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    A  la fin des années 60, la mère de Mohammed Amin immigre en Belgique. Une voisine exilée espagnole prend le petit enfant de 5 ans sous son aile à Segangan, dans le Rif marocain. Pour conjurer le sort, le gamin passe sa journée au cinéma du village.

        

                                                                 

      

    On  y projette essentiellement des films indiens, mélodrames chantés dans une langue inconnue. Mohammed Amin ne comprend rien, cela ne l‘empêche pas de rire, de pleurer, de s’identifier au héros. Il est fasciné et oublie un moment l’absence de sa mère. 

    Devenu cinéaste et bruxellois, l’adulte se souvient et raconte dans Adios Carmen, un premier long-métrage, sobre et émouvant.

                                                             Benamraoui                                                                                                                       

    « C’est une forme de catharsis. La vie d’Amar n’est pas la mienne, cependant à travers son histoire, j’ai voulu investir et faire partager les sentiments qui ont dominé ma propre enfance.»

    Avec le recul, Mohammed Amin Benamraoui décrit comment le septième Art a transformé sa vie.Je n'aurais peut-être pas porté le même regard sur le cinéma si je ne m’étais pas trouvé dans une situation de détresse profonde. En tout cas, je n’aurais sans doute pas été celui que je suis aujourd’hui. Le cinéma m’a offert la possibilité de m’extraire un instant des soucis qui hantaient mon quotidien, mais aussi une forme de reconnaissance dans ce que je vivais. Il m’a donné de nouvelles clés pour comprendre le monde autour de moi et m’a permis d’aller plus loin, d’entrer dans ce que l’on pourrait appeler de la résilience. »

    Etrangement, je me suis vite senti proche d’Amar, le double de Mohammed Amin dans le film. A moi aussi, le cinéma m’a procuré réconfort, joie et éclaircies à la suite de revers familiaux. Adios Carmen, projeté au FIFF   a vibré de plus en plus fort en mon for intérieur. La détresse d’une enfant livré à lui-même est universelle. Cette fois, la résonance était positive.   

    Le film est ce moment où deux psychismes, celui incorporé dans la pellicule et celui du spectateur se rejoignent (Edgar Morin)

    Qui niera encore que le cinéma fabuleux disjoncteur/ commutateur/ contacteur d’émotions, d’états d’âme et de sentiments. Il permet de lire et relire sa vie à travers les films compagnons d’événements pénibles et heureux.

     


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  • J’ai encore esquivé la vision de Mommy hier soir  au FIFF

                                                                                          Mommy

       

    Après deux projections qui m’ont paru longues, je n’étais plus assez frais psychiquement pour vivre 2 heures 14 minutes d’une relation tumultueuse entre un adolescent intenable et une mère déjantée. Je me souviens très bien du premier film de Xavier Dolan, J'ai tué ma mère, qui m’avait à la fois  agacé et intéressé. Son histoire conflictuelle avec sa maman résonnait fort avec la mienne.  Le jeune virtuose du cinéma québecois déploie une énergie folle avant et dans ses films. Il écrit le scénario, crée les costumes, fait le montage, réalise le dossier de presse. Il marque son film d'une empreinte indélébile, avec la complicité toutefois de ses deux actrices fétiches  Anne Dorval Anne Dorval

     

    et Suzanne Clément     Suzanne Clément

    reprises dans les films "maternels". Dans J’ai tué ma mère, il joue lui-même l’adolescent rebelle à une mère manipulatrice. Xavier Dolan utilise le cinéma comme une catharsis. Il intègre au scénario des répliques textuelles échangées avec sa génitrice. Il liquide des affects longtemps refoulés avec une impudeur et un narcissisme assumés.

    Cet étalage affectif déclenche sporadiquement mes défenses contre la résurgence d’émotions et de souvenirs douloureux de mon adolescence. Je suis donc curieux de voir Mommy et de jauger l’évolution de ma lucidité émotionnelle. Vais-je reconnaître mes émotions, les accepter et en parler ? « Le fait de nommer les émotions, de redonner une histoire, une couleur, une vérité à un événement et de le partager avec un autre, est déjà en soi thérapeutique,» souligne Anne Dufourmantelle.

