• Quarte Diem

     

     

              

    Continuer à vivre sur le tard, oui, mais comment ? Quatre films posent directement ou indirectement cette question cruciale. Je les réunis dans une chronique en pointant des points communs entre des films inégaux, la plupart déjà sortis en France et sur le point d’apparaître en Belgique. Ils parlent de vieillir, du sens de la vie, des valeurs et d’amour. Les histoires mettent en présence des duos aux tempéraments opposés.


    Je commence par l’inédit sur les écrans belges et français, Des nouvelles de la planète Mars (le 9 mars), qualifié par son réalisateur de « comédie existentielle». Le héros a quarante-neuf ans, s’appelle Philippe Mars et fête son anniversaire dans l’indifférence générale. Philippe est raisonnable, modéré, patient, serviable, complètement dépassé.

                                                                          Des nouvelles de la planète Mars : Photo François Damiens

    Sa  bûcheuse de fille traite de perdant. Elle étudie pour devenir une gagnante, « gagner un max de fric et se payer ainsi tout ce qu’elle veut.» Son frère est plus dilettante mais complètement investi dans la cause végétarienne. Il aimerait un père plus attentionné avec ses enfants.


    Philippe est immobile. Il rêve d’apesanteur, dégagé de son ennui policé envers la vie. Un collègue le sort de sa torpeur.

                                                                                                                                             Des nouvelles de la planète Mars : Photo François Damiens, Vincent Macaigne

    Jérôme démolit son PC professionnel au hachoir avant de trancher l’oreille de Philippe. Jérôme, interné, s’évade et demande asile à son souffre-douleur. Je vous l’ai dit, Philippe est serviable, il héberge Jérôme qui se révèle un terrible à gratter sur l’épiderme lisse de son ex partenaire de travail. Une comédie sympathique, onirique et gentiment contestataire qui peine à s’emballer.


    «L’époque n’est pas facile pour avoir confiance en l’avenir.» dit Philippe. Pierre ne dessine aucun avenir dans Le grand jeu (16 décembre en France, 9 mars en Belgique). «Je suis un écrivain posthume de son vivant.» Pierre a écrit un roman d’apprentissage voici quinze ans et depuis il végète.

                                                                                   Le Grand jeu : Photo Melvil Poupaud Il a pris ses distances avec l’extrême gauche de sa jeunesse. Les fonds commencent à manquer. Il accepte l’étrange proposition de Joseph, vieux charmeur énigmatique dont le métier est «de rendre des services». Son champ d’action : la politique.

    Le Grand jeu : Photo André Dussollier Il façonne l’espace public, monte des coups, notamment anéantir le ministre de l’Intérieur.


    Ni Joseph, ni Pierre ne nourrissent encore la moindre illusion. Joseph joue une vengeance sur un ultime coup de bluff. Pierre s’interroge sur la suite à quarante ans. Sa génération n’a produit ni utopie réelle, ni même de base à un combat durable. «Vous vivez comme s’il n’y avait personne devant vous, s'étonne un vieux soixante-huitard, face aux jeunes rebelles réunis dans une ferme communautaire. Vous attendez passivement que la société de consommation s’effondre.» Ce premier long-métrage esquisse de nombreux thèmes et n’en développe aucun. Moi qui ai toujours de l’appétit pour les polars politiques, je suis resté sur ma faim.


    Randonneurs amateurs (2 mars en Belgique, 13 janvier en France) prône le retour à la nature comme remède à la déprime ante mortem. Bryson en a marre d’enterrer ses amis et des conversations t’as mal où. L’écrivain naturaliste congédie la routine en se

    mettant en tête d’accomplir les 3500 km de l'Appalachian trail. Randonneurs Amateurs : Photo Nick Nolte, Robert Redford L’aventure commence avec son vieux pote Katz qu’il n’a plus vu depuis perpète. Bryson et Katz, c’est marier l’eau et le feu. Katz a dragué et picolé la première moitié de sa vie et gâché la deuxième. Bryson est doré sur tranche, exemple de réussite sociale, professionnelle et conjugale.

    Randonneurs Amateurs : Photo Nick Nolte, Robert Redford Le duo Redford/Nolte avance vaille que vaille, ressasse le passé, solde des comptes amicaux. J’ai marché un peu, attendri par ce duo de légende, partageant ses derniers feux de la rampe.


    "Ma question était : comment vit-on le temps qui nous reste à vivre ? Je ne prône pas le chaos, mais l’amour, et je pense que ce qu’il reste à vivre, il faut le vivre pleinement, et en toute humanité. Je voulais arriver à parler de ça, y intégrer Dieu, quelque chose de très complexe en somme."

    Bouli Lanners parle de son quatrième film (belge primé doublement à Berlin) sorti en France le 13 janvier, attendu sur sa terre natale le 24 février. Les premiers, les Derniers est à la fois crépusculaire et porteur d’espoir, western moderne métaphysique. "C’est normal d’avoir peur, rassure Jésus, tout le monde a peur."

    Gilou a un coup de mou. « Je suis plus jeune que toi et j’ai l’air plus vieux.»                                                                                              Cochise, son éternel complice lui reproche de « tirer la gueule tout le temps.»

    L'anxieux tombe sur un cadavre abandonné. Son moral remonte après l’avoir enterré dans les règles. Max Von Sydow est parfait en croque-mort. «Voici ce qu’a dit le premier et le dernier : j’étais mort et je suis revenu à la vie», prière prononcée par un tenancier

    séculaire de motel désert et jardinier invétéré.  Les Premiers les Derniers, Michael Lonsdale, Max von Sydow © Kris ... Gilou cherche un sens.

    "Pourquoi vous continuez à vous occuper de cet hôtel?"

    Pourquoi le tandem protège ce jeune couple en cavale ? "Parce qu’on n'est plus comme avant."


    Bouli charrue l’humanité à larges sillons chaleureux, semant une spiritualité inattendue chez le cinéaste pétri de fraternité terrienne.
    J’ai vu ces quatre films hier et bien avant. Les deux premiers visionnés attendaient patiemment les deux suivants pour que je les réunisse dans un quatuor né d’une association d’idées singulièrement inspirée.

     

     

     


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