• Pianissimo 2015

    J'ai hésité à reléguer Passage en deuxième ligne. J'ai un faible pour ce  poème de transition écrit à la veille de l’an neuf. Il convie à changer doucement d’état, à ralentir la course effrénée  du temps qui nous occupe à plein temps.

     

    Où conduit le temps?

    Vers quel rivage

    sans borne, sans mesure,

    en quel recommencement

    portes-tu

    un à un mes pas

    ouvrant l’ultime brèche

    au cœur du passage             Hélène Dorion

                                                                                    

    Et si au lieu de courir à perdre haleine derrière le temps, nous laissions le temps courir à sa guise. Si nous regardions  (garder deux fois) le temps supplanté par nos élans créateurs.

     

    … Les œuvres disparaîtront : des sculptures, des monuments seront rongés par l’humidité de l’air, fracassés par le fanatisme ; des livres seront brûlés et certaines musiques ne parviendront jamais à nos oreilles. Peu importe. Ce qui sauve et ce qui perdure, ce n’est pas la trace, mais l’élan créateur – ce geste millénaire de l’homme repris à travers siècles et continents, qui conquiert et célèbre. Ce qui demeure, c’est l’élan audacieux et amoureux. Jacqueline Kelen  

    La lecture en ligne a ses modes. Une fois relégué au second plan, Passage sera-t-il encore vu et lu ? Un blog ne se feuillette pas comme un livre papier. Le Web incite à la lecture papillonnante, zigzagant entre les liens offerts. Ouvrir ces  fenêtres, c’est voguer vers des horizons séduisants et torpiller la continuité de lecture. Les hyperliens stimulent l'hyper attention définie  comme une forme d'attention sans conscience. L'attention est dispersée, fractionnée entre des liens qui sollicitent intensément et brièvement le regard. L'hyper attention est fulgurante au contraire de l'attention profonde concentrée sur un seul sujet dans la durée.

    La lecture sur Internet est souvent discontinue; elle rompt le fil de la pensée, perdu dans les y perd liens.Le temps manque pour lire d‘un seul tenant et plonger ensuite dans ces liens aguicheurs.Le  On se promet d’y revenir quand on aura le temps et quand on y revient, un nouvel article s’impose.

    Donc Passage a pu creuser doucement son gué.

    En ce début 2015, je suis enclin à poster des textes avec juste un zeste de liens (difficile à dire à voix haute) de façon à donner une chance de lire au temps.

    Je suggère un arrêt sur texte pour éveiller la conscience et le travail sur soi. Scholè, en grec ancien signifie répit, trêve. La scholè était propice au loisir actif, le répit installant la faculté de penser par soi-même.

     

     

                                       Paysage avec une rivière dans la steppe avant la pluie au coucher du soleil Banque d'images - 21036603

    Aujourd'hui, le loisir fécond serait de cesser de sauter d'une occupation à l'autre sans pouvoir se fixer sur aucune. Auto-prescrivons l'arrêt  en antidote à la suroccupation addictive, en remède au trouble du déficit de l'attention, en substitut à l'hyperactivité, nouvelles pathologies d'une époque hyper connectée. 

     

    J'ai donc posé mon écriture et reposé ma pensée à la recherche du temps à des mots à venir.

    Parfois, inspirés par ce souffle

    venu d’ailleurs et de très loin

    qui sans crier gare

    nous chuchote

    un mot 

    dont la portée nous dépasse dans l’instant,

    nous apparaît clairement ensuite

    lorsque se dissipe l’émerveillement

    de nous sentir mû

    par l’indicible.   

                                                     Hemingway_resultat

    L’écriture relève totalement de l’intime, et pour cela, sans doute, devons-nous user tant de mots pour approcher l’indicible. A un moment, la plume se lève et nous poursuivons en nous, immobile, la quête de notre voyage profond, qui n’appartient qu’à nous, réfractaire à toute expression écrite ou verbale. 

    C’est indéfinissable mais ça nous met en mouvement. Animer l’indicible, c’est une des vertus du cinéma. Je rallume le  grand écran et réactive les liens multiples dans un prochain article consacré au dernier film de John Boorman, Queen and Country  qui sort mercredi prochain en France et en Belgique. D'ici là :

     

                                                                      Pianissimo

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 3 Janvier 2015 à 14:30

    j'aime bcp la distinction que tu fais entre "hyper attention", celle qu'il nous faut développer dans le monde virtuel et/ou réel où le rendement et l'efficacité sont les maîtres mots, et l"attention profonde", celle qui nous permet d'atteindre notre moi intime, et  par là même qui nous permet d'atteindre l'autre en sa profondeur, le monde dans ses aspects qui échappent à la vigilance exacerbée de l'hyper attention

    Ce laisser prendre par les notes tranquilles de l'extrait que tu nous propose

    Finalement ton blog dépasse de loin un simple blog d'avis de films, aussi intéressant soit-il.

    Tu nous emmènes  sur des chemins de profondeur, de réflexion

    (et merci d'avoir repris la parole sur mon blog où je me suis manifestement mal fait comprendre ;-(

     

    2
    Samedi 3 Janvier 2015 à 14:32

    désolée pour les fautes, je ne me suis pas relue

    je n'ai pas écrit "pianissimo"! ;-)

    3
    Samedi 3 Janvier 2015 à 16:17

    encore un mot: j'ai trouvé passionnant ton interview...

    j'espère que bientôt tu animeras un ciné thérapie sur BXL!

    4
    Dimanche 4 Janvier 2015 à 09:47

    Une pluie de commentaires, quelle fêt e!Observations et études fleurissent sur l'hyper et profonde attention.

    Bernard Stiegler notamment  développe ces deux notions dans "Prendre soin de la jeunesse et des générations paru en 2008 chez Flammarion.

    Le cinéma est un point de départ pour des balades et ballades imprévues. Je devrai penser à Bruxelles pour les ateliers, L'intérêt est plus vif dans la grande capitale que dans la capitale wallonne où les ateliers sont en veille, en attente de participants. Troppo pinanissimo.

    Merci pour tes encouragements.

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