• Pt'être ben que oui, pt'être ben que non

     

     

    Tant qu’à plonger dans le terroir français, je préfère la Normandie nue au Bouzolle des Tuche. Je serre la paluche aux 3.6 millions de Français qui ont fait la file en deux semaines et je vais voir ailleurs. Le troisième volet de la saga dépassera probablement les cinq millions d’entrées, en deçà des attentes suscitées après les 4.4 millions de l’épisode précédent. La famille aux fringues bariolées s’est calmée  la deuxième semaine (1.3 million) après un départ tonitruant à 2.3 millions de spectateurs. En comparaison, Bienvenue chez les Ch’tis avait démarré gentiment à 550.000 en février 2008 puis avait rallié 3.8 millions de fans en deuxième semaine pour culminer à plus de vingt millions d’entrées  sept mois après.

     

    Normandie Nue : Photo François Cluzet

    Les ambitions de Normandie nue (24 janvier) sont plus modestes. Le sourire déride moins que le rire gras, surtout en ces périodes moroses, chiche en  films comiques. J’attends d’ailleurs La Ch’tite famille (28 février) avec impatience et curiosité. La Normandie donc, plus exactement au Mêle sur Sarthe, dans le Perche. Le village compte six cents âmes, une grand’rue, une église, un monument aux morts et c’est tout. Chloé, la fille d’un couple de parisiens, ronge son frein. Ses parents ont renié la grande ville, séduits par une cure de chlorophylle et des idéaux écolos. Donc Chloé exagère. Au Mêle, il y a aussi une boucherie, une boulangerie et un pharmacien. Et le maire, combatif en diable, défenseur acharné des éleveurs du coin, qui tirent le taureau par la queue. Le monde paysan a beau bloquer les nationales, il décroche à peine deux minutes au journal de France 3, édition régionale de Basse-Normandie.  

     

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    Comment attirer l’attention des décideurs ? En posant nus dans le Champ Follet, pardi. Un célèbre photographe américain a pris cette belle verte en amour. Il rêve d’y planter deux cents villageois en tenue d’Adam et Ève au petit matin. Il y a ceux qui sont pour, il y a ceux qui sont contre.

                            « Les américains ont chassé les boches mais ils n’auront pas les Normands à poil. »

    Balbuzard, le maire, se démène. Il voit le graal au bout du champ et court à tout bout de champ afin de convaincre les récalcitrants, notamment le prétendu proprio du champ, fusil à la main. Les campagnards sont pudiques. « Même en été, le Normand garde son pull.» Philippe Le Guay esquisse de nombreux arrière-plans à la grande discussion sur To be naked or not. Ça fleure bon le terroir et les bocages embrumés sont magnifiques à l’aube. La crise agricole, les pesticides, l’endettement sont évoqués sommairement, seul importe le projet commun de sauver ce petit village d’irréductibles. Quoi de plus mobilisateur qu’une utopie collective…

                         Normandie Nue : Photo Grégory Gadebois               Normandie Nue : Photo Grégory Gadebois                                                                 

    L’idée de poser nu pour revaloriser le monde agricole remonte à 2012 lorsqu’une vingtaine de jeunes exploitants du Rhône ont composé des tableaux bucoliques dans le plus simple appareil. Le calendrier a connu un vif succès au point de créer des émules en Belgique l’an dernier. Les membres de l'Agricovert ont tombé la salopette, donnant ainsi une image plus glamour et moderne de leur activité. Nulle honte à cultiver légumes et fruits bio, proclament-ils.

    Les éleveurs de Normandie nue n’ont rien de bio. Ils défendent la viande sanguine du cru, même si elle est cancérigène, comme l’affirme une enquête diffusée sur France 2. Ce reportage iconoclaste met le feu aux vêtements. La suite à l’écran, dans la file des 500.000 supporters déjà conquis par label Normande.

     


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