• Plus vrai que nature

     

    C’est une des scènes magnifiques d’un film de guerre ultra-réaliste. Dunkerque : Affiche Un Spitfire survole les plages de Dunkerque. Son pilote a usé la dernière goutte de carburant. Il a le sentiment du devoir accompli. Farrier a ferraillé avec la chasse allemande, il a contré  les bombardiers ennemis à l’assaut des destroyers  britanniques évacuant les troupes acculées à la mer. Le silence succède au fracas. Le vol plané tourne la page d’une cinglante humiliation. Le chevalier du ciel repère un bout de sable, il sort le train d’atterrissage à la main, il se pose doucement. Il met le feu à son appareil et attend d’être fait prisonnier. Farrier concède la défaite mais il sait que la guerre continue. Il a lutté avec les moyens du bord. Churchill n’engage ni avions, ni bateaux pour sauver les 400.000 hommes piégés à Dunkerque en mai 1940. Il garde ses forces en vue des combats à venir. Il espère ramener 30.000 soldats au pays. Il y en aura finalement 335.000 ( les soldats français et belges restent en rade) grâce à la flottille civile venue à la rescousse, en chalutiers, en bateaux de pêche ou en voiliers. Je repense à  un autre film, Their Finest, récit du tournage d’un film sur deux sœurs qui ont pris la barque familiale pour se joindre aux sauveteurs. Ce fait d’armes discret deviendra un long-métrage de propagande destiné à  remonter le moral des troupes et de la population. Les Britanniques sont habitués à prendre leur sort en mains. Ces farouches iliens gagneront la bataille d’Angleterre à suivre et voteront le Brexit de nos jours.

    Le Dunkerque (19 juillet) de Christopher Nolan est un morceau de bravoure. Un grand film sur une terrible débâcle, préface de futures victoires. Le sauvetage de milliers de fils de la nation galvanise un peuple désormais déterminé à défendre son pays pied à pied. La caméra suit trois théâtres d’opération. Le montage alterné nous embarque sur terre, sur mer et dans les airs. Chaque élément porte une facette de la nature humaine.

                               ... Le prochain Nolan sera un film de guerre et se tournera à Dunkerque

    Sur terre, une bande de jeunes soldats resquille pour embarquer coûte que coûte sur un des rares bateaux vers l’Angleterre. Sauver sa peau à tout prix, même celui de la lâcheté. 

    Sur mer, un père de pilote mort au combat et son deuxième fils remplissent leur bateau de gilets de sauvetage. Ils cinglent franc battant vers la côte française, comme une évidence, bravoure modeste des gens de cœur. L’équipage réduit lève la tête lorsque l’azur tremble au son des duels aériens.

    Dunkerque : Photo Trois Spitfire bataillent pour sécuriser un immense pan de ciel. Ils surveillent de près la jauge de carburant, engagés loin de leur base. Ils ont quarante minutes de combat au maximum ; au-delà, leur retour est compromis. 

    Le bateau civil recueille des soldats torpillés. D’autres périssent épuisés dans les flots. Les canots de sauvetage bondés les abandonnent à leur triste sort, tels les migrants en quête de terre promise. A la différence qu’en 1940, les naufragés épousaient une cause collective, tandis qu’en 2017, ceux qui prennent le large rêvent d’un meilleur destin individuel. La mer continue à charrier des cadavres sous toutes les latitudes.

                                                Here’s a video from the set of Dunkirk, the upcoming historical WWII ...

    Nolan adopte le style documentaire, avec un minimum de dialogues et un son très travaillé, hélas noyé dans une partition envahissante de Hans Zimmer. Les situations poignantes succèdent aux événements dramatiques. Le spectateur est sidéré et ému. Dans la salle, beaucoup de jeunes. Ils découvrent une tranche d’histoire grandeur nature, écrite à l’époque de leurs arrière- grands- parents. Le réalisateur de Batman et d’Interstellar rend un magnifique hommage à la grandeur humaine dans une guerre inhumaine. Il s’efface devant la réalité, animé d’un souffle contenu, laissant agir l’image brute, dénuée de commentaires superflus.

                                                                   la planète des singes suprématie war for the planet of the apes 2017 ...

    Réalisme toujours, dû cette fois à de remarquables effets spéciaux, dans le troisième volet de la pré-guerre des singes. La capture de mouvement nous fait prendre les singes pour des hommes déguisés. La fourrure numérique a de l’avenir. Encore la guerre. L’homme refuse de cohabiter avec les hominoïdes. César, un singe avisé, prend la tête de la résistance. Il emmène avec lui une petite fille muette, atteinte d’un virus fatal pour l’homme. Les singes seraient le vecteur de ce virus. La conquête de la suprématie (12 juillet en Belgique, 2 août en France) dure deux heures vingt plutôt digestes pour une superproduction. L’action prend le temps de se déployer, présente au début et à la fin. Entre les deux, la cruauté d’un général ressemblant furieusement au colonel dérangé d’Apocalypse Now et les cas de conscience de César, tiraillé entre haine et pardon. La nature souveraine règlera les différends. La trilogie, entamée en 2011, termine en beauté. Cela vaut d’être applaudi lorsqu’ Hollywood se pique d’injecter une dose de psychologie dans des franchises généralement creuses.

     

     

     

     

     

     

     


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