• Peines de ménage

     

                      Reprise de l'atelier Cinémouvance sur l'estime de soi  le 12 décembre 

     

     

    Le corps lâche dans un escalier obscur. Fatima chute lourdement, les armes à la main, le seau et la brosse de la femme de ménage.

     
    «Mon intifada, écrit-elle en arabe dans un cahier, c’est d’être Fatima chez les riches pour que mes filles réussissent dans la vie.»

     

    Fatima (2015) - uniFrance Films Cinq mois d’incapacité de travail. La douleur persiste.                                Elle succède à deux mois de cauchemars et de peur. La peur de tomber à nouveau, la crainte de ne plus subvenir aux besoins de ses filles, aux études de l’aînée qui a commencé médecine.


    Souad, la deuxième en a marre de «cette vie de rien.» Plutôt mourir que de faire des ménages comme sa mère, dix heures par jour. Nesrine, la grande, sait que le travail paye. Elle engage corps et esprit dans une année de «par cœur.» Elle a un coup de mou au bout de cinq mois. «Accroche-toi, lui dit le médecin de famille, si tu as de la mémoire, tu y arriveras.»


    Une fille à l’image de la mère tandis que l’autre décroche, sèche les cours, se révolte. Souad voit son avenir bouché dans une société bourrée de préjugés à l’égard des français d’origine arabe. Ces jeunes en rupture familiale et générationnelle prêtent le flanc au radicalisme. La plupart appartiennent à la deuxième génération d’immigrés, observe Olivier Roy, politologue et spécialiste de l’islam. «Ils ne veulent ni de la culture de leurs parents, ni d’une culture occidentale, devenues symboles de leur haine de soi.» (Le monde

    du 25 novembre, p.14)  http://fr.web.img4.acsta.net/pictures/15/05/29/17/07/449822.jpg


    Souad cherche sa place, son identité. Fatima perçoit le mal-être de sa fille mais elles n'arrivent pas à se comprendre ; les mots sortent en arabe, ils manquent en français pour apaiser la rage montante de Souad.


    Une mère contre-exemple, un père remarié, reste Nesrine, partie à l’université. Fatima (2015), un film de Philippe Faucon | Rhône-Alpes Cinéma

    Elle réussit son année à la grande joie de Souad, admirative. Elle quitte ses amis pour fêter la lauréate. Il y a de l’espoir, cette espérance que Fatima cultive courageusement en étant la bonne des bourgeois, motivée à l'idée d’offrir à ses filles les études dont elle a été privée.


    Philippe Faucon  salue ces femmes de l’ombre dans une chronique sobre, quasiment documentaire. Il image deux livres autobiographiques de l’écrivaine marocaine Fatima Elayoubi, Prière à la Lune et Enfin, je peux marcher seule, issus des cahiers tenus durant son invalidité.


                                     «La peur recule. Tantôt mon cœur est rempli de colère, tantôt, il est rempli d’espoir"

     

                                                                                             «Prière à la lune»: au nom de toutes les «Fatima» | Nadia Boudaoud

     

                                

        

    Une actrice non professionnelle incarne l’écrivain. Soria Zeroual  rend avec pudeur la solitude d’une femme en marge du monde à cause des horaires décalés, du foulard et de la méconnaissance du français.Les actrices qui incarnent les filles sont au diapason.

           


    Après La désintégration sur le processus de radicalisation de jeunes musulmans lillois, le réalisateur franco-marocain montre l’envers de l’intégration au sein de la société lyonnaise. Le ton est juste, jamais accusateur, ni misérabiliste. Fatima porte des valeurs universelles : famille, idéal, courage. Un portrait bienvenu en ces temps de repli sur soi, propices au rejet de l’étranger.


    «Que feraient les riches sans leur Fatima, confie-t-elle à son journal intime. Sans nous, ils n’auraient pas le temps de s’acheter des beaux vêtements, de sortir le soir.»


    Ce film nécessaire sort tardivement sur les écrans belges dans trois salles seulement. (En France depuis le 25 octobre)

    August n’est jamais sorti en Europe (Aux States, il a tenu deux semaines dans une salle). August

     

    Je le juxtapose à Fatima en ce qu'il montre la vacuité de la réussite en trompe l’œil. Deux frères monte une société sur la vague Internet en 2001. L’attentat du 11 septembre plombe le cours de l’action. Les 387 millions de dollars de capitalisation fondent comme neige au soleil. La mode des start-up géniales est révolue. Les financiers conservateurs ne misent plus sur du vent. Tom, l’homme d’affaires, continue à frimer au bord de la ruine. Joshua, le cerveau, a compris. Il jette l’éponge, pouponne femme et bébé.


    Tom reconsidère ses fragiles valeurs, dissipe l’écran de fumée de l’économie bling-bling.

    August : Photo Austin Chick, Josh Hartnett «On n’est plus à la mode, c’est fini. Les gens ont investi parce qu’ils voulaient en être,                                                          parce qu’on leur avait dit qu’il fallait en être.»


    Cruelle désillusion mais curable dans une Amérique supportrice des battants. La battante Fatima, la vraie, prépare un diplôme d'accès aux études universitaires à Nanterre.

                                                              Fatima Elayoubi : « Quand j’écris, je pleure ». La rencontre d ...

    Un exemple, voire un modèle, aux antipodes des frères de Wall Street, relégués sur l’étal d’un revendeur ambulant de DVD. Fatima a au moins les honneurs cent fois mérités du grand écran.

     


  • Commentaires

    1
    madsol
    Mercredi 2 Décembre 2015 à 21:00

    J'attends la suite avec impatience.

    2
    Jeudi 3 Décembre 2015 à 06:18

    Voilà un commentaire bien énigmatique. La suite en ré majeur ou fa mineur. Ou l'article à suivre? Si c'est la suite du blog, il y  aura du nouveau aujourd'hui... A suivre.

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