateur a été materné par une bonne espagnole. Son émotion d'enfance innerve un film réjouissant et touchant.

    Ces femmes courageuses, pieuses, enjouées et solidaires figurent parmi la trentaine de film toniques racontés  en deuxième partie de mon livre "Le cinéma, une douce thérapie", à paraître en février prochain. Un chapeau précède les récits. Je vous livre en primeur des éléments de l'en-tête : à chacun sa classe. L'agent de change se place dans le social. La première fois qu'il se sent à sa place. L'argent ne fait pas le bonheur... A suivre

     

     J'ai revu fortuitement à la télévision cette fois,  un autre film jubilatoire, Le président et Miss Wade.

     Le Président et Miss Wade Cette  romance improbable entre un président des Etats-Unis veuf( Michaël Douglas) et une militante écolo (Annette Benning) a le don de me délasser. L'ombre de Frank Capra plane sur ce film de 1995, où le leader du monde libre s'engage à réduire la consommation des hydrocarbures de 20% en 10 ans. Nous sommes toujours loin du compte.

    Revoir ce qui a plu plaît les jours de pluie ou de grisaille. Mais demain ou après-demain, je reverrai  Cherchez Hortense,  qui m'avait laissé sur ma faim. Je me demande si je vais retrouver de l'appétit.

     

    Et vous,vous arrive-t-il de resservir le couvert dans l'intimité ou dans les salles claires-obscures ou dans votre tête ? 

     

     

     

     

     


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          Rire pour ne pas pleurer                                          Docteur Patch

     

                      Docteur Patch (Patch Adams), Robin Williams ©               

     

               

                        La mort de Robin Williams m'a cueilli au petit déjeuner. Sa disparition m'a attristé.

              Tristesse aussi à la buvette de la gare où je prends un café. Il était aimé des clients de ce petit

           troquet tenu par un couple quinquagénaire. Je demande à la patronne quel film de Robin elle préférait.

                                                     La réponse fuse avec un  sourire ému :

     

              Look, kid, you're just going to have to accept that your sister got the good genes.

     

                                 "Jumanji: Je l'ai bien vu 50 fois. Mon petit garçon adorait ce film."

      

    Robin réunissait les familles, réjouissaient les coeurs, lui qui en avait tellement et tellement mal au coeur aussi. Il soignait et se soignait par le rire. J'ai repensé au Docteur Patch, un rôle qui lui allait comme un gant. Mais  les films terminés, une fois les effets de la drogue et de l'alcool dissipés, le clown redevenait triste, hanté par un mal être rongeant. "Il donnait ce qui lui manquait ou ce qu'il n'avait pas reçu, sans guérir une blessure initiale et intime," commente un de mes amis thérapeutes.

     

               Carpe Diem                                                       Robin Williams

     

    Il est vrai que Robin Williams avait aussi exploré le côté sombre de l'être, dans Insomnia et Photo Obsession. Psychologue dans Will Hunting ou encore psychiatre dans Dead Again, il cherchait épisodiquement des pistes pour déchiffrer son tourment. Il n'a probablement pas pu supporter son impuissance à "régler" sa vie.Il est sorti violemment de l'impasse en faisant le grand saut vers l'inconnu.

     

                        Salut l'artiste. J'aurais aimé suivre les cours dans ta classe des poètes disparus.

     

      

                                    Le Cercle des poètes disparus : Photo Peter Weir, Robin Williams


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  • J'ai donc vu Magic In The Moonlight. Plaisant, bien interprété, superbement éclairé par Darius Khondji, qui a déjà travaillé quatre fois avec Woody Allen. Dans une interview parue dans le dernier Positif (juillet-août, n°641-642, dossier sur les chefs-op et les couleurs. Les cahiers du Cinéma ont choisi le même thème dans leur dernière livraison, n°702)), il explique que Woody a une vraie demande de couleurs depuis Midnight in Paris et To Rome with Love. La lumière chaude de la Provence enjolive gaiement un propos pas si léger qu'il en a l'air.

     

    photo 2                     Magic in the Moonlight : Photo Colin Firth, Emma Stone, Woody Allen                               Magic in the Moonlight : Photo

     

     

    Magic in the Moonlight : Photo Emma Stone

     

    A 80 ans, Woody convoque l'irrationnel et l'au-delà et se ménage une porte de sortie vers une croyance plus douce que le néant après la mort. Il questionne matérialisme et spiritualité, science dure et magie. Il ne tranche pas vraiment, même si l'idée d'un contact a minima avec les esprits des défunts  lui paraît séduisante. Finalement, la seule magie à laquelle l'intello juif new-yorkais croit dur comme fer, c'est celle de l'alchimie imprévisible de l'amour, délectable  pour cet amoureux devant l'éternel.

