• J’ai quitté la maison à six heures du matin. J’avais une fenêtre de lancement pour la planète rouge. Mark m’attendait, premier colonisateur de Mars, laissé pour mort dans un blizzard de particules fines. L’astronaute est livré à lui-même, privé de toute communication avec Houston, disposant de trente et un jours de vivres. La navette est repartie vers la terre avec ses cinq coéquipiers, choqués par la perte d’un des leurs.

                                                                                    Seul sur Mars


                 Mark est seul dans la steppe inhospitalière avec la mort pour deuxième horizon. De quoi se flinguer, non ?

     

                                                               

                                                         

    Le nouveau héros américain n’y pense pas une seconde. Sa formation de botaniste et d’ingénieur agronome tombe à pic. Mark est ingénieux de surcroît et doté d’un moral de titane. Il se lance dans la culture de pommes de terre amendée avec les excréments des toilettes sèches. Il ranime une sonde inerte depuis quarante ans et rétablit une liaison sommaire avec la terre en inventant un alphabet visuel.


    Le Robinson mange avec appétit, blague et contemple chaque jour le lever du soleil, parce que c’est son privilège. Mark a le sentiment de participer à une aventure qui le dépasse. Il se met en tête de rallier le site de la prochaine mission sur Mars. Le programme Arès prévoit cinq expéditions afin d’explorer cet astre mystérieux, semblable à la terre. L’objectif est de déterminer les causes de son assèchement et d’éviter pareil phénomène sur notre belle planète.

    Mark démantibule le matériel abandonné sur place                                              et recompose un véhicule au long cours. La NASA le conseille et se défonce à monter une mission de sauvetage. Les cerveaux et les chaînes de production de lanceurs tournent en surrégime, engagés dans une terrible course contre la montre. La Chine propose ses services. Welcome China !


    Le génie humain se révèle infini acculé à l’impossible. L’homme supplante la machine. Les ordinateurs ultra puissants valident les calculs dérivés de l’intuition inouïe d’un astrophysicien atypique qui pré tend exploiter l’attraction gravitationnelle pour amener un vaisseau à portée du rescapé. On avait fait pareil en 1970 avec Apollo XIII sauf que Mars est sacrément plus loin que la lune (124 jours de voyage).Le final consacre la primauté du manuel sur le guidage numérique, une splendide manœuvre qui confine à un numéro de trapèze.


    Cette superproduction, validée par la NASA, véhicule un message réjouissant derrière un grand spectacle haletant à voir en 3D avec lunettes laser. Rien ne remplace les fondamentaux humains: détermination, esprit d’à-propos, intelligence, courage et confiance en son étoile. L’homme est encore capable de se surpasser aux prises avec un destin plus grand que nature.

                                                  

     

     

    Après Gravity  Gravity               et Interstellar,       Interstellar

     

    Seul sur Mars conforte la tradition d’un film de science-fiction à thème en prélude à la fin de l’année, les longues soirées étant propices à la réflexion sur l’avenir de l’homme dans l’espace et sur terre. Matt Damon semble prendre goût aux aventures sidérales en solitaire, il est parfait dans le rôle.

    Un peu euphorique, je me prends à rêver d’une collaboration internationale, non pour sonder Mars, ni fouiller la galaxie à la recherche d’improbables refuges en cas de catastrophe climatique, mais d’unir les savoirs pour brider le gaspillage éhonté des ressources et sauver ainsi notre belle bleue. Ce n’est ni le génie, ni l’intelligence qui manquent, c’est la volonté de survie tellement magnifiée par Ridley Scott qui fait défaut.


    The Martian promet d’être la fusée du dernier trimestre. Il m' a en tout cas redonné une belle énergie, ma pointe de sinusite paraissant broutille comparé à la situation infernale de Mark. Je sais, c'est du cinéma (du très bon), c'est de l'autosuggestion, mais ça marche!

