• Me voici reconnecté au Waibe. Ces jours privés de « haut débit » m’ont bien plu. J’ai commencé à lire Créatures d’un jour, dernière publication d’Irvin Yalom, en forme olympique. J’ai également sélectionné des musiques de films pour une Séance de 19h prévue en septembre sur Musiq3.


    Déjà la rentrée… ? Nenni, le temps des vacances. Cinémoithèque ferme provisoirement ses rayons quasiment un an après sa création. Parlons un brin statistiques. 120 articles postés, 2452 visiteurs, 12542 pages lues au moment où j’écris. L’audience progresse continuellement, lentement mais sûrement.

                                                               randonnées en corse  GR20

    Plus de visiteurs, moins de pages lues, les habitués s’installent J’ai pensé à m’inscrire à solliciter le grand G (analitics) fin de mieux vous connaître, chers lecteurs. Et puis j’ai renoncé, rebuté par la somme d’informations à donner sur moi-même, conscient soudain que la somme des données collectées allaient surtout nourrir des visées commerciales bien au-delà de ma curiosité.
    Donc, vous restez mystérieux et ce n’est pas plus mal. Je peux tout imaginer et me réjouir quotidiennement du succès croissant de Cinémoithèque. Vous savez maintenant que Le cinéma, une douce thérapie est paru, que quatre ateliers de ciné-thérapie ont eu lieu et que j’aime croiser psychologie, littérature et cinéma.

                                                                   Merci de votre intérêt et de votre fidélité.


    En guise de merci, quelques notes sur des films que j’ai déjà vus, attendus à l’approche des vacances en Belgique et en France.

    10 juin


    Comme un avion Comme un avion


    Michel pagaie gai luron à bord de son kayak Grand Raid acheté sur Internet. Une folie ! Une semaine de coupure à se laisser porter par le courant. Sa femme le pousse à l’eau, complice de son rêve officiel : rejoindre la mer au fil des ruisseaux qui font les grandes rivières. Le doux rêveur met le pied au sec après quatre kilomètres, séduit par deux accortes aubergistes. Le début prometteur d’une escapade bucolique. Nul besoin d’aller loin pour planer. Bruno Podalydès poursuit dans la veine d’Adieu Berthe, léger et tendre sur les sujets graves. Le frère de Denis affine son style, mélange de sensualité, de poésie et de tact pudique. Sa mise en scène soigne les détails et égrène quelques trouvailles comme la nuit « planche », la drague lessive et le thermos d’absinthe. Georges Moustaki, Bashung et Bach ponctuent les fantasques péripléties d’une navigation plaisante jusqu’au dernier rivage.

    LECTURE COMPLEMENT : Vol de nuit, Saint-Exupéry

    Gus, petit oiseau, grand voyage(le 4 /02 dernier en France). Gus petit oiseau, grand voyage


    Gus, chef de migration, une responsabilité vertigineuse pour cet oisillon élevé par une coccinelle. Les feuilles volent déjà tandis que Gus n’a jamais pris son envol. A vue de bec, l’Afrique est à des millions de battements d’ailes. Le moineau ne dispose que de repères approximatifs lâchés dans un dernier souffle par Darius l’Ancien, victime d’un chien. Qu’importe, Gus prend la tête des migrants. Ils ont beau connaître la voûte céleste sur le bout des pattes, ils ont besoin d’un guide. On oubliera quelques envolées bavardes pour voler hardiment des aventures haletantes en compagnie d’une volée de gais lurons. Musique classique et de variétés agrémentent un charmant dessin animé.
    LECTURE COMPLEMENT : Le voyage de Nils Holgersson, tome 1 et 2, Selma Lagerlöf

    La loi du marché (19 mai dernier en France) La Loi du Marché


    « On ne fait pas n’importe quoi avec les gens.»
    De stages en formations, de mises en situations en entretien d’embauche par Skype, Thierry, 51 ans, galère depuis vingt mois à la recherche de l’emploi perdu. Ce père d’un enfant handicapé flotte à la surface du marché du travail. Il sera bientôt noyé. Stéphane Brizé prend le parti de ne pas mettre en scène un réel brut, dénonçant l’impasse d’une société braquée sur le rendement et l’efficacité au mépris de la dignité humaine. Un documentaire avec Vincent Lindon, concerné et engagé, prix d’interprétation à Cannes. A 100% sur le fond, à 0% sur la forme.
    FILMS COMPLEMENTS : The Company Men. Margin Call. Ressources humaines. Violence des échanges en milieu tempéré. La firme