    En voyant un film, nous accédons à des émotions qui ne se disent pas. La vision d’un film  génère un processus de réélaboration. Après la projection, nous sélectionnons des séquences marquantes et nous montons notre film. Nous donnons un sens personnel à nos sensations et perceptions. Nous reformulons l’histoire vue à l’écran et en la racontant, nous établissons des passerelles avec notre réalité quotidienne. La façon dont nous racontons notre histoire du film façonne une réalité différente. La narration ouvre d’autres possibles.

    J’irai certainement voir Mommy avec mon épouse qui prête souvent une oreille bienveillante à mes premières impressions. J’en parlerai peut-être avec un ami thérapeute. Mais hier soir, je n’étais pas prêt à voyager avec Xavier.

     

                                         Bande de filles 

    La fin de l’adolescence à l’orée du monde adulte aimante  les toiles namuroises. Cette période charnière est essentiellement représentée par des destins féminins. On suit des filles obligées de grandir avant l’heure ou déterminées à prendre leur indépendance pour échapper à un père enfermant, à des parents indigents ou engoncés dans leur souffrance personnelle. Elles affichent une assurance de façade qui masquent une fragilité réelle.Le questionnement identitaire de l’adolescent varie peu selon les époques. En revanche, désarroi et démission grandissent chez les adultes. Les jeunes cherchent réconfort et soutien au sein de bandes de copains, d’amitiés exclusives, de communautés sur les réseaux sociaux. Ils s’investissent dans un projet personnel, quitte à se casser les dents. N’importe quoi plutôt que la routine la dépendance familiale ou les études formatées.          

    Bande de filles   dépeint l’ordinaire enclavé de quatre ados de 16 ans vivant  en banlieue parisienne. Les actrices sont formidables, le film, moins.

     

    Karidja Touré                              Assa Sylla

    J’ai croisé Karidja Touré       et              Assa Sylla

    près du chapiteau du FIFF, deux membres du quatuor. Elles étaient pareilles qu’à l’écran.  Tourner « a été une sacrée expérience », à lâché Assa, les yeux pétillants. Elle n’a pu en dire plus. Leur réalisatrice a coupé court au dialogue d’un  sec : «  Bon, on y va ». Céline Sciamma était probablement comme moi au soir : lasse.

     


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  • Tokyo fiancéeTokyo Fiancée (2014) - Stefan Liberskiadapté librement d'un roman d’Amélie Nothomb, ouvre ce soir la 29ème édition du festival international du film francophone de Namur (FIFF). Cette année, la programmation a belle allure et du beau monde arpentera la capitale de la Wallonie pour vanter la cinématographie francophone (j'ai un faible pour les films québecois rarement distribués en Europe et souvent primés à Namur). Le cachet du festival demeure la proximité du public avec les « vedettes », abordables sous le grand chapiteau.

    Le FIFF appelle un petit retour vers le passé, en même temps, aperçu des coulisses de la radio et de la télévision. J'ai la fantaisie de raconter quelques anecdotes autour d'un festival devenu un rendez-vous obligé de la cinématographie francophone. Je me cantonnerai à l'intervalle 1986-88. 

    Namurois d’adoption, j’ai connu le festival dès sa création en 1986. L’année suivante a été mon année cinéma à la radio. Journaliste politique à la RTBF, je n’étais pas censé couvrir les événements culturels. J’ai néanmoins forcé la responsabilité d’une émission cinéma sur la première chaîne l’espace d’un été. J’ai conçu, produit et co-animé Ciné-Rivages, avec des bouts de ficelle. L’émission devait meubler la grille d’été, un point, c'est tout. A l’époque, les vacances étaient synonyme de toiles maigres; j’ai donc emmagasiné de la matière au flux d'une douzaine de magazines, centrés sur un thème et un invité. Ce fut l’occasion de passionnantes rencontres avec les frères Dardenne, André Delvaux, Michel Deville, Jean-Loup Hubert, Yves Robert ... et Mahée

    Paiment, Une suite à Bach et Bottine un sacré tempérament. A 9 ans, l'héroïne de Bach et Bottine m'a laissé une impression indélébile. 30 ans plus tard,                                                                                      Mahée  est devenue une femme  d'affaires.                           Elle caresse un rêve  inouï: tourner la suite de l'impérissable Bach et Bottine. Le projet serait en chantier.

