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                                                                       Youth

     

    J’étais bouleversé à la fin de Youth (en France aujourd’hui, le 7 octobre en Belgique). Une séance de travail le matin sur les émotions avait tendu la corde sensible. La musique, la beauté d’un film élégant, stylisé, émouvant a emporté les digues d’un émoi incompressible. Difficile de dire ce qui m’a mis en mouvement. De petites touches sensibles dans un dispositif agencé au cordeau laissent l’émotion affleurer, se montrer, éclater. Les sensations avant les mots.

    Le toucher de la masseuse sent que son client est tendu, non, «à fleur de peau», rectifie-t-elle. Cette femme discrète n’a pas grand’chose à dire, et se sent bien à sentir et à transmettre avec les mains.

    Fred, économise sa parole à quatre-vingts ans. Chef d’orchestre célèbre, il a voué sa vie à la musique, parce qu’elle se passe de mots. « Elle est, il n’y a rien à ajouter.» Fred en a fini avec le travail et avec la vie. Il est en bonne santé, continue à fréquenter ce luxueux hôtel où il a ses aises, il est juste «apathique.» Le vieux beau s’anime un peu au cours de promenades philosophiques avec Mick, son ami de toujours. Une amitié indestructible qui ne parle que de belles choses. (Michaël Caine et Harvey Keitel boivent du petit lait à assumer leurs cheveux blancs).

                                            Film Sorrentino: ciò che devi sapere prima di andare al cinema


    Et de quoi parle-t-on à quatre-vingt piges ?
    De sa prostate, des souvenirs qui s’embrouillent, d’une mélancolie tenace au crépuscule d’une existence bien remplie et désormais pauvre en perspectives : une dernière idylle (avec Miss Univers), un dernier film, un dernier concert (for the Queen).

    Mick s’empare d’une longue vue face à une montagne suisse grandiose
    «Si tu regardes à l’endroit, la montagne est proche, c’est le futur. Si tu retournes la lunette, le paysage s’éloigne, c’est le passé.»
    Mick a l’imagination fertile. Il écrit le scénario d’un nouveau film : Le dernier jour de la vie. Le scénario est quasiment bouclé, sauf la fin de l’histoire…

    Quel bilan tirer au crépuscule ici-bas ? Fred refuse d’établir le sien. Sa fille s’en charge au cours d’une tirade véhémente lâchée d’un trait, sans contrechamp, à un père égoïste et froid.

    http://www.mistermovie.it/wp-content/uploads/2015/05/recensione-youth-sorrentino-3-e1432153323303.png Ce réquisitoire énoncé avec les tripes craquèle

                                                                                                                 la muraille d’indifférence que Fred érige à l’ironie acide. Le père indigne fait un pas de côté ; il reconsidère ses préjugés. Il quitte les files en rangs serrés vers le sauna et la piscine, où suent et pataugent des riches mutiques. Il suit cet air de violon discordant et découvre un jeune musicien qui écorche une de ses premières compositions, Les mots simples.


    -Mon professeur m’a conseillé ce morceau pour débuter.
    -C’est vrai qu’il est facile à jouer…
    -Oui, et c’est tellement beau.


    Petite lueur dans le regard de Fred. Il s’avance vers le garçon et corrige sa position d’épaule. Cette scène m’a émue. L’œuvre survit à son auteur, perpétuée de génération en génération. La musique toujours vrillée au corps de Fred, mais enfouie sous un monceau de regrets. La nature lui offre la direction d'un majestueux concert de clarines.

                                                          Youth : Photo Michael Caine


    Sorrentino orchestre les thèmes en esthète pointilleux. La vieillesse, la difficulté d’être père, la création sublime, l’hypocrisie sociale, la peur de vivre, défilent sur une partition planante, troussée de Florence and the machine, de la voix chaude et grave rauque de Mark Kozelek, de standards romantiques interprétés lors de soirées d’animation languides pour fortunés désenchantés. La musique amplifie l’impression visuelle, traduit l’émotion contenue. Le réalisateur et son inséparable directeur photo, Luca Bigazzi, s’accordent parfaitement dans un esthétisme baroque et lumineux.


    J’ai mis dans le film plus qu’il ne dit. C’est le privilège du spectateur conquis. Reste à voir s’il plaira autant à vingt ans qu’il a plu à soixante. En tout cas, les mélomanes amoureux de la partition de La Grande Belleza seront ravis. Si la musique de films vous intéresse, ne manquez pas l’émission hebdomadaire de Pascale Van Lerberghe sur Musiq3. Nouveau titre, nouvel horaire. La fièvre du samedi soir, tous les samedis de 18 à 19h. J’ai le plaisir d’être l’invité du 12 septembre prochain, avec une sélection de mes bandes originales préférées. L'émission en podcast ici.