    Voyage en Chine  Voyage en Chine
    Voir le 8 mai


    17 juin


    Kidnapping Mr Keineken(3 juin en DVD en France)   Kidnapping Mr. Heineken


    Le rapt du 20ième siècle. Quatre amateurs enlèvent le roi de la bière et son chauffeur en 1983. Ils ont été entrepreneurs, ils ont dilapidé leurs bénéfices. Ils comptent se refaire en séquestrant le grand patron aux nerfs d’acier. Une histoire incroyable dont on parle encore aujourd’hui aux Pays-Bas. Intéressant pour la dynamique de groupe, la manipulation et Anthony Hopkins en reclus combatif.Inspiré de l'enquête d'un journaliste du Telegraaf. Lecture complément : De zaak Heineken Peter. R. de Vries

    Valley Of Love. Valley of Love


    Huis clos au resto, en chambre, au bord de la piscine, en voiture… Les plans de la Vallée aride et montagneuse, fascinante, sont comptés et minutés. Le site grandiose fait tapisserie lors de brèves incursions sur le terrain. Isabelle et Gérard préfèrent questionner confortablement leur couple défait, le suicide de leur fils et le sens de la vie. Depardieu est géant, prodigue de sa panse démesurée. Il assume son poids, celui des ans et de la mort de son fils dans la vie réelle. Isabelle en retrait et moins impliquée.

    Film complément : Stargate, la porte des étoiles

    24 juin


    Une seconde mère (Que horas e la volta) Une seconde mère
    Portrait d’une femme de ménage brésilienne aux petits soins pour ses patrons de la haute bourgeoisie de Sao Paulo. Val, proche de la retraite, fait presque partie de la famille. Sa famille à elle débarque après dix ans d’absence en la personne d’une jeune fille de 18 ans. Jessica est sûre d'elle, franche et bouscule les codes, à la grande frayeur de sa mère qui a un sens domestique de la hiérarchie. Le film décolle après une première demi-heure longuette. Une étude sociale renversante, un jeu de rôle inversé entre une ancienne génération courbée et une jeune décomplexée. 
    FILM COMPLEMENT : Une famille brésilienne

     

    1er juillet


    Les jardins du roi (6 mai en France)  Les Jardins du Roi : Affiche


    La création du Bosquet des Rocailles à Versailles en 1684. Sabine De Barra (prononcer avec l’accent anglais, langue du film) conçoit une salle de bal à ciel ouvert, ceinte de gradins arborés et de jets d’eau. Une première femme dans le parc machiste des jardiniers du roi soleil. Le monarque donne sa chance à la favorite de Lenôtre. Comme The Valley Of Love, trop peu de nature mais un très beau duo : Kate Winslet et Matthias Schoenaerts
    LECTURE COMPLEMENT : L’allée du roi, Françoise Chandernagor, Folio 4507

     

                                                      Prochain atelier de ciné-thérapie le 21 août à Namur


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  • Le fils préféré figurait au programme du quatrième atelier de ciné-thérapie. La journée fut une fois encore un voyage surprenant et riche grâce à l’engagement généreux de quatre participantes dans une meilleure compréhension d’elles-mêmes et des relations dans leur fratrie, thème du jour.


    Le film pudique de Nicole Garcia laisse une large place, aux émotions rentrées, au non-dit et au langage non verbal. Il y est question aussi de secret de famille, de filiation et de la nature du lien entre trois frères.

     

                                                          


    Le cercle de l’inexprimé s’est joint aux premiers échanges après la projection matinale. Ce cercle est constitué des pensées et des conversations internes d’une personne. A quoi pense le fils préféré en regardant sa fille jouer sur la plage avec un cerf-volant au cours d’une séquence finale d’une petite minute, soulignée d’une musique mélancolique.


    Place à l’imagination pour interpréter ce qui n’est pas encore clairement formulé dans la tête, de ce qui est encore à dire, soubassements du cercle de l’inexprimé. Ce cercle devient une ressource dès que le détenteur de l’informulé s’emploie à préciser ce qu’il pressent confusément soutenu par des interlocuteurs disposés à l’écouter et à étayer sa mise en récit.


                                « Aucune exhaustivité des pensées à haute voix ne viendra jamais à tout dire d’un être.»

    (Défense du secret, Anne Dufourmantelle, Manuels Payot). 


