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                                       Mourad, un jeune virtuose, enfant de la Castellane  Mourad

    C'était l'époque des textes courts. Le 27 décembre 2018, je louangeais un film pétri de bons sentiments, décliné sur une partition de grands morceaux classiques.Hier, j'ai revu Au bout des doigts avec le même bonheur. Les temps ont changé. Je suis avide de belles histoires calmes, chaleureuses et joyeuses, au point de décliner une invitation amicale de voir Drunk ensemble. Je leur proposerais bien Gagarine mais j'hésite. Je fuis la gravité, à la poursuite de la légèreté.

     

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    Juste avant la diffusion sur France 2, j'ai suivi un reportage sur un jeune prodige pianiste issu de la cité de la Castellane à Marseille. Mourad a joué la Marseillaise au stade de France. Il doit sa renommée à une vidéo publiée sur Internet. Au bout des doigts est la copie presque conforme du destin de Mourad ou comment sortir de la banlieue par la grande note.

    Gagarine, c'est le nom d'une cité d'Ivry-sur-Seine, construite dans les années 60, promise aujourd'hui à la démolition. Youri s'efforce de retarder l'échéance. Le cinéma tourne autour des banlieues mais je n' y pénètre pas. Ce soir, je m'évade devant mon poste, il pleut trop pour sortir. Je regarde le premier film de Bruno Podalydès, Dieu seul me voit (Versailles- Chantiers) sur TV 5 Monde.

     

                                           Dieu seul me voit (Versailles-Chantiers) Dieu seul me voit

    L'univers poético-burlesque du frère de l'acteur principal (Denis) dépayse en douce. Le film est disponible gratuitement sur ARTE.tv jusqu’au 31 août 2021. On peut aussi rencontrer Bruno Podalydès sur le site d’ARTE dans une conversation filmée inédite, où il évoque son travail de cinéaste et parle de son dernier film en date, Les 2 Alfred.

     

                                                                       Bref et court, comme en 2018. 

     

     


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    J’aurais dû accompagner Les sœurs à Alger plutôt que d’écouter Le discours à la table de Français moyens. J’aurais vu du pays au lieu de ronger mon ennui à la vue de procédés éculés, de répétitions et de monologues verbeux. Mieux vaut un mauvais film dépaysant qu’une toile locale. Les acteurs ont beau être parfaits, les considérations sur les non-dits justes, il manque la magie du cinéma en mouvement. Le discours est théâtral et n’a qu’un point de vue.

     

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    J’ai voulu rejoindre la ville blanche plusieurs fois, mais j’ai résisté par respect du travail de Yamina Benguigui qui a mis ses tripes sur la table. Voir son film amputé aurait été indécent. Ce côté autobiographique + Maïwenn m’avait fait opter pour Le discours.

    J’ai ressenti un peu le même ennui en regardant Bonne pomme hier soir à la télé. Le duo Depardieu-Deneuve, avec Guillaume De Tonquédec en prime, a adouci ma peine. Je m’interroge sur les motivations des deux grandes stars, sinon le plaisir de tourner ensemble, malgré un scénario malingre. J’attends Depardieu avec impatience dans Des hommes, sur le passé de soldats en Algérie.

     

                                        Bonne pomme: Catherine Deneuve, Gérard Depardieu

    La pluie tombait dru quand j’ai repris mon vélo à la sortie d’une projection à sept spectateurs. Le moral a encore baissé en regardant l’horaire des semaines à venir. Les deux prochaines semaines présentent peu de nouveautés intéressantes. Ne me parlez pas de Titane, Palme d’or 2021 à Cannes, je décline. OSS 117 en Afrique noire, peut-être, parce que Nicolas Bedos est aux manettes. Sinon, attendre des jours meilleurs ou revoir un classique comme In The Mood Of Love (version restaurée 4K). Quant au Discours, il tient au moins jusqu’au 10 août, à l’affiche depuis le 23 juin. Longuet !

     

                        I Am Your Man: Maren Eggert, Dan Stevens

    Rouge et I'm Your Man figurent sur ma liste d’attente. Le premier est prévu le 25 août et le deuxième le 22 décembre, en France uniquement. La disette pointe le bout de son. Heureusement, les Belges peuvent fréquenter les salles sans pass sanitaire. Le visa instauré dans l’hexagone a plombé les recettes de la mi-juillet. Les jeunes constituent le gros des amateurs de cinéma. Moins touchés par le virus, ils se vaccinent peu et du coup, n’ont pas envie de faire un test pour deux heures de loisir. Je les comprends.

