• Points de vue

                

     

                                                     Atelier Cinémouvance le 17 juin 2017

                                                                              Tournants de vie                                                                                                                                                                        

                                                                  La ciné-narration pour éclaircir                                                                                                     un moment-clé.                                                         

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    Les partitions dissonaient à la sortie de Django. Mes trois amis et mon épouse étaient contents de leur soirée. Pour ma part, j’étais frustré. Je m’attendais à un film sur le guitariste manouche et son doigté  incomparable. Je n’ai eu droit qu’à quatre mois de sa vie en 1943, époque à laquelle il  ronge son frein à Thonon, en attendant de passer en Suisse afin d’échapper à une tournée en terre allemande. Le réalisateur s’appuie sur l'aura de Django pour évoquer le génocide des tziganes, « proportionnellement plus  important que celui des Juifs, », précise l’ami journaliste, particulièrement concerné. Il peaufine un article sur les gens du voyage ; il a du coup  marqué un vif intérêt et nous a apporté un éclairage historique à la fois sur l’extermination des « roms » et sur la vie du musicien autodidacte, mort sur le pavé à quarante-deux ans.

    Un deuxième avis insistait sur la beauté de la musique. Les deux spectatrices étaient relativement émues. L’une par le sort réservé  à une communauté souvent décriée, l’autre par l’emprise du swing de Django sur la soldatesque nazie. Malgré des directives jugulant la fougue du quintet, les dignitaires allemands se laissaient aller à  taper du pied, à secouer la tête en mesure et à danser frénétiquement. Ils oubliaient leurs ordonnances stupides limitant, par exemple, les solos à cinq secondes.

    - Et surtout pas de syncopes, commande le capitaine. Mais, comprenez-vous ce que je dis, Monsieur Reinhardt, vous ne connaissez pas la musique.

    - Je ne connais pas la musique, mais elle me connaît.

     

                                                      Django - Photo 5

    « En fait, tu as regardé le film comme les critiques, dit  ma compagne.Tu as laissé l’émotion en rade. »  Bien vu. Je me suis focalisé en effet sur la mise en scène, plate à mon goût. Cette réserve a amplifié ma frustration. Mes quatre compagnons de vision, au contraire, ont écouté leurs sensations, se sont rangés aux côtés des manouches, expulsés au lance-flammes. Django contemple, écœuré, les roulottes incendiées, rayant d’une giclée le campement installé à la lisère de la ville frontalière de la Suisse. Cet épisode violent inspirera à Django  le Requiem pour mes frères tziganes", une pièce  pour orgue, orchestre et chœur, jouée une seule fois à la Libération. Il ne subsiste que quelques portées de la partition originale, disparue dans le chaos de la guerre. L’audition de quelques mesures suffit à crever les cœurs. Le roi du jazz manouche était également un grand compositeur, doublement inspiré par le massacre de son peuple.

    Heureusement, plus de septante ans après la seconde guerre mondiale, l’Allemagne a changé et tire l’Europe avec la France. Le devoir de mémoire à l’égard des peuples exterminés ne doit pas compromettre l’esprit de réconciliation et de construction commune des ennemis d’hier. Même si la bête sommeille toujours dans les esprits tordus, comme le rappelait notre amie, citant Le Pen.

    La ciné-narration a peut-être tourné court, de mon chef, mais notre conversation d’après-projection a montré une fois encore la variété, la richesse des points de vue et des perceptions du spectateur.

                                           Nuages 1     Spartito altro Nuages di Django Reinhardt - Real Book, Melodia e ...  Nuages 2

     

     


  • Commentaires

    1
    Michel
    Hier à 16:29

    Je trouve que ton article reflète bien ce que nous avons ressenti lors de la vision de ce film et que tu énumères plusieurs arguments pour aller le voir. J'ajouterais les moments où des tziganes moins professionnelles jouent et improvisent ensemble de la musique, le soir venu. Depuis, je réécoute un CD de Django...

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