• Portée complexe

     

     

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    Je déroge à la règle de suivre l’actualité des sorties pour évoquer un film sorti en novembre dernier, Diane a les épaules. Je viens de le voir avec mon épouse ; nous étions seuls dans la salle, du coup, nous avons formulé nos réactions en cours de projection. Je voulais voir ce film recommandé par un ami, en compagnie de la mère de nos enfants. J’avoue que j’étais peu concerné, réfractaire au statut de femme porteuse d’un enfant pour autrui, en l’occurrence, un couple d’amis homosexuels. Le réalisateur fournit peu d’éléments sur la motivation profonde de Diane. On  suppose qu’elle agit au nom de l’amitié, générosité pure puisqu’aucune transaction financière n’est évoquée.

    Sans adopter d’autre point de vue que celui de nous faire vivre les neuf mois de portance, Fabien Gorgeart suscite chez le spectateur une kyrielle de questions épineuses. Il ne fournit aucune information contextuelle, notamment sur la contribution génétique de la gestatrice. Généralement, les embryons inséminés ne sont pas conçus avec l’ovule de la porteuse. L’enfant aura donc le patrimoine génétique des parents intentionnels, si ceux-ci sont fertiles. Si les parents « commanditaires » sont de même sexe, ils auront recouru à une donneuse d’ovocytes.

                                                  Le film Diane a les épaules

    Cette différence d’insémination affecte probablement la façon de vivre la grossesse. On peut supposer que la porteuse sera plus concernée si l’enfant qu’elle héberge possède une partie de ses gènes. En tout cas, Diane évite de s‘attacher à l’être qui grandit en elle, du moins durant les premiers mois de grossesse. C’est plus compliqué lorsque l’accouchement approche et le moment de la séparation. Diane respecte pourtant le contrat amical à la lettre, aidé par son nouvel amoureux, qui se joint aisément au trio, acceptant d’abord le don inconditionnel de Diane, puis esquissant l’envie de s’approprier l’enfant et de s’essayer au statut de père.  

                                                    Découvrez la bande-annonce de Diane à les épaules

    Cette approche dénuée de contexte et de densité psychologique me laisse sur ma faim, d'autant qu'il y a peu d'écriture cinématographique. En outre, j'ai du mal à "concevoir" l'existence de mères porteuses ainsi que des parents de même sexe.  J’étais simplement curieux ( grâce à l'interprétation polychrome de Clothilde Hesme) de voir comment Diane allait réagir après la remise de l’enfant à ses pères. Curieux également  de voir ce que deviendrait leur amitié. Curieux encore de savoir si Diane renouerait avec son amant éconduit de la salle d’accouchement pour comportement déplacé.

    Mes questions restent en suspens. Y répondre n’est pas le propos de cette vignette contemporaine sur la recomposition du paysage familial, bouleversement des codes habituels de genre, de sexe et de désir. Nous étions toujours perplexes, ma compagne et moi, après une discussion honnête sur la gestation pour autrui, convenant qu’il fallait se documenter pour traiter le sujet. En réalité, peu de pays cadrent juridiquement la grossesse par procuration. La France la prohibe; la Belgique, le Danemark, la Hongrie, le Luxembourg, les Pays-Bas et l'Irlande la tolèrent. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont adopté une législation permissive.

                                                        Le film Diane a les épaules

    Mais avant de légiférer, il faudrait considérer les effets psychiques d’une portance extérieure sur les personnes impliquées et surtout  sur l’enfant à naître. Nous avons croisé une  mère de quatre enfants particulièrement indignée après avoir vu Diane (encore projeté dans quelques salles). Elle reprochait au cinéaste d’avoir éludé les questions qui fâchent. Et le style de Diane, son physique même l’indisposait. Sa virulence conjuguée à l’étonnement de mon épouse quand je lui ai dit penser faire l’impasse sur le film m’ont poussé à écrire ce que vous avez lu ci-dessus. Un article réactionnel en quelque sorte, en écho de l’opinion de l’ami favorable au film : « on voit bien que c’est tout, sauf technique.»

     

     


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