    Une majorité de citoyens approuve  le tour de vis du président. Cependant, comme le soulignent  Cynthia Fleury, Mona Ozouf et Michelle Perrot dans une réflexion sur les valeurs de la devise nationale « Liberté, Égalité, Fraternité »,

     

                                    la contrainte est acceptable et acceptée si elle est limitée dans le temps et ne sombre pas dans l'hygiénisme paranoïaque. Lorsque les circonstances sont extraordinaires, le pouvoir a généralement tendance à prolonger l'ajournement des libertés. Le secteur culturel continue à subir les effets néfastes de restrictions des libertés.

     

     

     

     


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                                                    O que acontecerá com a prisão de Guantánamo com os EUA sob ...

     

    Au-delà des barbelés, l’océan et le ressac immuable des vagues. Des iguanes aussi, que les prisonniers agacent au pied des bâches ceinturant les carrés de promenade. Dehors, les détenus communiquent à la voix, sans se voir. Marseille et le Mauritanien (Mo) nouent une amitié bâtie sur des conversations en français et un ballon de football.  Mo croit dur comme fer à sa libération. Pourtant, il est là depuis trois ans, amené nu au camp de Guantánamo , zone hors-la-loi, aux mains de militaires américains, au sud-est de Cuba.  

    Mohamedou Ould Slahi  est accusé d’avoir commandité et organisé les attentats du 11 septembre 2001. L’Amérique exige des coupables, une procédure expéditive  et des exécutions. Ce jeune étudiant fera l’affaire. Il est ingénieur de formation, cultivé et a un cousin terroriste. « Mo » a également suivi un camp d’entraînement terroriste en Afghanistan dans les années 90, avant de couper les ponts avec Ben Laden.

     

                                                        Afficher l'affiche en grand format

    Il ne cesse de clamer son innocence, à ses tortionnaires et à ses avocats. Nancy Hollander défend l’indéfendable au nom du droit à un procès équitable pour tous. Elle entre en piste avec son assistante en 2005. Son tempérament tenace sape la rétention d’information des services secrets sur les tourments horribles infligés aux prisonniers incarcérés illégalement à Gitmo. Le colonel chargé de poursuivre le Mauritanien accède aussi aux documents « secret défense ». Il est partisan de la peine de mort, ami d’un pilote des Boeing lancés sur les tours. Mais il est aussi croyant, intègre, et indisposé à condamner n’importe qui pour l’exemple.

    Kevin Macdonald suit les quatre protagonistes d’une injustice orchestrée. Il agence passé, présent et visions hallucinées de Mohamedou avec sa maestria de documentariste éprouvé. La mise en images des carnets écrits en prison, réussit à la fois à nous faire sentir l’enfermement de Mohamedou et sa liberté de pensée, qui lui a permis de tenir quatorze années dans un camp abominable, indigne d’une démocratie. C’est aussi un film d’acteur. Jodie Foster et Tahar Rahim sont parfaits, animés d’un humanisme assumé bec et ongles.

     

                                             Guantánamo diarist Mohamedou Ould Slahi: chronicler of ...

    La justice civile donne raison à Mohamedou Ould Slahi en 2010. Cependant, l’acquitté ne sera libéré que six ans plus tard, l'administration Obama ayant intenté appel du jugement alors que le même gouvernement essayait de fermer Guantanamo, ce que le Congrès n’a jamais accordé au président (voir article précédent). Aujourd'hui, Mohamedou vit tranquille dans son pays, il a épousé une avocate américaine.

    The Mauritanian émeut et terrifie. La séquence des tortures est insoutenable, le film est d’ailleurs interdit aux moins de 16 ans. C’est une œuvre nécessaire sur les dérives occultes d’un État puissant et meurtri. Il sort lorsque 17 grands organes de presse internationaux  révèlent l’existence d’une surveillance ciblée de citoyens turbulents aux yeux du pouvoir. Une dizaine de pays ont acquis le logiciel espion Pegasus, mis au point par une firme israélienne, avec le visa des autorités pour sur les pays clients. 50.000 téléphones ont été infectés. Des gouvernements et des services secrets ont espionné des journalistes, des avocats, des influenceurs, des hommes politiques, des athlètes, des prêtres et des imams. Le journal Le monde   détaille les dessous du scandale tout au long de cette semaine.

     

                                            Déjà opérationnel dans 13 pays, le pass sanitaire, entrera en vigueur sur l'ensemble du territoire européen le 1er juillet - Crédits : Chalffy / Istock

    Les intrusions ont commencé en 2016, l’année de la libération de Mohamedou. La cybersurveillance étatique et commerciale étend abusivement ses tentacules. Elle représente un moyen supplémentaire de contrôle entre les mains de nations mal intentionnées. On a raison de s'inquiéter du sort des données reprises sur le passeport vaccinal européen, le pass sanitaire français ou le Covid Safety Ticket belge. La montagne Big Data s'avère aveuglante et étouffante.

     

     

     

     


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    Chaque mois, le réseau social Babelio présente cinq films tirés d’un livre. Le cinéma puise abondamment son inspiration dans la littérature et les récits autobiographiques. L’achat des droits d'un titre varie de 25000 à 500000 euros selon la célébrité de l’auteur.

    La renommée du livre contribue au succès du film. 40% des longs-métrages à plus de 500000 spectateurs en salle (France) sont des adaptations littéraires. Le pourcentage monte à 50% pour les films à deux millions d’entrées. Cinéma et bouquin se promotionnent mutuellement ; la sortie sur les écrans est souvent assortie d’une réédition sur les rayons, avec photo du film en couverture.

     

                                               Désigné Coupable: Tahar Rahim

    Ainsi Les carnets de Guantánamo (sélection de juillet) sont devenus Désigné coupable ou The Mauritanian, à voir depuis le 14 juillet en Belgique et en France. Le journal de Mohamedou Ould Slahi est paru en 2015. Le ressortissant mauritanien relate ses quatorze années de détention et de torture illégales, de 2002  à 2016, au camp militaire américain en territoire cubain. La prison a été ouverte après les attentats du 11 septembre. Elle a compté jusqu’à 800 détenus, la plupart incarcérés sur des preuves fragiles, accusés de terrorisme et de complicité dans les attentats contre les deux tours.

    Obama n’a jamais réussi à fermer le pénitencier (2009), symbole des violations des droits de l’homme. Le Congrès a bloqué sa décision. Le président Biden paraît vouloir vider le camp : 40 « suspects » y sont encore détenus.

    Le public n’a pas oublié. Désigné coupable a pris un excellent départ dans la course à l’audience. Ce sera ma prochaine projection une fois terminée la lecture d’Actions spéciales, mon roman de l'été, candidat en puissance au passage en trois dimensions. Quatre francs-tireurs, deux femmes,deux hommes, montent un gros coup contre une maison de jeux. Le narrateur de leurs exploits rejoint la bande des quatre, séduit par leur goût de l’aventure et le lien fort qui les unit.

     

    Actions spéciales par Gaillot

    Ils donnaient l'impression de s'être rencontrés sur la pavé d'un trottoir, derniers survivants au lendemain d'une fête, qui auraient décidé de passer le reste de la journée ensemble. Ils n'étaient pas rentrés chez eux, ils n'étaient pas retournés se coucher laissant ce moment se dérouler comme un jour sans fin.

    La couverture très bande dessinée a attiré mon regard. Le résumé en quatrième de couverture m’a convaincu ainsi que les premières pages, d’une élégance aventureuse et légère. Les décors changent : Monte-Carlo, Cadaqués, Sierra Leone… Un Menorquin de quinze mètres attend de larguer les amarres. Je suis sous le charme. Je m’évade encore plus qu’au cinéma, pouvant interrompre la lecture et m’imaginer à Monaco en train de rouler la Société des Bains de mer, propriétaire d’hôtels de luxe et du casino de la Principauté. Plus fort que James Bond ou Ocean’s Eleven.

                                                    

    Dodie Smith tenant ses chiens

                                                          En parcourant les sélections précédentes de livres adaptés au cinéma, je découvre que le dessin animé de Disney, Les 101 Dalmatiens, a d’abord été un livre publié en 1956. Dodie Smith amplifie son histoire personnelle dans un livre jeunesse à grand succès. Elle reprend une paire de dalmatiens après la mort de Pongo, leur premier. Buzz et Folly donnent une portée de quinze chiots en 1943. La mère (Folly) ne pouvant allaiter tout son petit monde, il fallut trouver une nourrice, une dalmatienne abandonnée, baptisée Perdita dans le roman. Étrangement, le dessin omet la recherche d’une mère supplétive.

