• Quand Cannes

     

                                     

     

                                    Je manque de bons films. Le désir ne naît pas du manque, il émane de la puissance d’être.

    Le désir est l’essence même de l’homme en tant qu’on la conçoit déterminée, par suite d’une quelconque affection d’elle-même, à faire quelque chose. (Éthique, Spinoza).

    2018 : Jean-Paul Belmondo embrasse Anna Karina dans "Pierrot le fou"

                                                                      Je n’ai point assez de désir de cinéma pour me contenter de seconds choix. Mais j’aime toujours décrire ce qui me passe par la tête à propos d’un art que j’affectionne depuis ma plus tendre enfance. Ce soir, commence le 71è Festival de Cannes, le mardi au lieu du mercredi. Je me souviens des panneaux géants de Cent mille dollars au soleil en compétition en 1964. Cette année-là, Les parapluies de Cherbourg triomphe. J’avais neuf ans. Nous étions en vacances juste après la clôture du festival. Les reliefs de quinze jours de folie étaient encore visibles ici et là, notamment ces affiches  immenses à la devanture des palaces, souvent à la gloire d’Hollywood.

    Mai 2018, la Croisette est morne, selon les premiers échos. Le cinéma américain brille par son absence, les stars boudent le tapis rouge désormais interdit de selfies. Les producteurs américains réservent leurs poulains pour les Oscars. Ils craignent les mauvaises critiques dopées aux réseaux sociaux. D’ailleurs, deuxième nouveauté cannoise, les projections de presse auront lieu en même temps que les séances officielles, voire le lendemain, de manière éviter la mauvaise presse des visions préalables. L’industrie est satisfaite au détriment de la controverse, qui fait le charme d’un festival.  

    Cannes innove encore en sélectionnant neuf cinéastes jamais invités et peu de noms connus. Le changement avait débuté en coulisses lors de la réélection du conseil d’administration. Gilles Jacob, ancien délégué général 1978-2000) et ex-président du Festival (2001-14) a été évincé. Il se console en publiant un Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes, recueil de moments inoubliables, de portraits de stars, d’anecdotes. 816 pages de mémoire vivante, contrepoint du livre de son successeur, Thierry Frémaux, publié l'an dernier.

                                                        Affiche cinéma originale 1964.Cent mille dollars au soleil.Belmondo,Lino Ventura

    Gilles Jacob commente indirectement les changements de cap festivalier. Il rappelle qu’en 2004 et 2005, le Festival avait déjà été avancé d’un jour. L’expérience  a été abandonnée.Il est sceptique sur la suppression des projections de presse spécifiques. «Cannes est un festival de médias. Le média est le lien organique entre la création et le public. Sans la critique qui éduque et forme le goût, l’art ne peut progresser », confie-t-il au Nouvel Observateur (n°2791, 3 mai). À quatre-vingt-sept ans, ses opinions sont tranchées.

    Le délégué général aux commandes de cette édition novatrice expose, lui, sa philosophie dans un entretien accordé à Cineuropa. Cannes s’attache à montrer comment le cinéma évolue dans un contexte où il ne domine plus le monde des images. « Et là, il est tout aussi passionnant. Comment exister en plein âge d’or des séries ? A l’époque des petits formats sur le Web ? A l’époque des plateformes internet ? Le cinéma y parvient et, cette sélection le prouve, renait d’une certaine manière.» Et de mettre en garde «Le cinéma est en danger, concurrencé par des séries bien réalisées. La jeune génération a d’autres supports pour regarder les images. Mais c’est la recherche de la variété qui permet de se définir une culture.»                                           

     

                                                      

    Me voici au terme de ce billet sans avoir raconté mes impressions de films. Mais j’ai respecté ma tradition d’évoquer Cannes à distance. L’appétit d’écrire et de dire était manifeste,

    Cet appétit de vivre, ce qui peut se résumer en un mot : le désir, comme le proclamait Clément Rosset, philosophe décédé récemment.

    En attendant de reprendre le chemin des salles, je cultive le désir de voir Everybody Knows (16 mai), projeté en ouverture du Festival ce soir,  Sans bruit (9 mai), film d’épouvante, Les Bienheureux, chronique de l’Algérie après la guerre civile (9mai). J’espère  un tiercé gagnant, sinon…   

     

     

     

     


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