                                      Seul sur Mars : photos     

                                Sur les écrans le 7 octobre en Belgique et le 21 en France


    votre commentaire
  •  

     

    Je suis dans un entre-deux. La suite de la semaine est riche en visions de presse et je commence à préparer le prochain atelier Cinémouvance consacré à l’estime de soi. J’ai peu de temps pour le blog. Je tiens à respecter la cadence de deux billets par semaine, je suis donc devant mon clavier à une heure matinale. Je cale un peu à l’idée de composer une cent cinquantième page de Cinémoithèque.


    J’ai donc choisi de vous donner un aperçu de la préparation d’un atelier de ciné-thérapie. Cette fois-ci, l’approche a changé. J’ai visionné le film socle de l’estime de soi après avoir lu sur le thème et établi un premier schéma de travail. D’habitude, je tisse l’atelier au départ du film et j’étoffe la trame par des lectures et des conversations sur le sujet.


    J’ai regardé de près The Weather Man The Weather Man : photo Gore Verbinski, Nicolas Cage hier en fin de journée. Mon enthousiasme grandissait au fil des arrêts sur images, des relevés de séquences fortes et de la transcription de phrases-clés. Le film colle parfaitement au thème de la journée. David bataille pour regagner l’estime des siens et la sienne. Il prédit le temps sur une télé locale mais sa vie est imprévisible sur fond de dépressions.
    J’épingle une phrase du père de David, inquiet de voir sa petite-fille malheureuse : « trouve des choses qui l’inspirent vraiment, qui lui

    permettent de s’épanouir.»  


    Faire ce que l’on aime constitue un des piliers de l’estime de soi.


    Savoir ce que l’on veut,
    se fixer des objectifs réalistes réglés sur ses capacités et ressources,
    s’accepter tel qu’on est avec ses forces et ses imperfections,
    contribue également à une bonne estime de soi.


    Vaste programme face aux impératifs de performance et d’efficacité irrigués par la société. Le doute s’installe vite, surtout si l’on est soucieux de plaire au plus grand nombre, de se conformer à l’image que nous croyons voir dans le regard d’autrui.

     

                                                                                  The Weather Man : photo Gore Verbinski, Nicolas Cage


    Avoir le courage d’être soi devient plus facile si nous sommes conscients d’être auteur de nos pensées, nos croyances et nos actes. David nourrit un terrible complexe d’infériorité à l’égard d’un père brillant et impénétrable. Ce sentiment l’inhibe. Un des objectifs de Cinémouvance sera de repérer ce qui sape l’estime de soi, consciemment et non consciemment. Cette prise de conscience se dessine au départ des récits du film et de l’expérience des participants. Chacun met dans un film plus qu’il ne dit. Je n’en dis pas plus. 


    Cinq ateliers de ciné-thérapie roboratifs confirment la richesse de la parole découlant de l’impact du film sur la psyché. Les ateliers stimulent l’élaboration de récits tonifiants, inspirés par le pouvoir magique du cinéma et enrichis par la dynamique d’un groupe à l’écoute des narrations circulant entre ses membres. Un savoir nouveau éclaire ce que nous savons de notre histoire.

    En rédigeant "Le cinéma, une douce thérapie," j’ai découvert les thérapies narratives. J’ai entamé dans la foulée une formation de thérapeute narratif à Aix-en-Provence, au sein du Mouvement Clinique et Psychothérapies. Je n’aurais jamais imaginé que ma vie prendrait un tel tournant lorsque j’ai commencé à écrire ce livre qui me tenait tant à coeur. Dans un mois, je serai certifié « praticien narratif. L’ouvrage de mon formateur dormait dans ma bibliothèque depuis cinq ou six ans. Je ne l’avais jamais lu. Je l’ai repris en cours d’écriture et j’ai trouvé un support idéal à la démarche ciné-thérapeutique. Belle démonstration de synchronicité !

    Rien n'est jamais figé.
    Ce que je fais aujourd’hui est en accord réel avec moi-même. Suivre sa voie (voix), c’est bon pour l’estime de soi !