    Mes interlocuteurs ne connaissaient pas ce journaliste étranger au sérail culturel. Il fallait chaque fois gagner leur confiance (à part Mahée) et les persuader d’essuyer les plâtres dans une émission vouée à disparaître une fois l'été éteint. Je me souviens particulièrement du long entretien qu’André Delvaux m’avait accordé à son domicile.

                                                           

     

    Celui qui a longtemps été le seul porte-drapeau du cinéma belge ne donnait jamais d’interview en direct. Il aimait penser les choses. Je m‘étais donc muni de plusieurs bandes et de mon enregistreur Nagra. J’étais dans mes petits souliers. Delvaux venait de réaliser L'oeuvre au noir.

    Après un tour de chauffe, le voici entré dans le vif du sujet. Je lorgne d’un œil inquiet le ruban magnétique presqu'à son terme.Ca y est.  'interruption de la prise coupe André Delvaux dans son élan. Au lieu de recharger directement le Nagra, je rembobine la bande terminée pour faciliter le montage. 2-3 minutes s’écoulent dans un silence glacé. « Ce genre d’incident a de quoi me refroidir", souligne-t-il impatiemment. En grand professionnel et indulgent devant mon amateurisme, Delvaux a repris d’assez bonne grâce.

    Quelques mois plus tard,il m'a téléphoné après avoir écouté attentivement l’émission qui lui était entièrement consacrée. Il a exprimé son contentement et m'a félicité pour le découpage des deux heures d'entretien, ce qui a enfin dissipé ma gêne tenace à l’égard du grand artiste.


    J’étais plus à l’aise avec Urbanus, un humoriste flamand qui avait gagné le grand prix du festival d’humour de Chamrousse.                   Affiche Du Festival Du Film D'humour De Chamrousse De 1982, Format 40x60 Cm, Illustration Brétécher

    En quête d’interviews en vue d’un numéro sur l’humour, j’avais suivi le festival alpin, et bingo, un film belge décrochait la palme. Cette information a fait la une du journal parlé de 19H et du lendemain à 8H, tellement les éditeurs trouvaient marrant qu’un néerlandophone ait supplanté l’humour français et britannique.

    Après Ciné-Rivages, j’avais donc le profil  requis pour suivre la deuxième édition d’un festival encore balbutiant avec mon ami cameraman, Marc Simon, fervent cinéphile comme moi. Nous devions insister pour placer une séquence au Journal télévisé, tandis que le magazine interrégional accueillait un reportage quotidien.


                                    L’année suivante, Miou-Miou était à Namur pour La lectrice

                                                                                                    La lectrice : Photo

    L’interview eut lieu dans une librairie. L’actrice accepta finalement de lire un passage du livre à voix haute. La séquence fut montée en rythme sur la musique de Beethoven qui accompagnait les pas de la lectrice à domicile. C’est un de mes plus beaux moments de journaliste télé, particulièrement inspiré ai-je été, en cette après-midi de septembre 1988.


    La télévision n’a pas la souplesse et la simplicité de la radio. Quatre heures d’antenne en direct du FIFF  ont amené leur lot d’invités surprise. Peu avant minuit, je consacrais une séquence au nu dans le cinéma.

    Myriam Mézières,     actrice sulfureuse

     

     

    répliquait à la pudibonderie de Jean-Pierre Bacri

         

    Marie-Christine Barrault passe à côté du studio        io.

     

                                                     

    Elle était venue défendre Le jupon rouge (en VOD sur Arte) à Namur. Je la hèle d’un signe de main appuyé. Je lui fais écouter les deux positions tranchées de ses collègues et je lui demande réagir à chaud. Ce qu’elle fit avec talent et justesse durant un quart d’heure. A l'exposition ou l'occultation des corps, Marie-Christine préfère la suggestion et l'implicite. Le public amassé sous le chapiteau du FIFF buvait ses paroles. Pareils moments magiques sont encore possibles à Namur, en salles, en contacts inopinés ou... en rue.