    Il est clair également qu’aucun mot, phrase ou expression n’est complet ou univoque. Il faut toute l’inventivité et la créativité du langage animé par l’envie de dire, de donner sens à ce qui a été vécu, pour approcher la densité de nos innombrables pensées.
    Les récits personnels amorcés par la vision du film éclosent en binômes et sont restitués au groupe en re-narrations par celui qui a écouté (témoin). Ces restitutions ne sont pas exhaustives, elles sont centrées sur ce qui a retenu l’attention du témoin, sur ce qui l’a touché, sur ce qui a résonné avec son histoire à lui.


    Ayant reçu ce que le témoin a perçu de son récit, l’auteur initial commente la re-narration et dit ce qu’elle lui a apporté : nouvelles significations, nouvelle façon de raconter son histoire, nouvelle description de soi. Ces conversations à deux et en groupe enrichissent le cercle de l’inexprimé et surtout, donnent aux intervenants l’apaisement (relatif) d’être entendus et reconnus dans leur souffrance.


    Hier, à ma grande surprise, de lourds secrets ont été dévoilés d’emblée, après les premiers récits à deux, évocation de l’état des relations actuelles au sein de la fratrie et de leur évolution au fil du temps. L’émotion était vive autour de la table. Nous étions au cœur du sujet, sans transition, du film émouvant au mouvement des écrans intérieurs.


    « Partagé, un secret s’affaiblit et perd le rayonnement noir qui en fait sa magie… …Le trauma le mieux enfoui vient un jour à la surface. Il a une attraction irrésistible du dévoilement. » (Anne Dufourmantelle).


    Le groupe s’est « trouvé » très vite. C’était magique.


    Je repars avec une partie de vous.
    Ça m’a fait du bien.

    Le film a été une impulsion. Sa tonalité nous amené rapidement dans la profondeur, dans l’intime.
    C’est étonnant de voir les transformations possibles de son récit personnel quand on l’écoute raconté par quelqu’un d’autre.


    Rendez-vous est pris le 21 août pour le dernier volet d’un triptyque sur les fratries, dédié aux relations entre frères et sœurs.

     


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  • Je serai en vacances lorsque  Vice Versa sortira le 17 juin en France et le 24 juin en Belgique.


    Je vous parle dès maintenant de cette production Pixar dans le giron de Disney. Ce périple dans les méandres des émotions mérite une belle portion de blog. Vous aurez ainsi le temps de planifier une séance familiale car les enfants entre huit et douze ans gagneront à voir ce film d'animation accompagnés d’un adulte. Enfants, parents, grands-parents vibreront à des moments différents selon la sensibilité liée à leur âge. Le film comporte plusieurs couches de perception et de compréhension.


    Joie orchestre. Vice Versa : Affiche      Tristesse manque d’estime de soi. Vice Versa : Affiche


    Le feu de Colère brise la glace.Vice Versa : Affiche                                                                                                                    Dégoût sauve la situation                                    Résultat de recherche d'images pour "vice versa photo degout"                                                                                                                            Peur relâche la pression.  Vice Versa : Affiche  

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    Mais Joie pleure aussi, égarée  dans les tréfonds de l’inconscient.

    Et Tristesse sait renoncer à assombrir le paysage.


    Quelle gageure de visualiser les émotions, de les incarner à l’écran. Pari réussi en optant pour la personnification de cinq grands mouvements du psychisme humain, contenus dans Riley, fillette de onze ans, appelée à grandir et à déménager en même temps. Le centre de contrôle du cerveau est fort sollicité. Le club des cinq Emotions rame en aidant Riley à traverser ces bouleversements dans sa vie.


    Joie et Tristesse forment le duo majeur du clavier émotionnel de Riley. Peur, Colère et Dégoût se poussent des coudes mais restent en retrait. Sauf quand Joie et Tristesse s’égarent dans les replis les plus reculés des circuits neuronaux de Riley. Les deux Emotions amies découvrent des contrées inconnues : Mémoire à long terme, Pays de l’Imagination,  Pensée Abstraite, Production des Rêves. Elles font connaissance de Bing Bong, éléphant rose porte-drapeau de l’imaginaire qui pleure des larmes de bonbons.

    Vice Versa : Photo  Au quartier général, Dégoût, Peur et Colère veillent au grain. Les Emotions sont solidaires. Elles se succèdent et se télescopent à la vitesse des pensées. Autant dire que les décors, les couleurs et les situations valsent dans une tournoyante débauche d’humeurs. Il faudrait revoir le film et arrêter l’image pour interpréter la symbolique des îles de la Personnalité.