     

    Un jour sans
    Sorti en Belgique deux mois après nos voisins français, Mustang m’a laissé sur ma faim. J’ai peu ressenti, faute d’une réelle tension dramatique. Deniz Gamze Ergüven a choisi la légèreté et l’humour pour montrer le patriarcat oppressif de la société turque. La réalité est déjà assez dure pour l’assombrir encore, explique la réalisatrice turque qui a étudié en France.

      http://icon.telerama.fr/plurimedia/images/600x800/92454454_587041.jpg                       http://icon.telerama.fr/plurimedia/images/600x800/92454454_587041.jpg

    Les filles sont formidables, surtout la cadette. Les hommes sont ridicules, sauf un marginal solidaire de la rébellion des cinq sœurs. Les femmes soumises reproduisent la domination masculine. Haro sur cette société castratrice, nous sommes bien d’accord. N'empêche, l’émotion était aux abonnés absents. Comprenne qui pourra!


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  •                                  Boomerang

    Dire ou taire un secret de famille.
    Chercher à savoir ou laisser dormir les zones d’ombre d’un puzzle familial incomplet.
    C'est le dilemme posé par Boomerang (le 23/9 sur les écrans en FR et 30/09 en BEL) adapté d’un roman de Tatiana de Rosnay
    Ce film de facture classique, drame un peu trop cousu au gros fil, m’a incité à creuser une thématique toujours actuelle. La justesse de l’approche psychologique et l’interprétation convaincante de Laurent Lafitte ont orienté mes investigations au pays de l’omerta familiale. J'ai découvert en outre un ouvrage très intéressant sur le roman familial (voir plus bas).


    Le sociétaire de la Comédie française incarne un fils tourmenté, anxieux, Boomerang : Photo Laurent Lafitte obsédé par l’image du cadavre de sa mère, retrouvée noyée trente ans plus tôt alors qu’Antoine avait dix ans. Ce souvenir terrible le trouble au point de le rendre irritable, impatient, instable. Antoine commence une psychanalyse vite suspendue par le thérapeute :
    « Tant que vous n’aurez pas parlé à votre père, nous piétinerons.»


    Antoine tergiverse. Le grand frère confie ses doutes à sa petite soeur cinq ans plus jeune.


    « On nous cache la vérité à propos de maman.» Boomerang : Photo Laurent Lafitte, Mélanie Laurent


    Agathe fait la sourde oreille. Elle n’a aucune envie de remuer le passé. Donc, Antoine avance seul. Le clan se ligue contre le chaînon perturbateur. Le trublion insiste, gratte, remonte le temps pour remettre son horloge interne à l’heure. Antoine sort de l’anesthésie émotionnelle. Il a besoin de lever ce poids qui le taraude, de sonder ce mystère qui lui pourrit la vie. Il crève l’abcès à l’occasion d’une

    véhémente colère. Le mur du silence se fissure.Boomerang : Photo Laurent Lafitte, Wladimir Yordanoff


    En sortant du repli sur soi, Antoine cesse d’incorporer un tourment dont l’origine lui est partiellement imputable. Il dissocie ce qui vient de lui et ce qui est hors de lui, éléments mystérieux qui le déterminent à son insu. Le secret présumé du père et de la grand-mère agite Antoine au-delà du supportable. Le petit garçon qu’il était n’a jamais pu exprimer ce qu’il a ressenti en voyant la dépouille de sa mère. Il a été confié directement à sa grand-mère. Antoine a intériorisé un traumatisme énorme, gravé dans sa mémoire et son corps. Ce trauma lui appartient, pas les circonstances de la mort de sa mère.


    A quarante ans, Antoine a besoin de savoir. Il veut se dépêtrer d’une anxiété maladive. Il sollicite une instance qui entende et reconnaisse son désir de vérité. Il louvoie avec son thérapeute, il tâte le terrain chez sa sœur, il cale devant son père. Finalement, il ne compte que sur lui-même et sur le hasard qui place sur sa route une femme également endeuillée.                                                                                                                                                                                                                                                                 Cette résonance permet à

    Antoine de raisonner.  Boomerang : Photo Audrey Dana, Laurent Lafitte


    Vincent de Gaulejac considère que l’émotion est nécessaire au raisonnement. L’émotionnel et la narratif sont en étroite correspondance. Antoine ne contrôle plus des affects noués à la mort de sa mère. Il refuse de se couper davantage de qu’il éprouve au plus profond de lui. A trop étouffer ses émotions, on ne ressent plus rien. Encore faut-il trouver la confiance, la reconnaissance et la sympathie d’une oreille attentive.