     

                                                         


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  • Inflation de sorties sur les écrans français et belge ce mercedi. 12 en France, 10 en Belgique, une vingtaine d’inédits au total. C’est pire qu’une rentrée littéraire. Quand j’étais critique de cinéma, je m’efforçais de voir toutes les nouveautés. Cette boulimie professionnelle est révolue. Maintenant, je sélectionne, je marche à l’intuition et je me contente de rendre la tonalité du film. Mon propos est de dériver du cinéma vers des rives inattendues.


    Un constat s’impose : les papys ont la forme.


    Diane Keaton PictureDiane Keaton (68 ans) et Michael Douglas (70)Michael Douglas VF 2012 Shankbone.JPG

    tournent avec Rob Reiner (67). Je ne résiste pas à vous offrir un extrait de Princess Bride, conte épico-sentimental, raconté à un petit enfant, un des tous bons Rob Reiner.


    Le sexy sexa Pierce Brosnan  rejoue un simili James Bond dans The November Man,Copyright 2014 Relativity Media adapté d’une série romanesque qui compte 13 tomes. Pierce a déjà annoncé le tournage d’une suite. Son metteur en scène, spécialiste des films d’action a 69 ans.


    Brendan Gleeson, le prêtre irlandais traqué de Calvary compte vaillamment 69 printemps.

                                                                          Calvary

     J’en passe et des plus vieux.  Le cinéma conserve, avoir des projets dynamite le poids des ans.              
    Cultiver une passion constitue le meilleur élixir de jouvence, à condition de respecter son corps.


    Ce que ne fait pas un Bodybuilder (sortie simultanée en B et en FR). A 58 ans, Yolin François Gauvin, champion du monde vétéran en 2013, joue son propre rôle au cinéma. Il a accepté de prolonger de 6 mois une préparation

    spartiate pour "Bodybuilder", film de Roschdy Zem, ici avec Marina Foïs et Yolin François Gauvin, en salles le 1er octobre 2014. développer des muscles saillants, nets, noueux. Une compétition mondiale, c’est un année de régime strict à 8 repas par jours, 4 à 5 heures d’entraînement, 20 tonnes de fonte soulevées à chaque séance. Le corps est poussé à l’extrême, sculpté par l’exercice, les compléments alimentaires, les diurétiques et un zeste d’amphétamines.


    Je n’en reviens pas que l’on puisse infliger une telle torture à sa chair. Roschdy Zem initie au monde du culturisme. Il ne juge pas. Il est assez respectueux et admiratif d’une quête incompréhensible aux yeux du commun des mortels. Marina Foïs, qui incarne la petite amie du champion, estime « qu’on essaie tous de remplir nos vies. Le bodybuilding, c’est une manière comme une autre de fuir le quotidien, la monotonie, la médiocrité… »


    A chacun son dada, enfourché tôt ou tard dans la vie. Les vocations tardives sont peut-être les plus stimulantes. Elles sont ancrées dans une envie profonde et recèlent des vertus thérapeutiques.


    Alors que retenir de cette avalanche de longs-métr’âges ? Si j’hésite, je me fie aux bandes de lancement, l’équivalent de la page de couverture et de la quatrième de couverture d’un livre. Différence notable, un livre se feuillette; un film, c’est à prendre ou à laisser.  The November Man  paraît alléchant dans le genre divertissement musclé, suivi de And So It Goes, pour le couple Diane-Michael. Depuis Tout peut arriver (elle séduisait Jack Nicholson, 77 ans), l’ex-égérie de Woddy Allen assume ironiquement son âge.

     

                                                  Tout peut arriver Grâce lui soit rendue.

     

     


    J’ai vu Bodybuilder, Calvary (sortie 26.11 en France) et Puzzle (19.11 en FR), ainsi que Still The Water, 4 toiles estimables, à  l'aune d'un film du samedi soir dans une ville moyenne.


    Que votre spectacle commence !

     


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  • Ralentir.

    Retarder l'échéance.

    Prolonger le plaisir de lire, de savourer un repas en bonne compagnie; raccourcir le pas pour humer l'ultime rayon  déclinant d'un soleil automnal.

    "Nul n'était préparé à recevoir la bombe qui allait s'abattre sur le groupe" (de psychothérapie). Fin du chapitre. J'ai laissé le livre. A 78 pages de la fin, j'ai freiné l'emballement qui  me poussait à dévorer les dernières lignes."