    J’ai remarqué plusieurs monuments de l’Antiquité sur l’île de l’Honnêteté. Dois-je en déduire que l’honnêteté est une valeur ancienne et fondamentale de la personnalité. La plus grande île est celle de … la Famille bien entendu, avec une immense statue de papa, maman et grande fille enlacés.

                                                                Vice Versa : Photo
    Les émotions passent, les souvenirs demeurent et volent aussi en poussière. Il importe de les stocker derrière les portes à hauts battants et à grosse serrure de la mémoire. Et de ressortir les souvenirs heureux dans les coups de déprime. Ces images de bonheur et de joie constituent la mémoire vive de Riley.Petit clin d’œil au passage.La publicité parasite la mémoire. Une pub pour la gomme à mâcher semble ineffaçable.


    J’avoue que j’étais sceptique face à l’ambition démesurée de parler d’intelligence émotionnelle à tous les âges confondus. Je me demande  d'ailleurs si le flot de paroles ne submergera pas le public. Les Emotions sont bavardes, elles veulent tellement être comprises, prises pour ce qu’elles sont, de formidables véhicules d’expression de la complexité humaine.Le talent de Pixar a emporté mes préjugés.

    Vice Versa est né d’une interrogation paternelle du réalisateur, Pete Docter désorienté par le comportement de sa fille à l’entrée de l’adolescence. Il a eu envie de voguer dans les turbulences cérébrales des adonaissants. Un sondage étonnant dans la matrice émotionnelle universelle.


    Si après le film, vous avez envie de jongler avec la gamme des émotions, jouez -avec vos enfants ou petits –enfants ou entre adultes- aux cartes des émotions.


    Ou voyez ce qui vous anime en compagnie de deux ouvrages d’Isabelle Filiozat.

    Que se passe-t-il en moi ? - Mieux vivre ses émotions au quotidien                                                                                           Au coeur des émotions de l'enfant par Filliozat                   

        
    Et pour les mordus, les éditions J'ai lu ont publié l’intégrale de L’intelligence émotionnelle en un volume, paru en 2014, dont curieusement, je ne trouve nulle trace dans le catalogue de l'éditeur. Pourtant, je l'ai en mains.

     

     

    A l’affiche du 3 juin 2015

                                                                  Qui c'est les plus forts ?

    L’émotion sous l’humour et la comédie. Une petite famille sans parents se débrouille pour survivre au chômage, au handicap et au vide affectif à Saint-Etienne. Un essai à moitié réussi de cinéma populo, gouaille et tendresse au rendez-vous. Dommage ce brassage indigeste de thèmes, de l’homophobie à la mère porteuse, en passant par le football, valeur refuge pour « des gens comme nous, ça reste comme nous.» Pas forcément. Un léger parfum de Famille Bélier flotte dans la salle.

     

                      Un polar sombrissime scandinave bien glaçant (sorti le 8 avril en France). Image léchée,

                                                            policiers hors la loi, décapant et…  dénué de surprise. Décharge haute tension assurée.   

                                                                                                                                                                                                                                                                                                    J’ai rarement vu un enquêteur aussi  un enquêteur aussi  désespéré et paralysé des zygomatiques.

      Les Enquêtes du Département V : Profanation : Photo Nikolaj Lie Kaas  Une véritable prouesse d'acteur. .

     

     Rio, I love you. (en Belgique uniquement)

     

    La scintillante capitale m'a paru fade dans ce film à sketchs, 11 courts-métrages réalisés par des cinéastes renommés. La municipalité a financé partiellement la production. Du coup, réflexe libertaire, la métropole apparaît discrètement et souvent dans le survol du Pain de sucre et de sa baie somptueuse. D'autres ont apprécié.

     

     

     

     

     


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    En ce dimanche peu inspiré, l’idée me vient d’assembler un texte sur le montage à partir de citations sur la façon de monter un film et d’élaborer une narration de film après une projection.  Je contourne ainsi la difficulté de rédiger un article trop éprouvant pour mes neurones paresseux. Je rends ainsi hommage au monteur, clé de voûte d’un long-métrage.

