• Premiers graves

                                         

                                              Prochain atelier  Cinémouvance, le 24 octobre, cliquez ICI 

     

     

    Un premier film comme un premier roman puise souvent son inspiration dans la vie de l’auteur. Souvenirs d’enfance, crise identitaire de l’adolescence, désacralisation de la famille, peurs ancrées, tous ces thèmes traversent les huit premiers longs-métrages visionnés au FIFF ce weekend.


    Grave et sombre, avec quelques éclaircies, la météo du jeune cinéma est assez tristounette, jamais insipide. Préjudice sort le 7 octobre sur en Belgique et le 27 janvier en France.

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    Antoine Cuypers s’appuie sur des acteurs investis (Nathalie Baye en tête)  qui tiennent la dissection pesante d’un malaise familial larvé. Les influences nordiques sont nettes, Michael Haneke et Festen, une caméra cinéma clinique, à l’œilleton dérangeant. Un essai intéressant, mais trop chargé, long et théâtral.


    Je suis beaucoup plus enthousiaste pour la patte sociale de Je suis un soldat (le 18.11 en BEL et en FR). La métamorphose physique de Louise Bourgoin en impose.

    Je suis un soldat : Photo Louise Bourgoin Cheveux courts, corps caché sous sa salopette de gardienne de chenil, taciturne, lasse, la belle Louise impressionne dans une composition sèche et laconique.Laurent Larivière sensibilise au trafic des chiots achetés à l’est et vendu à Roubaix sous le manteau. Sandrine, trente ans, accepte de travailler avec son oncle parce qu’elle en a marre de galérer à la recherche d’un emploi introuvable. Elle n’a plus d’argent, ni de logement, elle retourne chez sa mère. La réalisation, sans fioritures, montre le combat pour garder un minimum de dignité humaine lorsqu’on est aux abois. Je suis un soldat résonne avec La loi du marché, en disant une misère sociale qui se tait dans toutes les langues.  Après trois ans d'éclipse, Jean-Hugues Anglade   revient au grand écran dans un personnage ingrat.

                                                                                                                                            Je suis un soldat : Photo Jean-Hugues Anglade

     
    KeeperLumea e a mea,  et Le bruit des arbres suivent des adolescents qui se cognent à la vie, qui dérivent, faute d’assise familiale et de perspectives. Maxime et Mélanie attendent un bébé à quinze ans, Jérémie glande dans l’ombre

    d’un père entrepreneur forestier au Québec,

    Maud veut tout et tout de suite à seize ans, coincée dans une petite ville balnéaire roumaine. Elle expose son corps, elle explose son

    entourage et dynamite son angoisse. 

    Ces jeunes pousses connaissent des sorts divers. Jérémie prend son indépendance et s’affirme loin du père. Mélanie cède le relais aux institutions, Maud sombre dans les cauchemars. Les adultes ignorent les appels à l’aide et leur progéniture erre dans un monde sans limites, dénué de sens. Internet, les réseaux sociaux, l’accès précoce à la sexualité via l’éducation fallacieuse du porno en ligne, dénaturent leur vision de la vie adulte. Ils croient tout savoir et connaissent si peu. Et donc ils s’illusionnent, se laisse griser par l’autonomie prématurée vantée par les marchands. Témoin, cette publicité d’une banque pour une carte de crédit 18-25 ans, avec ce slogan « il y a des achats qui ne peuvent pas attendre la carte de papa.»


                                        Marre de cette société qui incite constamment à brûler les étapes.


    Il est urgent de ralentir et de renouer avec une progressivité des âges respectant la succession logique d’apprentissages qui mènent au stade adulte.La famille stable demeure un pilier essentiel de la fondation existentielle.

    Paul à Québec chante les vertus du clan uni autour du patriarche mourant. Une petite-fille emporte l’esprit du grand-père et prolonge

    Paul à Québecl'âme du défunt.                                         

    Un film paisible, inspiré d’une bande dessinée vendue à cent mille exemplaires au Québec. Les joies simples de la vie, naissances, repas de famille, achat d’une maison. Ça à l’air neu-neu mais ça adoucit les tourments de trop de films déprimants, reflets d’une époque déboussolée.


    Le cinéma québecois donne chaud au cœur. Il célèbre souvent le lien profond entre l’homme et la nature. Une nature rude, âpre, tellement belle dans sa simplicité.

    LESLOUPS_affiche_287px-216px Les loups ont entretenu une émotion diffuse durant la projection. Il me semblait reconnaître les Iles de la Madeleine. J’y ai passé une semaine merveilleuse à la fin septembre voici quelques années. Nous nous croyions au bout du monde, dans le golfe du Saint Laurent. Sophie Deraspe y allait petite, l’été. Cette fois, elle a tourné l’hiver, je lui laisse la parole.


    « Je voulais faire le portrait de cette communauté alors qu’elle est davantage isolée et qu’elle doit s’armer pour protéger son environnement. Bien que magnifique, la nature n’est pas toujours accueillante. Ce grandiose est parfois très menaçant. Le travail en mer demeure l’une des activités les plus dangereuses au monde.

     

     


    J’avais envie de filmer ce rapp

     

                                                    J’avais envie de filmer ce rapport à la vie et à la mort, rapport que connaissent intrinsèquement les êtres vivant pleinement avec la nature. Je voulais raconter une histoire dans laquelle des gens, qui vivent en meute, qui chassent, qui vont chercher eux-mêmes ce qu’ils mettent dans leur assiette, qui se protègent, qui donnent la vie comme ils la prennent… Ils ont eux-mêmes la nature, à la fois généreuse et menaçante."


    Une intruse se glisse dans la meute repliée sur elle-même.

    On la prend pour ce qu’elle n’est pas, une militante contre la chasse au loup marin (blanchon). Élie veut juste savoir d’où elle vient. Elle traque son père. Le père manquant, maladroit ou dépassé, voilà trente ans que je le croise dans le cinéma de nos cousins d’Amérique.


    Voilà trente ans aussi que j’attends une distribution régulière de la cinématographie québecoise, si riche, si humaine et si rare sur nos écrans. Le FIFF, jusqu'au 9 octobre à Namur.

     

                      Île d'Entrée


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