    Une ou plusieurs oreilles…


    «La richesse du travail en groupe oblige à se confronter, à regarder en face les choses, à mettre des mots.»


    J’ai vérifié ce constat extrait de L'histoire en héritage (Vincent de Gaulejac, Petite Bibliothèque Payot) au cours des ateliers de ciné-thérapie. De vieux secrets de famille émergent dans les eaux accueillantes du groupe, en présence de partenaires animés par la vision à la fois commune et singulière d’un film déclencheur. Les histoires remontent, les langues se délient, les récits s’articulent, revisitent le passé, non pour le changer, mais pour cerner son influence sur le présent et le remettre à sa place.


    L’ordre mental ( …) est le fruit d’un travail permanent de gestion de l’identité qui consiste à interpréter, à ordonner ou à refouler, (temporairement ou définitivement) toute expérience vécue de manière à la rendre cohérente avec des expériences passées ainsi qu’avec les conceptions de soi et du monde qu’elles ont façonnées : il s’agit en un mot d’intégrer le présent dans le

    passé (L’histoire en héritage, p.72). 

    Notre rapport au passé est variable, nous pouvons modifier la façon dont il nous manipule. Antoine a cessé d’être le jouet du mutisme familial. Il a donné un sens nouveau à la mort de sa mère. Il a restauré une version de son histoire l’amenant à une nouvelle assise identitaire.Savoir, comprendre et agir.

    Reste à évaluer l’impact collectif de la divulgation d’un secret de famille. Toute vérité est-elle toujours dicible? Ou plutôt, le moment de dire est parfois révolu. Mais de manière générale, éclaircir l’histoire familiale allège souvent l’existence des générations futures.


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  • Le flux de réfugiés submerge l’Europe. Je croyais aller voir un film sur les migrants tamouls, j’ai vu un film sur les banlieues françaises.

    Affiche et Photos Dheepan (Film, 2015) Dheepan (sur les écrans le 26 août) commence et finit (presque) dans un bain de sang. Sri Lanka et « Le Pré », même barbarie. La cité sans foi, ni loi, ressemble à un champ de bataille : guetteurs sur les toits, revolvers dans le « survêt », zones interdites. La fausse famille, composée dans un camp de réfugiés, observe, médusée, les codes d’un monde étrange. Une énigme qui s’ajoute à l’exil, à la barrière des langues, aux tensions internes d’un homme, d’une femme et d’une fillette qui s’efforcent d’apprendre le vivre ensemble.

    Affiche et Photos Dheepan (Film, 2015)             Affiche et Photos Dheepan (Film, 2015)


    Cette première partie plutôt sociologique ne fait qu’effleurer la situation précaire d’exilés dans un pays inconnu. Audiard esquisse des thèmes intéressants et les trucide dans le film de genre viril qu’il affectionne et déploie dans une deuxième moitié archi-violente. J’étais sonné et dégoûté à la fin de la projection. Je n’ai retenu que la guérilla en barres d’immeubles closes, oubliant les instants de paix d’une famille qui se cherche, de gens qui se parlent malgré leurs différences.


    C’est l’effet voulu, je crois, par un cinéaste hanté par la violence, attiré par la face sombre de la nature humaine. Il ne laisse jamais briller longtemps la lumière de l’espoir et de la paix, agité par je ne sais quel tourment personnel.


    En tout cas, je n’étais pas d’humeur à être secoué hier soir. J’étais donc énervé et irrité en sortant du cinéma, au contraire des supporters croisés en chemin qui convergeaient en rangs serrés vers l’écran géant où était retransmis le match des diables rouges. Joie réelle ou factice des fans, heureux de vivre un bon moment loin de la fureur du monde, de la routine d’une vie linéaire.
    Contraste et réalité de l’existence, souffle du chaud et du froid, demande de réconfort moral.

    Ce matin, j’ai renoncé à la vision de presse de Ni le ciel, ni la terre, sur des soldats français à la dérive dans les montagnes afghanes.

