• Proud Lady

     

     

    Jacqueline Kennedy en 1961. 1961                                               http://www.monsieurvintage.com/photos/2016/12/jackie-affiche-336x456.jpg (1er février)

    Jacqueline Onassis est enterrée le 23 mai 1994 aux côtés de son premier époux John Fitzgerald Kennedy et de leurs enfants, Arabella et Patrick, mort-nés. Jackie est à sa juste place, celle qui lui a été arrachée ce jour funeste de novembre 1963, lorsque le trente-cinquième président des États-Unis est assassiné d’une balle dans la tête. Le sang gicle sur le tailleur rose de son épouse à ses côtés dans la voiture décapotable. On peut voir la femme éplorée tenir la tête de son mari afin de « maintenir le cerveau en place. » La first Lady garde ses vêtements maculés de rouge jusqu’à son retour à Washington. Elle arpente mécaniquement les couloirs de la  Maison-Blanche, assaillie de  pensées disparates. Jackie doit penser aux funérailles, imaginer son déménagement (le nouveau président doit prendre possession des lieux) parler à Caroline et John, leurs enfants, et composer avec un chagrin immense.

    Le destin de Jackie a basculé en une seconde. Son beau-frère Bobby Kennedy exprime dépit et frustration. « Qu’allons-nous laisser dans l’histoire, la crise de la baie des cochons et c’est tout. On aurait pu faire tellement de grandes choses. » Jackie veut marquer les esprits, à la fois pour elle-même et pour la postérité. Elle impose des funérailles à l’ancienne, avec cortège à pied et dépouille posée sur le même catafalque que celui qui avait accueilli le corps d’Abraham Lincoln, assassiné lui aussi en 1865.

             

    Elle perpétue une image de First Lady populaire et très photographiée. Jackie perçoit l’impact de la télévision naissante ; elle avait déjà ouvert les portes de la Maison-Blanche au petit écran, transparence reproduite en noir et blanc dans le film. Ces préoccupations historiques et matérielles n’éludent nullement les interrogations métaphysiques de la jeune catholique. Elle cherche un sens à la mort prématurée d’un homme d’État. Jackie interpelle un prêtre blanchi sous le harnais. Le confident exprime ses doutes raisonnés.

    « Des questions restent ouvertes à jamais. On peut accepter de ne pas avoir de réponses ou se suicider. Le mieux est peut-être de ne plus chercher à savoir. Quand je me couche, seul dans l’obscurité, je me demande ce qu’il y a après. Et le matin, un nouveau jour commence, et la vie repart ».

                                                                   

    La gouvernante de Jackie insiste. « Vous êtes jeune, belle, à trente-quatre ans, vous pouvez refaire votre vie. » « Ne me dis pas ça maintenant,» souffle Jackie, inquiète d’un avenir incertain. Comment ne pas sombrer dans l’anonymat, après avoir été au faîte de la gloire ? En convainquant un journaliste circonspect du magazine Life de la laisser réécrire des passages du long entretien concédé quelques jours après les obsèques suivies par un million de personnes présentes sur le parcours du cortège funéraire. Le cran et la détermination de l’ex-première dame ont frappé une fois encore.

    Pablo Larraín esquisse un portrait contrasté d’une icône des années soixante.              Une musique stridente, presque désaccordée souligne trop le rêve brisé. Natalie Portman n’en rajoute pas. Son interprétation (Oscar en vue) donne force et grandeur à une page d’histoire probablement méconnue, tournée voici un demi-siècle. Ce drame a endeuillé les chaumières du monde entier. C’était l’époque des grandes statures politiques, un temps exaltant dont le cycle tarde à reprendre.

     

       

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :