• Que du bien bon !

     

    Quelle belle rentrée cinéma hier soir à huit spectateurs réunis dans un Ciné-club sur le pouce autour du formidable Ôtez-moi d'un doute (6 septembre).

    - Çà c’était un film réel, s’exclame une participante. La vie telle qu’elle est ! »

    Ôtez-moi D'un Doute : Affiche La tablée était enthousiaste, heureuse d’avoir ri, d’avoir été émue et finalement d’avoir vécu un excellent moment. Le début de l’échange a porté sur la préférence entre les deux pères, Erwan se découvrant un père biologique sur le tard. Personne n’avait de chouchou, excepté mon vis-à-vis qui appréciait le côté bohême et anarchiste de Joseph, le nouveau père d’Erwan. Le vieil homme est en effet original. Il affuble ses chiens de noms de dictateur qu’il fait marcher au pas. Le dernier en date s’appelle Pinochet. « C’est un bâtard, confie Joseph à Erwan, dans une file au supermarché, il a une peur maladive d’être abandonné.» Ces propos font mouche chez le fils biologique sur la  piste de son géniteur.

    Cet humour bien placé a séduit les membres du ciné-club. Ils soulignent le bonheur d’alterner rires et émoi, ce dernier parfois profond lorsque l’émotion surgit par surprise, le sourire à peine déplissé. Notamment dans cette scène, où la fille d’Erwan, se retrouve seule dans un couloir de maternité après avoir perdu les eaux. Juliette ne connaît pas non plus le  père de son enfant. Erwan presse sa fille de vingt-trois ans de quérir le papa, « c’est vital pour l’enfant à venir, il doit savoir d’où il vient.» Erwan est d’autant plus motivé qu’il a hésité à rencontrer son père inconnu. Lui-même a quitté un boulot gratifiant pour s’occuper de sa fille à la mort de sa femme.

                                                               Otez-moi d'un doute - Photo 2

    Maintenant, Erwan creuse les plages, sonde les carrières et arpente les prés à la recherche des bombes laissées sur les champs de bataille. Magnifique métaphore de l’homme qui fouille le passé et déterre des secrets explosifs. Et on peut dire que ça pète de tous les côtés dans la vie assez rangée du grand au cœur tendre. Voilà qu’il rencontre Anna, médecin rentre dedans (au propre et au figuré). Le courant passe bien,  mais pas de bol, Anna est la demi-sœur d’Erwan.

    - Tous les personnages sont attachants. Ils sont tous regardés avec bienveillance et tendresse.

    - Ils jouent tous juste. François Damiens est incroyable de retenue, comme il exprime bien ses émotions du dedans.

                                                           Ôtez-moi D'un Doute : Photo André Wilms, François Damiens

    Une question sur les scènes marquantes nous amène à parler des accolades, bienvenues lorsque les mots manquent. Il y en a plusieurs, entre un fils et son père, entre un père et sa fille.

    - Le contact physique est plus facile entre une mère et son fils qu’entre un père et sa fille, non ?

    Du coup, une épouse rappelle à son mari, une longue étreinte entre lui et son fils. Le père avait oublié… Un autre témoignage raconte les retrouvailles d’un ami perdu de longue vue. « Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre à un enterrement.»

    Silence.

    - Je vais conseiller à ma mère d’aller voir le film. Cela m’a fait repenser à la place du père.

    - C’est vrai, la réalisatrice met les pères (les hommes) à l’honneur alors que d’habitude, ce sont les femmes qui ont le beau rôle.

                                                                 Ôtez-moi D'un Doute : Photo Alice de Lencquesaing, François Damiens

    Chacun souligne la pudeur de la réalisatrice et son souci du détail symbolique, visible fugacement à l’arrière-plan, comme le nom du bateau du père (1) d’Erwan : Brave cœur.Carine Tardieu place aussi un personnage lunaire dans le tableau de la famille. Didier compose un stagiaire démineur  détonnant, faisant penser à Pierre Richard à ses débuts. Des sujets graves sont abordés avec légèreté, sur une partition musicale très pensée. Concerto pour mandoline de Vivaldi, Ma fille, de Serge Reggiani, Papageno de Mozart et la composition originale d’Éric Slabiak scandent délicatement  les  tournants de vie d’un récit pétri d’affection.

    - Alors, comment cataloguer ce film humaniste, qui fait tant de bien ?

    -Non, ce n’est pas une comédie. Les relations avec le père sont poignantes.

    -Une comédie dramatique ?

    -Non, ce n’est pas dramatique, grâce  à l’humour.

                                                           Ôtez-moi D'un Doute : Photo Estéban

    Qu’importe la classification Une certitude, c’était une belle soirée. Nul doute : Ôtez-moi d’un doute est promis à un grand succès de foule. On en redemande.

     

    Suggestion

    Une lectrice enthousiaste de mon ouvrage précédent donne un concert cinéphile le 23 septembre prochain, à 19h.. Karine Abitbol a choisi la scène pour exprimer son amour du cinéma. Elle chante, raconte et dialogue avec son pianiste. À son invite, j’aurai le plaisir de parler des ciné-clubs sur le pouce, de la ciné-narration et de mon prochain livre en prélude à son spectacle  Les couples légendaires, au bar du théâtre Clavel, à partir de 17h30.  


  • Commentaires

    1
    grxfrn
    Lundi 11 Septembre à 12:36

    Bonjour Patrice,

    Que dire de plus....tout est si bien analysé, résumé.

    Le film me trotte encore dans la tête.

    Belle journée.

    Francis

                                                                                                                                                         

      • Lundi 11 Septembre à 14:55

        Merci. On remet un verre quand tu veux.

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