• Quatre cent coups

     

    Comme des rois : Affiche

     

    Après L'Amérique d'en bas, je me suis immergé dans la France à la lisière de la banlieue et de la classe moyenne inférieure. J’ai vu les cités, les jardins ouvriers, les lotissements pavillonnaires et les zones industrielles la nuit. Joseph et son fils Micka évoluent dans cette arrière-cour du Français moyen. Ce dernier est méfiant et près de ses sous. Les escrocs au petit pied souffrent. L’arnaque au porte-à-porte scelle la marque de famille, de génération en génération. Père et fils agissent en duo. Joseph école son rejeton avec maladresse. Il lui « parle tellement mal » que Micka veut se faire la malle. Il rêve d’être comédien mais n’a pas une tune pour financer son projet. Alors, il continue plus ou moins l’équipe avec son mentor.

                                                         Comme des rois : Photo Kacey Mottet Klein

    Joseph roule les gens pour le loyer, Micka roule pour changer de pièce. La mère tient crèche au sixième. Quinze euros la journée ou forfait de douze euros si garde prolongée. La grand-mère de Micka partage l’espace confiné ainsi que sa sœur, bonne qu’à faire des enfants. Elle attend son deuxième garçon et le père qui va avec. Comme des rois (9 mai) déroule une cour de l’embrouille/débrouille avec légèreté et tendresse. Xabi Molia dépeint une France méconnue, tirant le diable par la queue, désespérée au point de s’aventurer dans des plans qui donnent froid dans le dos. Ce petit monde au bord de la marge a peu d’alternative : virer délinquant léger ou vivoter au jour le jour. Les nouveaux propriétaires (du cru) recrutent des sbires violents (immigrés de la troisième génération) avec les mauvais payeurs (de bonne et de mauvaise foi). Une nouvelle hiérarchie sociale s’établit sur le schéma classique des petits possédants et des exploités, sous la loi inique du chacun pour soi. Cette comédie sociale, un tantinet dramatique, n’a qu’un défaut, celui de trop peu creuser les sillons tracés au pays de la France d’en bas.

     

                                                                     John Callahan se plaît à décrire sa mère en citant trois choses qu’il sait d’elle : « elle est irlando-américaine, elle est rousse et elle est enseignante.» Après un silence, il ajoute, « ah oui, elle m’a aussi abandonné quand j’étais bébé, cela fait quatre choses, en fait.» John ne s’est jamais remis de ce vide affectif originel. Il a commencé à boire à treize ans et ne s’est plus arrêté avant qu’une main invisible ne lui tape sur l’épaule dans son fauteuil roulant. C’est à ce moment qu’il commence à caricaturer son univers et qu’il fréquente assidûment un groupe d’Alcooliques Anonymes. Il devient un cartoonist renommé et une figure respectable de Portland, Oregon. Gus Van Sant raconte cette histoire vraie (18 avril) qu’il avait envie de porter à l’écran depuis vingt ans. Il décrit par le menu les douze étapes aboutissant à la désintoxication. Il insiste également sur l’importance du lien maternel. John a dessiné un grand portrait fictif de sa mère telle qu’il l’imagine, collé au mur de son salon. La narration suit une chronologie bousculée, articulée sur une conférence donnée par Callahan devant un auditoire comble. J'ai apprécié l'apparition émouvante d'Annu, compagne épisodique de John, dans un aréopage très masculin.  Quand on sort de l’alcool, on est bien content de vivre une vie plan-plan, d’être comme tout le monde. Il semble plus compliqué de sortir de l’arnaque pour survivre. Comme tout le monde, comme des rois, à vous de choisir.

                                                                   Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot : Photo Joaquin Phoenix, Jonah Hill

     

    Cet article bipôle est le quatre centième de Cinémoitheque. C’est dit, je n’irai pas au-delà de quatre cent quatre. Le programme final est arrêté : Sans bruit, Everybody Knows, Les bienheureux  (soit 404 films narrés) + deux ouvrages, Le cinéma en héritage et Va où il est impossible d’aller. La clôture de votre blog ciné-narratif coïncidera avec son quatrième anniversaire, date à laquelle normalement vingt-quatre mille visiteurs auront consulté ou lu soixante-et une mille pages de récits imagés. Le compte a bon dos rond.

     

     

     

     

     

     

     

     


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