• Raout chez les Jabac

     

     

     

    Place publique : Photo Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri

                                                                                                          Les Jabac sont de retour. Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ne sont plus ensemble à la ville mais ils s’entendent toujours comme larrons en foire pour ciseler des dialogues humant l’air du temps avec sagacité et acidité. Leur séparation, le long intervalle entre leurs deux derniers films coécrits ont-ils changé leur savoir-faire ? Certes non. Redite alors ? Pas du tout. La Place publique (18 avril) accueille le gotha du show-biz le temps d’une pendaison de crémaillère chez la productrice de Castro (Jean-Pierre B.), animateur sur le déclin, en proie aux affres de la vieillesse. Nathalie (Léa Drucker) a une sœur, ex-femme de son poulain, restée fidèle à ses engagements humanitaires de la première heure.

    On n’a pas de cœur si on n’est pas de  gauche à dix-huit ans. On est bête à quarante ans si on n’est pas de droite. Hélène (Agnès J.) a encore une pétition dans sa manche. Castro est devenu pragmatique et cynique. Il refuse d’inviter une réfugiée afghane dans son émission. Hélène insiste.

    - Elle est connue ? Non ! Elle est la fille de quelqu’un de connu ? Non !

    - Si tu l’invites, ça va relancer ton audience.

    - Ou l’enterrer !

    Castro est parano. Il lorgne d’un mauvais œil un jeune habillé fluo, star de YouTube, vedette pressentie d’un nouveau concept d’émission.

                                              Place publique : Photo Jean-Pierre Bacri, Yvick Letexier

    - Il n’a rien à dire. C’est du vent, gémit Castro.

    - Peut-être, mais ses vidéos sont vues par un millions de suiveurs, rétorque Nathalie, très heureuse de vivre à la campagne, à trente-cinq minutes à peine de Paris (à vol d’oiseau, précise Hélène, maladroite avec le GPS).

    La culture classique versus les réseaux sociaux, deux mondes inconciliables. Les scénaristes affichent  clairement leurs préférences, tout en surfant sur la vague numérique. La productrice suit le mouvement avec sa nouvelle star Youtubeur (Mister V) ; Castro traque sa compagne, beaucoup plus jeune, sur une appli taxi. 

    Agnès Jaoui et Jean-Pierre critiquent le goût des autres, tourbillon de selfie et de post sur les réseaux sociaux, ces derniers beaucoup plus croustillants que la télé et les journaux papier. Malheur aux "glandus". Selon une recette éprouvée, la progression narrative badine, égratigne et explose au fil d’une fête qui vire à la mélancolie douce-amère (que les plus de cinquante ans savoureront). Le couple scénariste innove en intégrant une continuité musicale en contrepoids des vacheries que les célébrités se lancent à la tête. L’humour et l’autodérision dézinguent allégrement le cynisme, le jeunisme, les parents égoïstes et le narcissisme numérique. Les premiers et les seconds acteurs sont excellents. Une mention à Pavel, le compagnon slave incompréhensible de Nathalie et au voisin agrobio, qui n’a ni la télé, ni Internet.

                                                                        Place publique : Photo Léa Drucker, Miglen Mirtchev

    - C’est un pari ?

    - Non, un choix

    L’orchestre du jour (basse, contrebasse, batterie, guitare et chanteur espagnol) revisite de grands succès avec bonheur, notamment un magistral Viens à la maison, de Claude François, pour voix et guitare seulement. Castro pousse la chansonnette aussi. Il imite Yves Montand dans Les feuilles mortes et chante du Bashung en fin de nuit. Il y a longtemps qu'Agnès J. voulait faire chanter son ex dans un de ses films.

    J’avais peur d’être lassé de la rengaine Jabac, assez poussive dans Au bout du conte, leur film précédent (2013). Mais je suis toujours partant pour une bonne comédie. J’ai donc misé sur le  renouveau d’un tandem rôdé. Pari gagné, grâce essentiellement à une partition musicale qui m'a enchanté. J'ai écouté le générique final jusqu' au dernier soupir.

     

    P.S. Je ne parviens pas à trouver le nom du compositeur de la bande originale, entrevu au générique. Si vous pouvez m'aider...


  • Commentaires

    1
    Lambert
    Dimanche 29 Avril à 09:57

    Ai-je lu Fejstein pour la musique?

    Pour le film: si c'est parodique, ça ne l'est pas assez; si c'est critique, c'est complaisant. Pour ce qui est de la trame du film, il lui faut un tel enchevêtrement de tant d'histoires personnelles et parisiennes que ça n'en est plus fin du tout. Un grand merci à l'Afghane tout de même. 

     

      • Dimanche 29 Avril à 10:27

        Non, ce n'est pas encore lui.

        D'accord avec ce commentaire sur le fond superficiel. Je n'ai pas regardé le film sous cet angle "sérieux". Je me suis laissé aller à la musique, en accord avec la nostalgie sous-jacente d'une époque où on jouait encore aux cartes dans le train, entre Andenne et Bruxelles, ou que l'on commentait l'actualité politique.

         

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :