• Poisson, Dragon et Narcisse

     

     

    Jeudi 2 avril. Au fur et à mesure du confinement, j’ai acquis la notion du jour de la semaine en cours. Le flou a disparu. De nouveaux repères s’impriment dans le corps et l’esprit.

    Trop de jardinage, courbatures. Trop d’écran, douleurs dans la nuque.

    Mercredi, le jour de la descente à bicyclette chez le marchand de journaux. J’achète un livre, cadeau d’anniversaire à un ami. Je lui porte. Il est dans sa pièce télé. Il pianote sur son clavier posé sur les genoux. Nous nous parlons  à travers la fenêtre. Il a l’air fatigué. À bientôt !

                                                    La vie continue. Les journaux ont livré leur poisson d’avril comme si de rien n’était.

                                                    Les poissons d’avril parus dans les médias ce dimanche (vidéo)

    Construction d’un stade national de foot pour 2021 pour l’Euro, grâce à 30.000 travailleurs venus du Népal. La Belgique aura son match.

    Francophones et Flamands se déchirent sur le report du poisson d’avril. La question a été débattue au Conseil national de sécurité…

    La tradition survit tandis que la grille des chaînes TV évolue selon le public disponible entre ses quatre murs et jardin (option). Une  série grand public déloge les enquêtes morbides l’après-midi. Une famille formidable réunit une plus large audience, tout bon pour la publicité, en quête de créneaux rentables en période de disette. L’objectif est de limiter les pertes.

    Deux compagnies aériennes essaient également de se refaire. Elles proposent tous leurs vols à moins de quarante euros si vous réservez dès maintenant vos vacances de septembre. Mieux, l’offre vaut aussi pour les vols entre octobre et février prochains. Il est vrai que le prix du pétrole est tellement bas. Pour qu’il remonte, prédit un expert proche des producteurs d’or noir, il faut que les gens reprennent l’avion, recommencent à circuler et à travailler. Ben voyons...

     

    Dragons: Par delà les rives

    La vie continue disais-je. Skype avec enfants et petits-enfants, avec un ami confiné en Suisse. Deux de nos petits-enfants regardent régulièrement le dessin animé Dragon. Ils avaient découvert la créature lors d’un séjour chez nous. Sœur et frère y ont pris goût. Avec un reproche bien senti de l’aînée : « tu sais ce qu’on a vu chez toi,  c’est à partir de sept ans et demi. » Elle a une petite année de moins. Les parents accompagnent. Nos autres petits-enfants suivent Divergente, dont j’avais vu le  3 en 2016. Je viens de voir le premier à la télé.

                                          L'Enquête - The International : Photo Clive Owen, Naomi Watts Naomi et Clive

    Je picore à petites poussées répétée sur le clavier de la télécommande. Vingt dernières minutes d’un film inconnu, Dans la tourmente, un polar social, avec Mathilde Seigner, Clovis Cornillac, Yvan Attal, Céline Sallette. Je lis d’assez bonnes critiques ce matin. (Disponible en VOD, en boucle sur la chaîne Action). Ensuite, L'enquête, déjà vu (The International), que je revois avec délectation. Un duo d’enquêteurs téméraires traque une multinationale de la finance, impliquée  dans le trafic d’armes et le blanchiment d’argent. Le duo Naomi Watts/ Clive Owen est crédible. Armin Mueller-Stahl est impeccable en consultant sécurité de la banque (toujours sur Action, disponible en VOD).

                                                              Villa Médicis

    La communication à distance  était aux abonnés absents hier. J’ai donc regardé L'indomptée sur le site d’Arte (jusqu’au 30 avril). La réalisatrice puise dans le  souvenir d’un séjour personne à la villa Médicis, propriété de la France à Rome, dédiée aux artistes soucieux de se perfectionner un an loin de leurs bases. Un an hors du temps, dans une communauté restreinte, à côtoyer les sculptures monumentales, à flâner dans des jardins luxuriants, à attendre l’inspiration parmi les fantômes des pensionnaires de cette villa somptueuse, ouverte aux créateurs depuis 1666. J’ai apprécié les ambiances oniriques et découvert une jeune actrice belge volcanique, Jenna Thiam.

                                                L'Indomptée : Photo Jenna Thiam

    Un titre de journal interroge : y aura-t-il pénurie de séries à la rentrée ? Déjà que la sortie de 5.000 nouveautés en librairie a été reportée, nous n’aurions plus de quoi nous accrocher au petit écran (TV ou PC) ? Je me sens peu concerné.  Gamin puis ado, je suivais quelques héros . Le saint avec Roger Moore, Chapeau Melon et bottes de cuir,  Le prisonnier, toujours le lundi soir.

    Plus récent ( encore que...), Borgen, In Treatment et Homeland (trois saisons). Top of the Lake aussi, sur Arte, de Jane Campion. Black Mirror, un peu. Ces deux dernières séries figurent parmi les vingt-cinq suites des années 2010, recensées dans un excellent dossier de La septième obsession  (n°27). Je n’ai vu aucun épisode des vingt-trois autres. Honte sur moi puisque, paraît-il, l’audience des séries augmente alors que le cinéma à la télé régresse (Netflix 167 millions d'abonnés, Prime Video 150 millions, en attendant Disney + Europe, déjà 24 millions de fidèles aux USA). 

    La Septième Obsession N°27

    La jeune revue impute ce succès à l’étalement de l’intrigue sur une dizaine d’heures ;  les scénaristes travaillent sur une multitude points de vue. Les séries sont percutantes car elles doivent séduire rapidement le spectateur et le tenir en haleine. Enfin, les séries ont investi  le champ politique (House of Cards, par ex.) et mettent notre démocratie sur la sellette. Elles déboulonnent aussi les magnats de la presse, comme dans le passionnant  The Loudest Voice, sur le fondateur de Fox News, porte-voix de Trump et de l'Amérique conservatrice ( vu en streaming, sur le conseil d’un ami féru du genre).

    Les Narcisse             

                                          Une constante, que ce soit au cinéma ou en feuilletons, il y a toujours des personnalités narcissiques, grandioses, vulnérables ou perverses, selon la terminologie médicale. Trump est un narcissique grandiose, qui l’eût cru. Les pervers sont les plus vicieux, stratèges et calculateurs,  prédateurs dénués de la moindre empathie envers autrui.  J’ai puisé ces caractéristiques dans une ouvrage très bien documenté et ancré dans l’actualité de Marie-France Hirigoyen, Les Narcisse (Pocket 17737). L’auteure cite notamment deux psychologues américains ; ils comparent  l’origine du narcissisme à un tabouret à quatre pieds.

    1/ Une origine développementale liées à une éducation permissive où chacun apprend à prendre sa place sans se soucier des autres

    2/ La culture de la célébrité instantanée

    3/ Internet et les réseaux sociaux

    4/ La consommation et l’argent facile pouvant amener à croire que tous les rêves  peuvent devenir réalité.

     

    Voilà de quoi animer vos discussions confinées.

    La chanson du jour : une promesse d’heures meilleures Over The Rainbow (bis).

     

    Sous moi, dans la terre, ça poussait. Soleil, eau et terreau, un processus aussi infini que le décompte des étoiles.

                         (Les seize arbres de la Somme,Lars Mytting, Babel 1649) Les seize arbres de la Somme par Mytting

     

     

     


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