• Petits pères

                                                                                                                                                                                     

     

    Une réplique retient mon attention durant la vision de presse d’Ant’Man (15 juillet sur les écrans).
    « Tu dois te vider l’esprit pour rendre tes pensées précises et parler clairement.»


    Je pense sur le champ à une phrase lue le matin :
    « Je suis devenu psychanalyste pour que se fasse au moins un peu silence à l’intérieur de moi-même.»


    Singulière connexion entre le dernier Marvel-Disney et Patrick Declerck.

                                                             

    Le film grand public et les souvenirs d’enfance de l’écrivain psychanalyste soulignent les vertus du retour au calme.
    Faire le vide, faire silence en soi, laisser place à ce qui vient du plus profond, à l’énoncé clair d’une pensée, d’une idée.


    Un ami ponctue de blancs, de mini-silences, le récit de sa vie entamé sur le chemin nous menant à la projection de l’excellent Ant-Man. Il interrompt sa narration à plusieurs reprises. Il reprend le fil de sa mémoire, il reconstitue l’enchaînement précis des péripéties tumultueuses de son enfance et de son adolescence. Le récit bien lancé s’épaissit chemin faisant. Roger remonte le film de sa vie, les souvenirs se précisent.

    «Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça. Je ne te dérange au moins ?

    J’écoute la fin de son histoire incroyable assis dans les fauteuils confortables de la salle. Roger se tait. Il a condensé sa vie sans émotion apparente comme s’il avait digéré et assimilé une période assez noire de son existence. Roger a rencontré les bonnes personnes aux mauvais moments, il a armé une résilience innée, me semble-t-il.


    Après le film, il me dira encore qu’il a grandi dans l’univers Marvel. Il prélevait dans le porte-monnaie de sa mère l’argent nécessaire à l’achat de Comic Books.
    « Je voulais devenir un super-héros, Spider-Man, Les Avengers, Thor… c’était ma façon de m’évader d’un monde pénible.»
    J’apprécie énormément ces moments exceptionnels où quelqu’un me fait le cadeau d’un récit de vie impromptu. Reparler d’événements douloureux longtemps après leur survenance les allège souvent d’un poids conscient ou inconscient.Patrick Declerck relate aussi des souvenirs familiaux dans un livre qui mêle autobiographie et clinique analytique. Son style truculent, sa franchise, son humour atténuent la gravité de situations lourdes et désespérantes, vécues par lui ou dépliées par ses analysants.


    « Au fond, on ne se débarrasse jamais de rien. Mais pouvoir reconnaître, lorsqu’ils nous effleurent de leur haleine fétide, la nature de nos fantômes, est déjà une manière de leur rire au nez. Il faut parfois se résoudre à ce que cela suffise.»


    Impliquer nos fantômes dans une narration chaque fois différente, permet de les démystifier, de diminuer leur emprise sur notre être au monde. Nos histoires nouvelles, qu’elles soient adressées à un professionnel, à un ami ou à un inconnu, façonnent une nouvelle identité narrative, souvent figée par des introjections parentales, sociales ou professionnelles. Cette imprégnation de modèles est insidieuse et précoce, comme justement décrit par Patrick Declerck :


    «Le monde auquel l’enfant s’éveille est toujours ainsi déjà pré-représenté, pré-interprété, préfabriqué. Il lui faudra surmonter enfance et adolescence, si toutefois il y arrive un jour, pour émerger de cette gangue et se forger, en tâtonnant, son propre jugement.»


    Et si nous n’étions pas vraiment ce que nous avons l'air ? Nous sommes parfaitement capables de composer un air différent en racontant les moments où nous avons délaissé les sentiers rebattus de note identité habituelle, confortable pour soi et les autres. Moments d’exception où nous étions en phase avec nos valeurs, nos espoirs et nos rêves.
    Si nous sondons notre mémoire, nous voyons ces coups de canif à l’histoire dominante sont plus nombreux que nous ne croyons. En reliant les moments d’exception, une histoire alternative émerge qui déconstruit le récit dominant. Reste à choisir une version préférée et à la vivre pleinement.
    Scott,Ant-Man : Affiche le super-héros de Ant-Man changer sa vie de voleur à la petite semaine. Une petite le motive.

    Cassie  Ant-Man : Photo Abby Ryder Fortson aime son papa, mais se demande s’il est bon ou méchant.

    Le docteur Pym,     Ant-Man : Photo Michael Douglas lui aussi père, l’aide à se reconvertir. Le savant a inventé un procédé qui rétrécit les êtres.

    Sa grande fille Ant-Man : Photo Evangeline Lilly, Michael Douglas lui bat froid.

    Les pères contrits s’allient et combattent le fils spirituel, assoiffé de vengeance après avoir été rejeté par Pym.
    Même une superbe superproduction joue avec les archétypes familiaux. Cette facette psychologique est développée dans une première partie plutôt calme, prélude consistant à un final endiablé, où les effets spéciaux ont mis les petits dans les grands. A coup sûr, le grand film divertissement de l’été.


  • Commentaires

    1
    Vendredi 17 Juillet 2015 à 05:07

    Se demander si papa est bon ou méchant ? Non, pour moi, cela ne m'est jamais venu à l'esprit. Mon papa pour moi, c'est mon plus grand compagnon. On regarde toujours un bon film chaque soir. On partage tous les deux les mêmes passions.

    2
    Vendredi 17 Juillet 2015 à 06:51

    Dans le contexte du film, la question est plausible. Votre belle complicité avec votre papa fait plaisir.

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