• Pleins pouvoirs au cinéma

     

     

                                                       

    Je contemple rêveur l’écran de la page blanche. Je n’ai plus vu un film au cinéma depuis huit jours. Un record pour moi. Ce soir, Django, avec un couple ami et un ami. Je vous en livrerai quelques notes avant de laisser Cinémoitheque un peu au repos. Ces derniers jours, l’intronisation d’Emmanuel Macron a surtout retenu mon attention. Dimanche, j’ai regardé le film du jour premier du quinquennat du plus jeune président élu au monde. Une nuée de caméras a suivi d’aussi près que possible l’entrée en scène du petit père de la nation. J’apprécie ces grandes pompes héritées d’un autre âge. La France républicaine a renoué avec les fastes présidentiels. Ce décorum, à l’instar des tribunaux, rappelle que le pouvoir et la justice ont besoin de symboles et de distance pour œuvrer loin de la foule déchaînée. Le peuple français a porté un homme de lettres à la tête de l’État. Il exprime ainsi un désir latent de hauteur d’idées et de clairvoyance.  

    L’épopée Macron signe un scénario digne de Hollywood. Un jeune homme décide un jour de devenir président. Il est déterminé et croit à sa chance. Comme il a cru à l’idylle précoce avec son professeur de lettres, épousée treize années après lui avoir déclaré sa flamme. Brigitte et Emmanuelle logeront ensemble au palais, sinon, ils ne se verraient plus. Le couple et l’ascension fulgurante d’un quasi  inconnu séduisent les caméras. Plusieurs documentaires ont suivi la campagne du futur président au jour le jour, déjà diffusés avant la passation des pouvoirs. Quel emballement médiatique, cette fois, justifié, car l’histoire est singulière et étonnante.

     

                        Quai d'Orsay : Photos et affiches - AlloCiné    Exercice de l'Etat - film 2011 - AlloCiné    Affiche La Sainte Victoire - cliquez pour agrandir

    Le cinéma nous donne également quelques indications sur la façon de fabriquer un homme politique. On pense d’emblée aux films sur les élections américaines. Mais la France n’est pas en reste, si je sollicite un peu ma mémoire. Le premier titre qui me vient en tête, Le candidat (2006), d’un cynisme absolu, révèle néanmoins le véritable caractère d’un second couteau pas si manipulable qu’escompté. La réalisation de son premier et unique film donne le goût de la politique à Niels Arestrup que l’on retrouve en directeur de cabinet d’un ministre étourdissant dans Quai d'Orsay (2012), tiré de la bande dessinée éponyme. Un an plus tôt, L'exercice de l'État, primé à Cannes, nous plonge dans les coulisses de la fonction ministérielle au service de l’ambition d’un président soucieux de sa réélection. Dans un registre plus léger (faussement), Christian Clavier et Clovis Cornillac forment une paire pitoyable de parvenus dans La sainte Victoire (2008), récit d’une course à la mairie d’une ville de province.

     

    Je cite aussi Le président (1960), dont la stature m’avait impressionné du haut de mes six ans     lorsque Gabin morigène un parlement veule et hypocrite au cours d’une tirade mémorable, toujours d’actualité.  

    Je laisse le mot de la fin à Pater, celui que la nation appelle de ses vœux, protecteur et guide. Ce film inclassable souligne l’étrange proximité entre l’acteur et le politicien, amenés à montrer et à dissimuler, à transiger et à choisir. Vincent Lindon, premier ministre, sert Alain Cavalier, son président-réalisateur. L’acteur révère son mentor, l’imaginaire irrigue la réalité. Je dédie ces six films au nouveau président, en hommage à sa capacité de renouvellement des usages surannés du pouvoir. En souhaitant que le fond suive la forme.

     

     

     

     

     

     

     

     


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