• Prémonitoire

     

    N.B. Joker est l'ennemi attitré de Batman. Le film raconte la genèse d'un maître ès crime, psychopathe sur les bords. Le héros malfaisant est apparu dans les comics (bandes dessinées américaines) en 1940.

     

                                                                                 Joker : Photo Joaquin Phoenix

    Deux séquences marquantes d’un film terrifiant.

    Le Joker dévale un escalier monumental à la limite de la rupture d’équilibre. Aïe, il va tomber. Non, il reprend pied à la dernière seconde. Idem dans une course poursuite derrière une bande de gamins qui lui ont fauché sa pancarte de clown. Il court à perdre haleine et vire au dernier moment dans une impasse, manquant s’étaler de tout son long.    

                                         Joker : Photo Joaquin Phoenix                           

    Joaquin Phoenix joue sur le fil du rasoir tant son interprétation risque de sombrer sur le champ dans le cabotinage. L’acteur abonné aux rôles de marginaux évite le piège avec une maestria sidérante. Le Joker exprime tour à tour, la rage, la douceur, la tristesse, la démence. Il maudit son sort d’enfant abandonné, maltraité, rivé au chevet de sa mère malade. Leur appartement est miteux, niché dans un quartier délabré, loin des belles demeures de nantis. Toutefois, Arthur Fleck (il n’a jamais aimé son nom) nourrit toujours l’espoir d’être une gloire du comique de stand-up. Ce rêve le maintient debout à moins qu’une quinte de rire grinçant ne ruine ses rares auditions. Arthur souffre d’une maladie qui le fait rire à contretemps. Ce qui ne fait rire personne.

    Todd Phillips dépeint un monde dual où les laissés pour compte n’ont pas voix au chapitre. Et même, s’ils donnent de la voix, les riches les ignorent avant de les réprimer s’ils descendent dans la rue. Sois friqué ou crève. Arthur n’a jamais un moment de bonheur depuis sa naissance. Il a l’impression de ne pas exister. Personne ne l’écoute. Il était mieux en asile psychiatrique parmi ceux qui n’ont plus leur place dehors.

                                        Joker : Photo Joaquin Phoenix

    Son ressentiment grandit, explose à une heure de grande audience. C’est le départ d’une identité bâtie sur la frustration et la revanche. Le magistral Joaquin Phoenix donne chair à une vision noire de notre société, habillée d’une mise en scène brillante à force d’être discrète dans l’ombre inquiétante du Farceur.

    J’ai hésité longuement à rencontrer le Joker. Je redoutais la noirceur et la violence. Il y a effectivement trois scènes très dures. Le climat général est oppressant. Mais l’affliction profonde d’Arthur –celle des plus démunis-vous remue encore plus les tripes.

    Joker : Photo Joaquin Phoenix

                                                                                            Notre société tape à l’œil ignore le flot grandissant des indigents. La sécurité sociale donne le change. Je crains le pire si la digue sociale continue à craqueler (cfr Liban, Algérie, Chili, Hong Kong) les gilets jaunes français...). Des émeutes aux États-Unis à la sortie du film. L'insurrection guette. Déjà 3 millions de spectateurs en France sur deux semaines. Je conseille à nos gouvernants d'aller au cinéma ou de relire L'éloge du conflit de Miguel Benasayag

    …Il est plus facile d’adopter la logique de l’affrontement que celle du conflit, mais plus simple d’adopter la logique du conflit que celle de l’affrontement.

    Car la simplicité a partie liée avec les processus réels, contradictoires, tandis que la facilité a partie liée avec les identités et les certitudes vers lesquelles une absence de courage, une certaine paresse nous conduisent volontiers.

    Dans la logique de l’affrontement, en effet, les identités sont bien distribuées et nous nous contentons de subir les effets ou de réagir à la partie adverse.

    Alors que dans la logique du conflit, il nous faut prendre des risques, agir, inventer les hypothèses et les modes d’action par lesquels nous pourrons répondre aux défis de la situation (page 100).

     

                                      Le mouvement ER s’inscrit parfaitement dans cette logique, non... 

                                                                             JOKER ?

     


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