     

    Le livre fertilise l’imaginaire tandis que le cinéma comprime le récit. Les deux sont de formidables dérivatifs, savourés avec délices.

     


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    Consultez le sommaire du magazine Le basculement du monde 1990-2020  

    La revue Sciences Humaines publiait au début de l’année un numéro anniversaire à l’occasion de ses trente ans. Le magazine a recensé les grands événements bouleversant le monde. Le coronavirus figure aux côtés de l’effondrement de L’URSS, de l’essor d’Internet et de la crise financière de 2008. Il y a aussi les cygnes noirs, ces événements qui changent le cours des choses de façon inattendue. Mai 68 a pris de court la croissance des trente glorieuses, le variant indien plombe la vaccination.

    L’histoire chavire sur un claquement de doigts, notre vie bascule en une fraction de seconde, à la suite d’un deuil, d’une guerre, d’un virus. La grande histoire nous échappe, pas la nôtre si nous la mettons en récit, selon notre imagination à surmonter les coups du sort. Soit, nous sommes les jouets passifs du désordre mondial, soit nous composons un récit alternatif à la fatalité.

     

    Une enfance africaine : roman autobiographique - Livre de ...                 

                                              Stefanie Zweig a vécu un de ces tournants de vie. En 1938, elle suit ses parents juifs au Kenya alors colonie britannique. La famille fuit le régime nazi. Le jeune couple quitte une condition confortable en Allemagne et devient salarié d’un éleveur. Stefanie débarque Nowhere In Africa titre de son roman autobiographique (1995) et d’un film (2001) tiré de son livre), diffusé hier sur ARTE.

    Stefanie éprouve une fascination immédiate envers son pays d’adoption, au contraire des ses parents. Owuor, le cuisinier Masaï, la prend sous son aile. La fillette apprend la langue locale et joue avec les enfants de son âge. C’est le paradis. Stefanie raconte cette époque heureuse dans un livre vendu à 7 millions d’exemplaires. L’auteure adulte se rappelle une période extraordinaire de son enfance. Les lecteurs sont sous le charme d’une réalité remaniée. Les spectateurs apprécient la mise en scène à la fois ample et intimiste.

                                            Nowhere in Africa

    L’imagination a le pouvoir de donner du sens et de la cohérence au passé ; elle arrondit les chocs, enjolive les faits et comble les blancs de la mémoire. Tant mieux si la narration embellit ce qui fut, elle permet d’être auteur de notre vie, suivant nos attentes et nos espoirs.

    Sans l’imagination, écrit Céline Curiol après sa dépression, « le monde alentour paraîtrait d’une sidérante neutralité, frôlant l’incohérence. Sans l’innovation de l’imaginaire, ma pensée se contentait de la routine du ressassement, n’envisageait plus d’autres scénarios d’avenir. »

    Jean-Pierre Leblanc frôle la dépression dans L'âge des ténébres, vu sur TV 5 Monde et à revoir sur le joli site de la télévision communautaire francophone. La vie de ce fonctionnaire québécois est tellement insipide, insignifiante, navrante qu’il fantasme un monde à sa botte, peuplé de femmes sexy, de succès littéraires, de revanches sur son sort misérable. 

     

                                           Una scena del film L'age des tenebres: 41967 - Movieplayer.it

    L’imagination de Jean-Pierre est débridée, au point de rendre sa vie encore plus morne. Denys Arcand alterne humour et critique acerbe de la société. Sorti en 2007, ce film évoque un virus dévastateur. Les montréalais portent le masque en rue, comptent leurs morts.

    Le réel me rattrape. La pluie tombe drue en goutte serrées. Les Belges se demandent comment voyager en France après le tour de vis de Macron. Un ami vivant en Suisse revient en Belgique et me propose un séjour dans un hôtel écologique en bord de Meuse. Ça  c’est l’aventure, déloger à 50 km de chez moi, dans un endroit paradisiaque. Je nous y vois déjà.

    « …Quiconque ne pourra se laisser emporter par d’autres images que celles d’une vie harassante subira de plein fouet ses cruautés… L’enclenchement de la résilience jaillit dans l’imaginaire… »

    (Le murmure des fantômes, Boris Cyrulnik).

     

    L’imagination au pouvoir,

    pluie et virus

    sous l’éteignoir,

    renaissent

    lumières de l’espoir.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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