     

     


    Rendez-vous après Mia Madre, Seul sur Mars, Mon roi, et Phantom Boy, sans oublier Un début prometteur, où Emma Luchini dirige son père.
    Ceux qui me font de l’œil ?  Mia Madre     Phantom Boy    Seul sur Mars à l'écran en octobre.


    3 commentaires
  •  

     

                               http://www.ungrandmoment.be/wp-content/uploads/2015/08/FIFF-2015.jpg   

     


    Pour sa trentième édition, Le Festival International du Film Francophone propose une programmation orientée vers le futur, avec seize films en lice dans la compétition de la première œuvre de fiction, un de plus que la sélection officielle. En ouverture et en clôture de la semaine namuroise, deux premiers longs-métrages également, Préjudice  et Je suis à vous tout de suite.

                                                                                            Je suis à vous tout de suite


    Une quinzaine d’étudiants en cinéma réaliseront chacun un court-métrage revisitant les œuvres marquantes du FIFF depuis sa création en 1986 (j'y étais). Ce sera le seul coup de projecteur sur le passé, hormis l’invitée coup de cœur Vanessa Paradis qui fête ses trente ans de carrière, heureuse coïncidence. Olivier Gourmet, un habitué, présidera le jury de la compétition officielle.
    Le FIFF se positionne résolument en découvreur de jeunes pousses, qu’ils soient cinéastes, acteurs ou scénaristes. Il n’y a plus vraiment de tête d’affiche, le public cultive le plaisir de la découverte, parmi les 77 films proposés, au gré de ses envies. Cette année, la France et la Belgique sont présentes en force.


    Keeper donne un avant-goût du FIFF.

     

    Le premier film de Guillaume Senez sort en Suisse romande le 28 octobre et en janvier sur les écrans belges et français. Il montre l’impasse d’une grossesse précoce quinze ans. Mélanie et Max s’aiment d’amour tendre, tous deux enfants de couples dissociés. La décision de le garder se joue presque à pile ou face. Maxime a envie, Mélanie hésite, puis se laisse convaincre. La mère de Mélanie lâche sa fille. Patricia a été fille-mère, la plaie est encore vive, elle est incapable de soutenir Mélanie. Sûr qu’elle paraîtra antipathique à plus d’un. La mère de Maxime assure, soucieuse de maintenir un lien familial après son divorce.


    On comprend rapidement que les deux tourtereaux sont embarqués dans une belle galère. Leur parcours tient du docudrame étiré et souffre d’une absence de point de vue. Le succès du film reposera sur le degré de sympathie envers ce couple dépassé par un événement plus grand que son amourette.

                                                                                                          


                                          Mélanie assume, Maxime rêve. L’assistant social lui demande pourquoi il veut garder l’enfant :


    -Parce que j’en ai envie.
    -Ca ne suffit pas ton envie, il me faut plus de mots pour ceux qui assumeront la responsabilité de l’enfant avec vous.
    Maxime n’a pas les mots. Il trouve ça chouette, un enfant. «Au moins, c’est un truc qu’on a fait à deux.» Il y a des tas d’autres choses qu’on peut faire à deux, répond Mélanie.


    Maxime n’en a cure, il a cette envie de garder le bébé, sans en avoir eu le désir, c’est-à-dire vouloir quelque chose et accepter de ne pas céder illico à sa pulsion. L’envie est autocentrée, le désir englobe l’autre, suppose une satisfaction différée.

    Difficile dans une société "organisée par l’exhibition de la jouissance." Charles Melman, dans ses entretiens avec Jean-Pierre Lebrun, (L’homme sans gravité, jouir à tout prix, Ed.Denoël) décrit une mutation culturelle, où «le sexe s’envisage aujourd’hui au titre d’un besoin, comme la faim ou la soif, maintenant que sont levées la limite et la distance propres au sacré qui l’hébergeait.»
    La pose et le respect de limites se complexifie au sein de familles décomposées, recomposées, monoparentales, d'unions monosexuelles. L’autorité, celle qui permet à un individu, à une famille, à une société de se construire dans la confrontation et le dialogue, cette instance de référence disparaît au même titre que la nécessité de penser avant d’agir et d’articuler cette pensée en paroles.