    Le plaisir est là, pas la jubilation. Le discours sous-jacent sur l'après-vie a supplanté l'amusement d'une aimable comédie.

     

       Woody Allen disait à Eric Lax en 1988 qu'il prenait des acteurs sérieux dans ses films  sérieux, qui n'auront jamais le côté approximatif qui est le sien quand il joue. (Entretiens avec Woody Allen, Plon, 2007). Colin Firth et Emma Stone badinent et philosophent sur un texte millimétré, énoncé avec un impeccable accent british. Ils jouent sérieusement le faux détachement d'êtres face à des choix cruciaux. Woody ignore toujours s'il y a une vie après la mort, mais il s'agrippe à la certitude qu'un film en appelle un autre. Depuis  1978, il tourne au rythme d'un film par an. Cela vaut toutes les thérapies.

                                                                                                                                          

                                          Magie au clair de lune sort le 22 octobre en France.


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    New York Melody : Photo Keira Knightley, Mark Ruffalo

    C'est la grande idée de Begin Again que j'ai vu hier attiré par l'affiche : enregistrer un disque en plein air dans les rues de la Grosse Pomme. La musique dans le plus simple appareil, amplifiée par l'énergie de New York et l'envie de déjouer un sort funeste. La musique panse les peines de coeur de Gretta (Keira Knightley) et soigne la déprime de Dan (Mark Ruffalo).

    Le film commence vraiment après une pesante mise en place. Cette longue intro donne des fourmis dans les jambes. J'étais mûr pour taper du pied en cadence sur de chouettes compositions jouées sur une terrasse en face de l'Empire State Building ou dans une barque sur l'Hudson. Gretta déploie ses états d'âme dans des chansons doucement mélancoliques. Dan, producteur de disque au génie assoupi, réveille sa pêche et mitonne des orchestrations géniales.

    John Carney a écrit les paroles des chansons à la dernière minute. Le réalisateur a modifié sa partition durant les repérages. La musique a pris le dessus sur le pied de nez à l'industrie du disque, les pièges du star system, les relations père/fille et les aléas de la vie de couple. Tous ces thèmes sont abordés, l'air de rien, avec une note majeure aux déboires sentimentaux, transcendés par la création hors format d'un disque dans la plus grande liberté. 

    J'ai passé un bon moment, certes pas inoubliable, mais agréable détente dans ce monde chaotique, livré à la violence et à la cupidité. C'est aussi l'histoire d'une belle amitié, nouée au hasard la vie.

     

    New York Melody : Photo Keira Knightley, Mark Ruffalo

    Les bonnes comédies musicales (et romantiques) sont rares, je ne boude pas mon plaisir. Et si j'allais voir le dernier Woody, juste pour voir...

    Magic in the Moonlight   Bon, l'affiche ne m'inspire guère, mais la bande-annonce est aguichante.

                                               Et j'ai un grand appétit de légèreté.

     


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  • Il est 6H30. e sors du sommeil. Le livre mis entre parenthèses reprend sa place dans mon esprit. Ecrire une conclusion retient l'attention un bon moment. Les idées sont là, les mots se bousculent pour occuper les premières lignes du générique final.

    Puis vient le blog, cette minuscule parcelle d'expression sur l'immense réseau mondial. L'envie vient d'écrire un petit mot. Pour dire une envie de cinéma. Je me lève comme un balle. Je note les premières phrases tandis que l'ordinateur chauffe.

    Parfois, un film m'attire sans que je sache pourquoi.  Begin again, New York Melody (en France) me fait de l'oeil.

     

         La séance du jour est prévue à 18H10. Je vous raconte demain.

     

    Il m'est arrivé de suivre un film à la trace, peu diffusé dans les salles. J'ai fait 40 km pour écouter et voir Quatuor juste séduit par l'affiche. Je sentais une belle connivence entre les musiciens.

     

                                                                          Le Quatuor

     

    "Le quatuor est composé de quatre musiciens, dont un couple. Le fondateur du groupe est gravement malade. Il annonce son dernier concert. La question est posée de sa succession et de la continuation de l’ensemble. Des conflits larvés éclatent. L’émotion surgit devant l’inattendu, une révélation. Quelque chose m’émeut, je ne sais quoi. Des caractères m’intéressent se détachent : la fille rebelle et cynique ; la seule musicienne du groupe (Juliette, Catherine Keener) conciliante et conciliatrice ; le chef noble et digne (Peter, Christopher Walken).

    J’admire la patience avec laquelle Juliette essaie de sauver l’ensemble. Sa bonté est payante. Le final me suggère une idée sur la façon de transmettre une œuvre, d’assurer la continuité après la mort." (extrait de "Le cinéma, une thérapie douce, parution en février 2015)

    Un livre, un blog, fétus de paille voletant dans l'éternité avec la seule ambition de laisser une trace...

    A demain.


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