     

    Michael Ondaatje - Conversations avec Walter Murch.             «J’ai toujours été intéressé, jusqu’à l’obsession

    peut-être, sur le fossé en apparence  infranchissable  qui sépare le premier brouillon d’un livre, le premier jet d’un film, de l’œuvre achevée. Comment se déroulé concrètement le périple de l’un à l’autre ? »

    Le monteur  Walter Murch répond brillamment à cette question de l’écrivain Michael Ondaatje  dans quatre entretiens étalés sur l’année 2000, publiés sous le titre sobre  « Conversations avec Walter  Murch, l’art du montage cinématographique. Je vous recommande la lecture de cet  ouvrage passionnant né de la rencontre des deux créateurs  sur le tournage du Patient anglais.

    « Walter a collaboré à des œuvres qui sont devenues capitales dans l’histoire culturelle de notre époque (Trilogie du Parrain, Apocalypse Now, Conversation secrète, American Graffiti…). Et lorsqu’il évoque ces œuvres, il s’attache plutôt à décrire les techniques pour résoudre un problème ou rendre un passage plus fort. »

    The Conversations: Walter Murch and the Art of Editing Film Exemple : un changement imperceptible à la septième minute peut avoir des répercussions –voire sauver-.                                            une scène à la cinquante-troisième.

    Résultat de recherche d'images pour "walter murch" « Le monteur peut passer des heures à étudier et peaufiner un geste esquissé par le personnage. Il connaît les acteurs de façon si détaillée et minutieuse qu’il sait même tirer profit de leur signes subliminaux pour rehaussser leur jeu.  Certains acteurs vont tourner la tête à gauche avant de dire MAIS, ou cligner de l’œil sept fois de suite lorsqu’ils réfléchissent. »

    En montage, Walter Murch  visionne encore et encore tout le matériau disponible pour une scène. L’agencement des plans dépend d’une compréhension instinctive des acteurs.

    « Il faut avoir – et entretenir- une connaissance intime, profonde des acteurs. Dans un registre très limité, on en arrive à les connaître mieux qu’eux-mêmes, et probablement mieux que quiconque au monde. On les voit en lecture avant, en lecture arrière, à 24 images par seconde, à 48 images par seconde, encore et encore et encore. On les étudie comme un sculpteur étudie un bloc de marbre avant de choisir l’endroit où il portera le premier coup de ciseau. Par conséquent, je dois connaître toutes les veines cachées, les forces et les faiblesses du bloc sur lequel je travaille afin de savoir où placer mon ciseau.»  

     

    Du grand Art!

    Walter est un citoyen du monde, éclectique dans ses goûts et ses occupations. Fils d’un peintre, il compose des pièces pour piano, traduit Malaparte en anglais et ne regarde jamais la télévision. Il ne va pas au cinéma non plus quand il monte un film, c’est-à-dire onze mois sur douze.

     Ici raccord cut  (passer d’un plan à un autre sans effet de liaison)  Le vocabulaire du cinéma - 4e édition

    «Le montage a le plus souvent une fonction  narrative. Il consiste à découper une scène en plans filmés de différents  points de vue, qui instaure des relations à la fois sémantiques et formelles entre les plans successifs par le jeu et l’alternance des points de vue (dans le champ-contrechamp par exemple) et par les raccords.»  (in Le vocabulaire du cinéma, Marie-Thérèse Journot, Armand Colin).

      Résultat de recherche d'images pour "marie-thérèse journot"

    Nous aussi spectateurs, nous devenons des monteurs lorsque nous racontons un film après l’avoir vu.

    Je tire le fil du film et je dénoue ma pelote intérieure. Je raconte ce que j’ai vu, ce que j’ai éprouvé, ce que j’ai perçu. Je transforme la continuité d’images en un récit oral, articulé de mes mots. Je rembobine un court-métrage personnel. Le débit bégaie avant de se couler dans une parole vive épousant le film monté  au gré de l’éclosion de mes visions intérieures. (Le cinéma,  une douce thérapie, Ed. Chronique sociale).

                                              Un brin de promotion

    Je sélectionne des séquences marquantes, je les relie et je me fais mon film. Et si nous sommes plusieurs à remonter et à nous approprier l’oeuvre originale, nous composerons peut-être une troisième version commune.

    « Nos récits nous disent, nous fondent, nous façonnent et façonnent nos relations. Nos  narrations structurent l’expérience vécue. Elles donnent un sens à nos actes et aux événements. L’existence est un chapelet d’expériences enfilées en récits. »

    Regarder un film, le raconter à sa façon, le transformer avec d’autres spectateurs, amorce une version originale de soi. C’est ce que j’entends initier  dans l' Atelier de ciné-thérapie du 6 juin prochain.

     

                                                  Devenir monteur d’une version originale de soi.