    Sans limite, le monde tourne fou au grand profit de l’économie axée sur l’assouvissement immédiat et illimité de nos envies.
    Certains cinéastes expirent à fond l’air du temps. Bang Gang a électrisé le Festival de Toronto, selon la journaliste du Monde, réjouie de voir évoluer de beaux jeunes corps nus. Dans ce premier film, quatre lycéens de 16 ans et bientôt tout le lycée « découvrent, testent et repoussent les limites de leur sexualité. Ils vivent une période intense au milieu de scandales et de l’écroulement de leur système de valeurs.» 


    Keeper ne cède heureusement pas à cette mode exhibitionniste trop expansive à mon goût. Ce premier essai pourrait cartonner dans les écoles, en guise de mise en garde efficace contre les conséquences d’une sexualité prématurée. C'est le moment de préciser que les 15-20 ans bénéficient de la gratuité sur toutes les séances de 15 à 20h d’un FIFF qui s’annonce festif et musical.

    Bon anniversaire!

     


    votre commentaire
  •                                                                  Atelier Cinémouvance le 24 octobre

     

                      http://icon.telerama.fr/plurimedia/images/600x800/92350992_600693.jpg

    La tension, l’attente, la gamberge mettent les nerfs à rude épreuve sur des cimes afghanes impénétrables. La section du capitaine Bonassieu vacille à la suite d’une série de disparitions inexplicables et inexpliquées de quatre de ses membres. Les soldats rompus à la discipline et au combat affrontent un ennemi déstabilisant autant qu’invisible. Une croyance indigène prétend que la zone couverte par les forces françaises est territoire sacré et qu’Allah reprend ceux qui s’endorment sur ce sanctuaire.

     


    Les talibans subissent des pertes semblables. Photo Les ennemis négocient une

    trêve afin d’éclaircir un ténébreux mystère. Fini la guerre, voici la confrontation avec l’irrationnel. Le capitaine tient le cap. « On va les retrouver, il y a forcément une explication.» Le premier long-métrage de Clément Cogitore bascule alors dans la métaphysique avec sobriété jusqu’à la dernière image d’un récit haletant. La section perd tous repères. Une glissade vertigineuse dans l’angoisse commence. Nu face à l’innommable, l’homme se raccroche à ses fondements : sa foi, sa raison, ses convictions. A moins qu’il

    n’accepte ce qui dépasse son entendement. Ni le ciel ni la terre : Photo


    Ni le ciel, ni la terre premier film ambitieux,     ne faiblit jamais, soutenu par l’interprétation inspirée                                                                                                de jeunes espoirs français,

                                                                   Ni le ciel ni la terre : Photo Kévin Azaïs

    sous la houlette de Jérémie Renier impressionnant de crédibilité, tant en militaire aguerri qu’en capitaine déboussolé. Du grand cinéma, qui tient en haleine et ouvre la réflexion sur l’absurdité de la guerre, les faux semblants et l’exil (spatial et de soi). Sur les écrans français le 30 septembre et belges le 7 octobre.

    Vers l'autre rive évoque aussi les univers parallèles, l’entre-deux entre la vie et la mort. Kiyoshi Kurosawa nous emmène dans un long voyage avec des défunts provisoires. Ces fantômes au seuil de l’au-delà sont bien en chair et en os. Ils restent physiquement sur terre tant que les vivants ont des comptes à régler avec eux ou ont besoin de soutien pour accepter l’inéluctable.

    Les morts- vivants s’habituent aussi à la dissociation du corps et de l’esprit.    

                                 Yusuke accompagne sa femme Mizuki durant trois ans.             Elle découvre un époux méconnu et plusieurs défunts en transit. Si l’on admet que l’esprit et le corps existent à des niveaux différents, il est hâtif de penser que la mort emporte l’un et l’autre simultanément, décrète Kurosawa. Cette assertion, les codes du Shinto et une particule de physique rendent le périple hermétique. Sur les écrans le 30 septembre.