    Un souvenir inattendu s'intercale dans l'écriture de ce billet. Je me rappelle, -je devais avoir 7 ans- d'un dilemme posé par mon père

    entre recevoir le dernier Michel Vaillant -3- Le circuit de la peur  Michel Vaillant

    ou voir L'Aiglon Napoleon Ii l'aiglon au cinéma.

    J'aimais beaucoup les exploits du pilote familial de F1 mais j'ai opté pour le fils de Napoléon avec un pincement au coeur, sachant qu'une fois le film vu, je n'aurais plus rien en mains, soulignait mon cher père.

    A la différence de la lecture, de la promenade, de la bonne chère, le déroulement d'un film est inexorable. Rien n'arrête le défilement des images. Lorsque je portais une montre, je consultais souvent le cadran pendant une projection. Je me disais, "chouette, encore une demi-heure; flûte, plus que dix minutes." A l'époque, les séances étaient permanentes. On pouvait revoir le film sans repasser à la caisse. Il fallait toujours m'arracher de mon fauteuil.

    Aujourd'hui, je n'ai plus de montre. J'ai acquis une assez bonne notion du temps. Cependant, je suis toujours attentif à la durée annoncée du film avant de me décider. Non que je veuille "caser un ciné" dans un horaire bien chargé, je désire simplement savoir combien de bon temps je vais passer avec une époque, des événements et des personnages. Je me régale par anticipation.    

               Le dernier film David Fincher se déploie sur 149 minutes, installation au coeur d'un couple, de sa naissance à sa désagrégation (sortie le 8 octobre).                                                                                 Gone Girl  Comme d'habitude, Fincher cadenasse le hasard. Il tresse minutieusement son ouvrage dans un maillage digne du cube de Rubik. Il relance instantanément l'intérêt du spectateur dès que celui-ci croit pointer des signes d'essoufflement. J'étais à l'affût d'une baisse de tempo, curieux de "voir" comment ce réalisateur méticuleusement sombre maîtrise son (ses) sujet (s) sur un format étiré. Jamais, le film ne m'a paru long, tellement de thèmes ont abordés, développés, abandonnés. Comme aux échecs ( je n'y joue pas), j'essayais de deviner les enchaînements. En pure perte, "Amy a toujours un coup d'avance". J'ai été souvent surpris du tour pris par les comportements d'êtres humains pris dans une tourmente imprévue ou délibérée. Je n'ai ressenti aucune émotion particulière, ni retiré le moindre apport philosophique. J'ai juste vécu un excellent moment, qui m'a tenu de bout en bout, dans l'espace temps que je m'étais alloué.

    Je n'ai jamais pensé à ralentir le cours des choses. Le temps était bien circonscrit (chronologie des jours après l'enlèvement d'Amy indiquée sur l'écran). J'avais le loisir de prédire l'évolution de l'enquête en jouant au plus fin avec un génie du suspense, en le défiant de me surprendre indéfiniment. Quelle jubilation d'être souvent dupé. Le cinéma vécu comme une joute de cerveau à cerveau, une  nouvelle valeur épinglée à mon art préféré, à l'égal de la littérature.

    L'inspiration me vient d'ouvrir Le livre de l'intranquilité et de relire ce qu'écrivait  Fernando Pessoa sur la vie fictive.Florence Lautrédou auteur d'un livre inspirant Cet élan qui change nos vies dit qu'il "faut avoir de la place en soi pour recevoir l'inspiration". Je reviendrai sur cet ouvrage important qui dessine le processus de l'inspiration à travers huit récits de vie bouleversés. Sachez déjà que la Fabrique Narrative accueillera l'auteur à Paris le 25 novembre.

    Je vous donne rendez-vous mercredi prochain pour parler de quelques unes des nombreuses sorties en salles le 1er octobre et vous laisse avec  les considérations de Pessoa sur la vie fictive.

     

    "Tout y aurait une logique autonome et superbe, tout obéirait à un rythme de fausseté voluptueuse, tout se passerait dans une cité faite de mon âme même, qui s'en irait se perdre sur un quai le long d'un train paisible, bien loin au fond de moi, bien loin... "  


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