• Pulsions arabes

     

     

                            Un divan à Tunis : Affiche

                                                                                                Parler.

                                                                                                Les Tunisiens ont besoin de parler après le Printemps arabe. Ils cherchent des repères dans leur nouvelle liberté. Ils sont prêts à payer la française psychanalyste qui installe son divan sur la terrasse d’un cousin. Selma ne parle pas des raisons de son retour au bled. Elle ne sait pas exactement pourquoi elle a éprouvé le besoin de revenir dans son pays natal quitté à dix ans.

    Seule certitude, Selma est courageuse et déterminée. La psychanalyse en pays arabe, c’est comme un cheveu dans le couscous, complètement incongru tant les codes diffèrent de l’Europe. Allah et le fatalisme suffisent à guider les pas des croyants. N’empêche, une belle file serpente devant le cabinet de Selma. Les rapports avec la mère, la paranoïa, les obsessions, le refoulement d’émotions, l’orientation sexuelle, les symptômes sont pareils à Tunis et à Paris.

                                                        Un divan à Tunis : Photo Hichem Yacoubi

    Si les patients se bousculent, les autorités renâclent. Selma entame le parcours de la combattante pour obtenir l’autorisation d’exercer. Elle a cru pouvoir contourner la loi. Elle paraît arrogante au point d’être taxée de "crâneuse post-coloniale". Il y a des règles qu’un policier, même sous le charme, entend faire respecter dans une jeune démocratie. « Vous comprenez mon point de vue… » En arabe, on se tutoie, en français, on se vouvoie. Idem sur le divan.

                                                      Un divan à Tunis : Photo Golshifteh Farahani

    Manele Labidi sonde un peuple déboussolé sur l’air de la comédie. Les chansons d'Un divan à Tunis rendent hommage à la comédie italienne. Un imam dépressif ressemble fort à Woody Allen. La réalisatrice franco-tunisienne signe un premier film à la fois inabouti et attachant. Elle doit beaucoup à Golshifteh Farahani, actrice iranienne en exil. La cinéaste et son interprète ont le même âge et se dépatouillent entre plusieurs cultures. L'artiste a été interdite dans son pays après avoir joué dans une grosse production américaine. Elle a quitté l’Iran en douce, vit maintenant en France. Elle présente des points communs avec son personnage.

    Par association libre, chère à papa Freud, le nom de Chahdortt Djavann revient à ma mémoire. Arrivée en France via Istanbul et Sofia, la jeune iranienne entame une psychanalyse après une tentative de suicide. Elle ne parle pas un mot de français, langue qu’elle apprend en lisant un dictionnaire et des manuels scolaires. La fugitive évoque son  parcours dans deux romans autobiographiques, Je ne suis pas celle que je suis et La dernière séance. "Faire une psychanalyse, c’est envoyer quelqu’un au fin fond de son enfer", écrit-elle. Selma, elle, parle d’un voyage en soi, qui ouvre des portes.

    Un divan à Tunis : Photo Golshifteh Farahani

    Dans son dictionnaire amoureux de la psychanalyse, Élisabeth Roudinesco nous apprend qu’une patiente a offert à Freud le premier divan de l’histoire de la psychanalyse. C’était un canapé d’Orient, un lit très court orné de tapis et de coussins. Le mot divan est d’ailleurs d’origine orientale. Il désigne une salle garnie de coussins et d’un sofa où se réunissait le conseil du sultan de Turquie. En Orient, le divan (Diwan) est aussi un recueil de poésies.

    Le divan permet d’échapper au regard de l’analyste. Freud était assis derrière le patient allongé. L’analysant dit ainsi tout ce qui lui vient à l’esprit. Ce dispositif (tombé en désuétude) facilite l’accès à l’imaginaire, au rêve, au fantasme. Selma voit ses patients en face à face. Elle est dénoncée à la police parce qu’elle reçoit des hommes chez elle pour causer de sexe. "Sexe égale prison".

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Le divan de Freud au Freud Museum de Londres.

     Psychoanalytic Couch

                                                                                      Il est cinq heures du mat’. Réveillé en pleine nuit, j’ai commencé à construire l’article que je comptais publier dans la journée. Engrenage fatal. Impossible de me rendormir. Et si j’oubliais l’enchaînement apparu. Donc passage à l’acte. Je devrais peut-être consulter et parler de cette pulsion d’écriture nocturne…

     

     

     

     


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