    Esprit es-tu là ter, question une nouvelle fois posée à la vision du Tout nouveau testament. Le Tout Nouveau Testament J'y allais avec des pieds de plomb. Ma fidèle compagne avait envie d’une bonne comédie et j’ai suivi, vaguement alléché par une bande-annonce trompeuse. Nous vivons à Namur, la salle était donc bondée pour voir la vedette locale, Benoît Poelvoorde, jouer un Dieu, méchant, sadique et sacrément mal dans sa peau.


    L’idée de départ est excellente, la première demi-heure vaut bien une messe, ensuite c’est le purgatoire. Dieu disparaît ou presque.

    Sa fille lui vole la vedette.Le Tout Nouveau Testament Ea veut tuer le Père ; elle descend sur terre (à Bruxelles) à la recherche de six nouveaux apôtres pour étoffer la dernière Cène. Exit Poelvoorde. La salle, sevrée de l’idole du cru, rit sporadiquement. Un fil rouge dans la quête des disciples : que faire du reste de sa vie quand l’heure de sa mort est connue. Ea est aussi vilaine que papa, elle a envoyé un texto à chaque hominidé avec la date de son trépas.  

                                                                                  Heureusement, maman brode une jolie bénédiction.                                                                                                                                      Photo Yolande Moreau


    Je suis (et ma moitié également) resté en deçà ou au-delà de la rêverie du surréalisme débridé, vieillot et chagrin de Jaco. Le TNT n'a pas explosé.Le public namurois était néanmoins fier de son Ben et ravi de l’avoir vu en grande forme. Sur les écrans depuis le 2 septembre.

    Marguerite et Knight Cups sur les écrans demain. J'en parle ici

     


    votre commentaire
  •  

                                                            Ciné-thérapie, de la vie à l'écran, polysémie du cinéma,

                                               les trois accents d'un cent quarante-septième article de Cinémoithèque

     

                                                      Un film agite doucement, remue en profondeur.
     

                                                                                                Samedi 24 octobre
                                                                                         Cinémouvance

     

                                                                                          Au programme

                                                            The Weather Man (2005) Poster

                                                                                           L’estime de soi
                                                                          Après la pluie, le beau temps

                   Un sixième atelier pour asseoir son identité narrative et avoir une meilleure image de soi.

                                         Susciter du mouvement entre l’écran et soi, entre soi et l’écran.
                                         Générer des récits singuliers issus de sa vision singulière du film.
                                         Épaissir son histoire personnelle à l’écoute de narrations croisées.


                                           La ciné-thérapie stimule l’amplification d’une version originale de son histoire.
                                                                            Sortir de l’image figée de soi.

    A Wépion, 15 allée de Neris,

    de 9h15 à 17h30, 50 euros la journée.

    Informations et inscriptions p.gilly@mail.be ou Tél. 081.74.84.33 

    Le choix de The Weather Man étonne la première inscrite à l'atelier du 24 octobre.

    Je pense qu'aucun film n'est anodin. La perception du spectateur dépend de l'engagement mis dans la projection. Les participants aux ateliers vivent la séance d'entrée avec l'intention d'en retirer quelque chose. Ils sont attentifs aux mouvements intérieurs que suscitent les images, ils observent la résonance du film avec leur propre histoire. A partir de cet écho, ils tissent un nouveau récit d'eux-mêmes, nourri et soutenu par le groupe.

    Les cinéastes résonnent constamment avec leurs films. Ils montent des images qui leur correspondent et les renvoient à une réalité modifiée.

      Au fond, tout ça, c'est du cinéma, mais le cinéma et la vie, c'est pareil, disait Jacques Demy.

    Cette citation est extraite de la troisième édition de la monographie consacrée au cinéaste en-chanteur. Jacques Demy et les racines du rêveJe possède le coffret de l'intégrale de ce réalisateur sous-estimé, voire incompris. Une gaieté de façade dissimule "des failles obscures qui demandent encore à être explorées."Jean-Pierre Berthomé relève une gravité masquée dans Les parapluies de Cherbourg, un des rares films français des années soixante à évoquer le traumatisme de la guerre d'Algérie. Et aussi dans Le joueur de flûte, tableau saisissant d'un Moyen Age rongé par la peste et l'intolérance.