    Pourtant, je « sens » bien ce premier long-métrage (le 30/09 en France et le 7/10 en Belgique) mais inutile de gonfler ma morosité passagère.Ni le ciel ni la terre


    J’ai envie de cinéma réconfortant, délassant, distrayant. J’aspire à la douceur, « force de transformation secrète, prodiguant la vie, reliée à ce que les anciens appelaient justement puissance.» (Anne Dufourmantelle, Puissance de la douceur, p.17)


    Les lecteurs de Le cinéma, une douce thérapie, savent comment Les demoiselles de Rochefort m’ont donné un coup de fouet. Le cinéma permet de relire sa vie à travers les films compagnons de moments pénibles ou heureux. Voilà qui m’incite à vous livrer quelques suggestions extraites de mon deuxième ouvrage (dont les chiffres d’achats sont encourageants deux bons mois après sa publication)

    Quels films vous divertissent ?
    Pensez aux films qui ont allégé des moments pénibles ou libéré une émotion enfouie. Ont-ils encore le même impact quand vous les revoyez.
    Chantonnez-vous encore un air ou un refrain inusable ?  Un brin de promotion

     

    Je propose aussi le récit de vingt-sept films, toniques et inspirants en deuxième partie de l’opus paru aux éditions Chronique sociale
    Le cinéma n’est pas ma seule ressource morale. La lecture me procure également une dose de bonne humeur, de découverte, de réflexion. En écho à l’actualité, j’ai lu quasiment d’une traite Je ne suis pas celle que je suis. L’auteure est iranienne et vit à Paris depuis ses 26 ans. Je ne suis pas celle que je suis par Djavann

    Chahdortt Djavann se défend d’avoir écrit une autobiographie. Son héroïne fuit l’Iran des mollahs et vit d’expédients à Paris tout en commençant une psychanalyse en français, appris en épluchant le Petit Robert. Elle se dépouille de la langue de l’oppression et conquiert ainsi sa liberté. La langue française la sort de l’exil et la réconcilie avec elle-même. Le récit alterne entre la vie à Téhéran et les séances d’analyse à Paris, chez un psychanalyste lacanien pur jus.


    Paris - Salon du livre 2012 - Chahdortt Djavann - 001.jpg Chahdortt Djavann confesse que certaines des expériences de son personnage lui sont familières, mais elle ne dira pas lesquelles. Comme si Jacques Audiard allait dévoiler l’origine de sa fascination pour la violence. Ecrit parfois à l’emporte-pièce, le parcours à la fois aventureux et introspectif de l’exilée m’a suffisamment intrigué pour que j’achète la suite de l'exofiction : La dernière séance,La dernière séance titre évocateur s'il en est.

     

     

     

     

     

     


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      J'étais un des 22 millions de passagers de l'aéroport de Bruxelles. J'étais en colère après les formalités d'embarquement. Deux films

    me sont venus  à l'esprit : Le terminal  Le Terminal et  Tombés du ciel Tombés du ciel

    En colère contre un dispositif automatisé où le passager enregistre lui-même sa personne et son bagage (deuxième file d'attente). Personne n'a pu m'expliquer pourquoi ces deux opérations jadis groupées au comptoir d'enregistrement, effectuées par un être parlant, était maintenant dissociées et automatisées. Personne non plus pour me dire les conséquences d'une étiquette mal collée à un bagage. A qui incombe la responsabilité d'un bagage perdu si le bandeau se détache de la poignée ? Question incongrue à une heure de pointe.

    -Monsieur, adressez-vous au manager. Et vous avez une vidéo de démonstration. C'est enfantin.

    -Bien. Et pour les personnes âgées, qui ne parviennent pas à poser leur valise sur la bande de roulement?

    -Monsieur, si vous avez des plaintes, adressez-vous au manager!

    tombes-du-ciel-1993-03-g.jpg Je n'ai évidemment jamais trouvé le manager à l'endroit indiqué.                        Vous me direz que j'aurais pu acheter mon billet en ligne. J'aurais au moins évité une étape. J''ai toujours privilégié le contact direct et personnalisé. J'imagine ralentir l'érosion de l'emploi en préférant traiter avec une personne plutôt qu'avec une machine. J'ai dû déchanter. L'automatisation progresse à marche forcée dans l'indifférence générale. Dès que les gens seront bien rodés à l'enregistrement automatisé, je crains que la poignée d'agents encore affectée à la fluidité des opérations, identifiable au dos barré de May I Help You ? ne disparaisse.

