• Quitter la massification, être singulier

     

     

                                                             

    La salle a encore de beaux jours devant elle. La France devrait dépasser les 210 millions d’entrées cette année, soit un nouveau record annuel (les exploitants belges frileux gardent leurs chiffres). Les films rentables de fin d’année rameutent les foules. Vaiana totalise 1.867.000 entrées, palier vers les cinq millions en fin de carrière. Omar Sy commence bien à 519.000 spectateurs répartis sur 595 copies alors que le Disney polynésien tourne sur 727 copies en deuxième semaine. Je ne comptabilise pas encore Rogue One: A Star Wars Story sorti mercredi (910 copies), signant le huit meilleur démarrage de l'année. C'est beaucoup moins que le septième épisode de la saga originale. On n'attraperait plus les mouches avec du vinaigre?

    A part un grand journal parisien de l’après-midi, les critiques sont bienveillantes. A la sortie de Star Wars 7, Le Monde avait été le seul à refuser les prescriptions de contenu imposées aux critiques professionnels par la Disney Corp. Leur critique avait snobé la vision de presse. C’est une façon de résister au rouleau compresseur de l’uniformisation du goût inoculée aux sein des sociétés globales.

     

    24/7Le même spectacle est vendu en même temps au monde entier et (presque) tout le monde suit en rangs serrés, au point de ressembler à ce sujet que profile Jonathan Crary :

    «sujet accommodant qui se soumet à toutes sortes d’intrusions biométriques et de surveillance, qui ingère de la nourriture et de l’eau toxiques, et qui vit à proximité de réacteurs nucléaires sans se plaindre.» (24/7, p.72, La découverte poche).

    Nous perdons en singularité ce que l’industrie gagne en nous fourguant des marchandises électroniques et des services médiatisés à péremption programmée.

    Les descendants d’Oncle Walt ont déboursé 3.75 milliards d’euros en achetant Lucasfilm  en 2012, autant pour les super-héros Marvel en 2009 et 7 milliards pour l’animation Pixar en 2006. A ce prix, la moindre ombre sur les productions maison chagrine. Les films sont montrés à la presse la veille après-midi de la sortie. Le délai est trop court pour publier le lendemain. Les revues spécialisées et les journaux papier sont marrons. Deux, trois jours de silence critique sont gagnés, ceux primordiaux des premiers résultats d’exploitation. La presse en ligne boit du petit lait, surtout les blogs cinéphiles,

    «communautés disparates muées en une vaste rumeur numérique, un champ infini de tonalités diverses dans lesquelles piocher.

    (lire à ce sujet l’article dans Positif n°668  d’octobre). Sauf que pour Rogue One, les blogs convergent en une satisfaction à peine tempérée.

                                                                   

    Je m'abstiendrai de voir cette resucée de La guerre des étoiles, destinée à amortir le pactole assuré à Georges Lucas. Le fondateur des studios Disney a très vite associé l’objet culturel à l’objet marchand en créant les parcs d’attraction aux quatre coins du monde. Ses successeurs ont amplifié le mouvement sonnant et trébuchant. Ainsi les produits dérivés de Cars ont rapporté un milliard d’euros, deux  bonnes fois plus que les recettes écrans. Après l’abandon du dessin animé en 2D en 2002 et les rachats de franchises juteuses, les studios sortent trois à quatre films par an au lieu des deux habituels.

    Ces informations sont reprises dans un hors série de Tout Savoir Il était une fois…Disney, très bien documenté à la gloire du génial

    créateur de Mickey.Il était une fois...Disney - Collection Tout Savoir HS n°2 - Diverti Editions

    Heureusement, des perles nichent encore au creux du gigantisme. A ma grande satisfaction, La reine des neiges caracole en tête du palmarès maison. Mon autre chouchou des années 2010, Vice Versa sur l’intelligence émotionnelle, décroche une honorable quatrième place. L’empire Disney, vaisseau de secteurs, branches, divisions est toujours capable du meilleur. La patte originelle de Walt survit à travers les âges. Zootopie, production récente, est inspirée des archives de la confection de Robin des Bois. Le réalisateur avait adoré enfant la vitalité des personnages. Le Walt Disney Animation Research Library détient six millions de documents retraçant la genèse des animations. Certains cellulos, les dessins préparatoires de Blanche-Neige par ex. sont conservés comme un précieux trésor dans des coffres pressurisés (65 millions de pièces au total et aussi des inédits de films inaboutis). Rien que le catalogue des dessins de Fantasia contient soixante-sept mille pièces. Contrairement à ce que je pensais, l’animation digitale consomme énormément de dessins préparatoires. Une exposition présente à Paris des documents exceptionnels prêtés par le centre d’archives.

                                                            

    Disney continue à associer mémoire et évolution technologique. Dernier exploit en date, la résurrection de Peter Cushing mort en 1994. Le procédé dormait dans les cartons. Il consiste à copier l’acteur en 3D puis de le "pixeliser" en capture de mouvement, comme le Golum du Seigneur des anneaux.

    Je me demande qui va ressusciter à l’écran maintenant que le roi du divertissement a propulsé le procédé dans l’espace. Qu'importe, cela ne m'intéresse pas.Si j’étais en France, j’irais plutôt voir La jeune fille sans mains (85 séances dans 21 villes françaises, non distribué en Belgique), film d’animation imagé en traits d’aquarelle composant et recomposant des figures en mouvement.

                                              

    Mes préférences animées vont au dessin pur, primé dans  La tortue rouge, Avril et le monde truqué, Ernest et Célestine, Le chant de la mer  ou un ... bon Disney

     


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