    Oui, aucun film n'est anodin. Un long-métrage porte toujours des fragments de vie du réalisateur ou traduit ses

    préoccupations et ses goûts.  Jacques Demy est d'une fidélité exemplaire aux images de son enfance : le garage paternel, le bistrot de grand-mère, Peau d'Ane, qu'il jouait petit dans son théâtre de guignol. Le film est d'abord un retour à sa propre enfance. Il a fréquenté les salles très tôt, "envoûté par quelque chose de tout à fait magique."

    Chez Laura Bispuri, c'est l'amour de l'Albanie qui transparaît dans son premier film Vierge sous serment (30 septembre en salles) et l' émoi devant le statut dégradant de la femme dans les montagnes reculées du Nord. "Je me suis passionnée pour l'Albanie et sa culture de toutes les manières possibles : des rencontres, des lectures, de la musique, des recherches sur l'approche anthropologique de cette tradition de la "Vierge jurée". Ensuite, je suis allée plusieurs fois sur place, dans les montagnes." 

    Laura a fouillé les textes du Kanun, la loi tribale qui permet aux filles de vivre comme un homme sous  condition de jurer de  rester vierge à jamais. Hana devient Mark pour échapper à la domination masculine, à moins que ce soit pour d'autres raisons obscures. Il quitte l'Albanie et gagne l'Italie.  Le corps réel  pousse, la féminité affleure sous des latitudes exaltant l'aisance physique. Chassez le naturel, il revient au galop. La nièce de Mark

    Vierge sous serment : Photon'est pas dupe, ni un maître-nageur. Mark/Hana commence lentement sa mue vers l'amour.

    Une mise en scène ennuyeuse et morne coupe l'accès à une réflexion intéressante sur la féminité et liberté. Il faut beaucoup de patience au spectateur pour débusquer le propos d'une cinéaste qui abuse des plans séquences insignifiants en caméra fixe. Dommage. 

    Troisième exemple de symbiose de la vie et du cinéma, Luc Jacquet, dont j'ai vu La Glace et le Ciel (21 octobre en salles)           

             Le documentariste utilise la caméra comme un porte-voix. 

    "Ma prise de parole se fait au cinéma. Parce qu'il y a un point de vue de quelqu'un sur quelqu'un. J'évoque une manière de voir le monde, et qui a besoin de la partager. Cette notion de transmission est essentielle pour moi. C'est par la transmission que l'on atteint l'éternité."

    Après Francis Hallé, l'homme des forêts, Claude Lorius, l'homme des glaces. Luc Jacquet retrace l'extraordinaire odyssée du glaciologue de 1956 à nos jours. Le savant français a été un des premiers  à établir un lien entre l'activité de l'homme et le dérèglement climatique. Le documentaire n'a rien de militant. Il témoigne, images d'archives à l'appui, de l'obstination aventureuse de scientifiques à comprendre l'évolution climatique en sondant inlassablement les glaces de l'Antarctique au péril de leur vie.

     

                                                   

    C'est un hommage au dépassement de soi, au largage de ses égoïsmes, à la capacité de l'homme à relever les défis les plus fous. Aucun effet de manche, les faits, rien que les faits. L'analyse d'une bulle d'air libérée après 400.000 ans de glaciation s'est avérée passionnante, même pour le littéraire qui signe ces lignes. 

    Des scientifiques français, russes et américains fournissent la  preuve irréfutable que l'homme modifie les cycles millénaires du climat. Le désastre est prédit tôt, vérifié et revérifié.

    Qu'êtes-vous prêt à  faire? questionnent  le savant et l'homme d'images. Lire à ce sujet l'éditorial du journal Le Monde daté du12 septembre 2015.

    Prolongation de l'enfance, coup de coeur ou engagement humaniste, le cinéma est terriblement vivant et jamais être anodin.

     

     


     


    votre commentaire