    L'argument massue du gain de temps ne tient pas le vol un instant. Les files et la cohue s'installent devant les bornes. La procédure d'embarquement est plus longue. Ajoutez les contrôles de sécurité renforcés, le temps cumulé monte à une heure, soit une douzaine de minutes de plus qu'à l'époque de l'enregistrement par une personne qualifiée.

                                                     

    Cette filière personnalisée existe toujours à condition de payer plus cher.  Débourser plus pour plus de service. Ceux qui ont les moyens évitent les files, ont droit à un interlocuteur et ignorent la piétaille qui piétine devant les bornes anonymes. Chacun pour soi, heureux les riches et les agiles en terminaux en tous genres. Moche !

    En plus, l'enregistrement nous avait attribué des sièges distants à mon épouse et moi. Les benêts, réfractaires à l'achat électronique doivent se contenter des sièges restants. Bref, on nous pousse vers la filière électronique et la compression de l'emploi. Il est vrai que moyennant un supplément, on peut choisir sa place dans l'avion. Donc j'affine, on nous pousse vers la déshumanisation et les services payants.

    Ma colère est tombée en écoutant la conversation entre deux managers d'IBM derrière moi dans la file d'attente aux portiques de sécurité. Ces deux cadres quinquagénaires comparaient l'évolution des conditions de travail sur quelques années :

                                                                             IBM – Bangalore (India) – Postedon Jul 12, 2012

    "Plus d'agressivité, plus de stress, tout cela pour moins de performance. Chacun de son côté, alors qu'on est plus fort ensemble." Je buvais du petit lait.

    Comprenez bien que je suis ouvert au progrès mais un progrès pensé (voir sur sujet le billet d'Argoul sur la fin du livre?), pour le bien de tous et non pour le profit de quelques uns. Les  marchands de technologie nous promettent de beaux jours. Mais à quel prix, matériel et horaire. Le temps de vol vers ma destination était d'une heure 40'. L'avion a décollé avec quarante minutes de retard, plus deux heures de présence avant le vol. Soit quasiment le double du séjour en l'air.

    Harmut Rosa observe que des "processus qui ont subi une accélération intense rencontrent des systèmes rétrogrades: ce qui peut aller plus vite est toujours freiné ou retenu par ce qui va plus lentement. Cette désynchronisation peut conduire (temporairement) à

    des ralentissements massifs." (Accélération, p.110) Par exemple, lorsqu'un moteur de recherche ne livre ses résultats qu'avec une lenteur exaspérante, dépassant le créneau d'attention de trois secondes considéré comme admissible dans une conversation. A plus large échelle, les embouteillages désynchronisent considérablement.

    Ce 1er février, la SNCB introduit son "tarif à bord" qui vaudra pour ... J'ai  moi-même été désynchronisé hier soir. Pressé par le temps, une file devant le guichet,       je me rabats sur l'achat automatisé d'un billet de train.L'opération échoue par deux fois, la machine refusant de reconnaître ma carte de paiement. Tant pis, je me rue sur le quai et j'avertis la chef de train. Je lui explique la situation et demande à pouvoir acheter un billet à bord.

    -C'est possible me dit-elle, mais vous devrez acquitter un supplément de sept euros. Et je ne peux rien faire, le montant est  encodé sur l'appareil, impossible de changer.

    Elle réapparaît à mi-chemin du parcours, un petit sourire aux lèvres et imprime un billet sur une distance plus courte. Je n'ai payé qu'un petit euro de supplément. Cette belle victoire sur le formatage machinal incite à s'envoyer en l'air.

     

     


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  •          http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/15/07/16/16/16/188342.jpg Marguerite chante faux avec grandeur et beauté.

     

     

    Sa vie entière est vouée à la musique. La baronne collectionne décors, accessoires, costumes et partitions d’opéra. Sa voix, trop particulière, ne sort que devant un cercle d’intimes. Marguerite attend toujours son mari avant de commencer son récital  "divinement, sublimement, sauvagement faux.»


    Ces derniers temps, Georges arrive souvent en retard. Il n’en peut plus d’une vie dissonante, honteux des pitoyables représentations

    de sa moitié. ... Films / France 3 Cinéma / Sirena Film / Scope Pictures Marguerite - Qu’est-ce qui lui prend de beugler ainsi, confie-t-il à                      sa maîtresse.


    Que leur prend-il, à ces spectateurs effarés et ricaneurs de conforter la fausse cantatrice dans l’illusion d’un talent « travaillé » cinq heures par jour. Les milieux huppés dans lesquels Marguerite évolue érigent l’hypocrisie et la couardise en vertus cardinales. D’ailleurs si la diva excentrique n’était fortunée, son rêve serait mort-né.


    Marguerite peut également compter sur le soutien indéfectible et discret de son majordome. L’ange noir orchestre le destin de sa patronne dans les moindres détails. Il brûle les montagnes de roses blanches (achetées par Monsieur et prétendument offertes par des admirateurs) et accumule les clichés de Madame. Il fixe la beauté et dissout le mensonge.


    Marguerite est-elle vraiment dupe ? Ne se ment-elle pas à elle-même pour supporter le vide affectif d’un mariage bancal ?
    - Elle m’a épousé pour mon titre, pense le baron désargenté.

    Marguerite entend lui prouver le contraire. Elle chante son amour avec générosité, pureté et incroyablement faux. Elle va jusqu’au bout de son rêve –ses moyens le permettent-et rêve d’un accord parfait qui tarde à se faire entendre.


    Marguerite compose son roman existentiel, note après note, comme certains se composent un roman familial. La musique emplit sa vie, la rend estimable et supportable. La femme amoureuse chante de tout son être pour exister dans le regard de son homme. Les grands airs du répertoire dressent un rempart contre son désespoir d’être si peu aimée, d’être une épouse potiche dans le Paris des années vingt. Un vent de liberté et de folie souffle sur l’après-guerre. Marguerite enjouée veut changer sa vie et pousse ses amis à accomplir leurs rêves.


    Ce film trop long, trop ambitieux m’a tenu par la personnalité étrange d’une femme qui a réellement existé.   

    Florence Foster Jenkins Florence Foster Jenkins picture a sévi entre 1920 et 1940 aux Etats-Unis.

    Catherine Frot  ... Films / France 3 Cinéma / Sirena Film / Scope Pictures Marguerite renaît après trois ans d’absence dans le rôle marquant d’un personnage pathétique et insondable. Pour elle, pour la mise en scène d’époque et pour l’énigme d’une vie surjouée, je donne ma voix à Marguerite. (Sur les écrans le 16 septembre)


    Knight of cups
    Très ambitieux aussi et largement improvisé, le dernier Malick déçoit fameusement. Un scénariste à Hollywood s’interroge sur le sens d’une vie qui n’est pas la sienne. Des images  étourdissantes camouflent la panne d’inspiration, le vide d’une pensée sur tapis après une vingtaine de minutes.

                        Knight of Cups Le cinéaste septuagénaire promène le public à sa guise. Je n’ai absolument rien ressenti (au contraire d’un ("fan" du film) sinon de l’agacement face à une virtuosité gratuite et creuse. Depuis Tree Of Life, Malick semble pris d’une frénésie de tournages, pressé de livrer sa vision de l’existence avant de faire le grand saut. (Sortie en Belgique le 16/9 et le 25.11 en France).


    Une famille à louer
    En finale de cette chronique en quête de sens, un mot gentil sur le sympathique tandem belge

    Une famille à louer : Photo Benoît Poelvoorde, Virginie Efira d’un conte sentimental écrit par des amoureux. Murielle Magellan Murielle Magellan et Jean-Pierre Améris ont eu l’idée de raconter leur rencontre (sur les écrans depuis le 19 août). Probablement euphoriques, ils désamorcent rapidement les embûches posées sur la route d’une romance irrépressible : différence sociale, d’âge, de tempérament. Mais bon, les spectateurs présents dans la salle étaient satisfaits. Benoît et Virginie ont convaincu (presque jusqu’au bout) et on a ri plusieurs fois. Et puis, Poelvoorde (pardon Paul-André) est tellement émouvant lorsqu’il montre ses failles. Le personnage déprimé et anxieux ressemble à l’acteur et au

    réalisateur, comme l’explique Jean-Pierre Améris .


    « Paul-André nous ressemble à tous les deux : la maniaquerie, le fait d’arriver à la cinquantaine sans avoir d’enfants à soi, et ce double mouvement entre la peur et l’envie de se lier aux autres. Benoît fait passer tout cela par la comédie, par la tendresse, et je l’admire pour cela. C’est dur d’être léger. La légèreté n’est pas ma tendance naturelle, mais j’y travaille, autant dans la vie que dans mes films !"


                                                                          Allez, allégeons, allégeons…

                                                                        Allegrissimo.

     


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