• Potins estivaux

     

     

    Comme les alcooliques anonymes, j’ai été un cinéphile abstinent. Je suis sobre depuis trois semaines. Un creux dans les sorties et des vacances à l’étranger m’ont tenu à l’écart des salles obscures. Mes yeux ont couvé le soleil, le ressac tumultueux de l’océan et le calme immuable des monastères. Le voyage fut riche en rencontres, mais les conversations ont rarement abordé le cinéma. Sauf une fois, avec un couple français, habitué de la salle Art et Essai d'Oyonnax, dans le Jura. Une mini-ciné-narration (thème de mon prochain livre à paraître en octobre prochain) a pris du relief sur la façon de vivre une séance.

    - Moi, je regarde les films de façon très émotionnelle. Qu’est-ce que j’ai pleuré en voyant Mommy, dit-elle avec un léger tremblement dans la voix.

    L’émotion est toujours là ; rémanence de proximité. Absence de contagion émotionnelle chez le mari. Il préfère les films d’action bien ficelés. Nous voici embarqués dans l’évocation de toiles majeures, telles Bullit ou Le guet-apens, tous les deux avec Steve McQueen, un acteur épatant à nos yeux de spectateurs chevronnés. Madame préfère Les demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy, un des mes films fétiches. Quelle coïncidence ! Elle adore la musique de Michel Legrand, lequel, je précise,

    Affaire Thomas Crown - film 1968 - AlloCiné a aussi composé la bande originale de L’affaire Thomas Crown. Nous voici à fredonner Les moulins de mon cœur à l’unisson des éoliennes qui se détachent, fières, sous les cieux azuréens.

    Hormis ces propos d’avant-repas, le septième Art a fait banquette. Nous n’avons croisé aucun cinéma, excepté un écran itinérant dans un foyer culturel, qui proposait Toni Erdmann. Des échos du festival de Cannes sont néanmoins parvenus jusqu’à nous. J’ai réussi à dénicher un article dans Le Monde papier tenu au frais dans une aimable livrasta de Porto. Une fois encore, le jury a surpris.  Si je me fie à ma mémoire, la sélection était angoissante et passionnante. Le film couronné est long et comporte des séquences dures à voir. Bruit et fureur ; angoisse et incertitude. Manchester a tempéré l’insouciance des stars. Comme d’habitude, rien ou si peu n’a filtré des délibérations du jury Almodovar.Thierry Frémaux garde jalousement un des secrets  les mieux gardés au monde. Le magazine Sofilm lève un coin du voile dans un numéro spécial consacré à 70 années de turbulences cannoises. 

        En 1979, Françoise Sagan préside. Elle ne veut pas octroyer la palme à Apocalypse Now. L’écrivain déteste les films de guerre. Coppola s’était imposé en dernière minute, avec un montage inachevé et une copie non sous-titrée. Le monstre sera finalement prêt quelques heures avant la projection officielle. Deux copies de travail ont péri dans le sous-titrage réalisé en vingt-quatre heures, un exploit ! Françoise Sagan n’en démord pas. La palme sera finalement décernée ex aequo à Coppola et au Tambour de Volker Schlöndorff, à la grande fureur du réalisateur mégalo qui n’entendait pas partager.

    SOUS LE SOLEIL DE SATAN

    Autre palme disputée et discutée, celle de 1987. Danièle Heymann est la seule jurée du président Yves Montand. Le jury ne s’est pas réuni avant le jour de la délibération. Montand n’aime pas gloser sur les films. Un réalisateur russe jaloux et dissident refuse de primer Les yeux noirs de son compatriote apparatchik. Les ailes du désir divise en deux clans. Danièle Heymann voit une ouverture possible. La critique pousse Le soleil de Satan, qu’elle estime être un grand film.

                         « Si ça peut te faire plaisir..."                                                                            

    Maurice Pialat est rappelé sur le fil. Son costume à peine repassé, il prend la palme sous les huées et les applaudissements. On parle de palme au rabais. Lui, n’en a cure. Il lève le poing en vainqueur et apostrophe ses détracteurs : « vous ne m’aimez pas, et je ne vous aime pas non plus.» Cette saillie plaît au public français. Le film conquiert un large public grâce à la récompense suprême. Ce numéro de Sofilm s’avère une agréable lecture estivale, à grignoter selon l’humeur du jour. Je m’en vais de ce pas éplucher la programmation de ma salle habituelle et mettre la dernière main à l’atelier Cinémouvance du 17 juin, dédié aux tournants de vie. Je vous convie à virer ensemble sur un bout de chemin.

                                                                              


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