                                                     Quitter le discours dominant construit par la société

                                                            Sortir du scénario dominant de vie

                                                             Amplifier les versions alternatives 

     

     

     

     

     

     

     

     


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    équipeLa deuxième rencontre autour de mon livre a été passionnante. 

                                                                       Mon ancienne librairie  avait fait le plein.

    La majorité du public présent n’avait pas encore lu Le cinéma, une douce thérapie. Il n’était pas nécessairement cinéphile non plus. Plusieurs personnes ont donc demandé à la cantonade si la peinture et la lecture ne pourraient pas être thérapeutiques comme le cinéma.

    J’ai élaboré prudemment une réponse à cette question très pertinente. Il y a ce que j’ai dit mardi soir et ce qui me vient au moment j’écris aujourd’hui au petit matin. Je pense après coup qu’il en est des médiateurs thérapeutiques comme des thérapies : on choisit l’approche qui convient le mieux à notre personnalité, à nos affinités, nos besoins. Le courant passe ou pas avec un thérapeute. On est plutôt thérapie brève ou longue, freudien ou jungien. On préfère le travail corporel, la méditation ou la pleine conscience. D’autres pratiquent la marche lente ou le sport à outrance. Tout convient pour être bien à condition d’être en accord avec la voie choisie.


    Si le cinéma vous rebute, va pour la bibliothérapie, mise à l’honneur par Régine Detambel dans son dernier ouvrage Les livres prennent soin de nous, que les libraires invitants m’ont offert avec un clin d’œil. Quelques citations prises au hasard en tournant les pages pour humer le livre.


    « La lecture à voix haute est tout particulièrement réparatrice, d’où son intérêt dans la vie du bibliothérapeute, car elle peut même devenir une art-thérapie. »


    « Lire et écrire serait donc le geste de se créer un cocon protecteur et exploratoire. On se protège pour pouvoir mieux explorer le monde. Le papier serait-il donc du sparadrap ?»

                                                                                   Les livres prennent soin de nous
    La lecture et l’écriture tissent un cocon comme la salle de cinéma nous enveloppe dans une matrice chaude, calme et intime. Et si lecture, peinture, cinéma créaient des bulles bienfaisantes ? Plonger dans les mots, le grand écran ou une toile pour s’évader, se retrouver, se mettre en mouvement. Prendre distance avec la fureur du monde et l’agitation intérieure. Des havres de paix.


    « N’oubliez pas la musique », lance un intervenant. Cela coule de source. Le cinéma serait bien pauvre sans accompagnement musical. Certains lecteurs agrémentent d’ailleurs leur voyage littéraire d’un fond sonore. Un ami, musicien, peintre et timide me confie pendant le verre de l’amitié qu’assister à un concert ressemble au dispositif de la salle de cinéma : pénombre, public, communion avec les artistes.


    Sur la validité de la lecture et de la peinture entant que médiateur thérapeutique, j’ajouterais que lire un livre et regarder une toile invite à une relation avec soi-même. Ces deux activités convoquent l’introspection, plus que l’extraversion, me semble-t-il, tandis que le cinéma active les deux processus.


    « L’un, intrapsychique, ouvre l’inconscient ; le second d’ordre phénoménologique, met en contact immédiat et implicite avec des figures porteuses de changement. Ces processus engendrent deux types de spectateur : introspectif et extraverti, actifs en alternance. Le spectateur d’un film peut être successivement plongé en lui-même ou fasciné par ce qui apparaît à l’écran.» (Le cinéma, une douce thérapie, p.28).

    Je ne veux aucunement laisser le dernier mot au septième art.  Les six autres valent également le détour. Disons que le cinéma présente l’incomparable atout de les englober.

    Tremblements massifs

     

                                                 San Andreas


    Comme souvent, la semaine suivant le festival de Cannes est pauvre en sorties. San Andreas renoue avec la veine des films catastrophe. Les effets spéciaux sont très réussis, la trame scénaristique est archi conventionnelle, très cocardière dans le style America Will Survive. A la différence des années 70, les studios se fichent carrément d’étoffer les personnages. L’impavide Dwayne Johnson exhibe ses pectoraux d’ancien catcheur bienvenus pour déblayer les décombres. Les fans de La Tour infernale ou de L’aventure du Poseidon liront dans L'Ecran fantastique  le dossier très fourni sur Irwin Allen, réalisateur de l’âge d’or du cinéma catastrophe. Et puis, ils iront voir San Andreas, pour en avoir plein les mirettes.

     

     

     

     

     


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