• Pater familias

     

     

     

     Depuis le 12 octobre                  

     

     

    Le commandant Cousteau et le Captain Fantastic donnent deux figures paternelles contrastées puisées dans la vie réelle et dans  le souvenir reconstruit. L’océanaute et l’homme des bois ont en commun une passion de la nature et un caractère bien trempé. Mais Cousteau laisse ses fils sur le rivage tandis que Fantastic embarque six enfants dans l’utopie, en rupture radicale avec la société de consommation.

    L’un a une vision romantique de l’exploration des fonds marins, l’autre a une vision politique de l’éducation. Ces deux pères font autorité dans leur domaine, ils personnifient l’aventure et le franc-tireur. Les enfants admirent leur géniteur tout en intériorisant leurs désaccords avec des guides enfermés dans leur chimère. Philippe Cousteau vit de loin les exploits de son père. Durant ses longues années de pensionnat, il épingle les coupures de presse à la gloire du Nemo contemporain sur les murs de sa chambre.

                                                              

    Philippe rejoint son père le temps de tourner un peu ensemble sous l'eau puis il marque sa différence. Philippel aime une seule femme au contraire de son père cavaleur; il donne un tour écologique à son exploration personnelle des océans. Philippe reviendra au père malgré leurs différends. Le nouveau projet de Jyc (Jacques-Yves Cousteau) est trop excitant, sonder l’Antarctique à la recherche de la baleine blanche. Jacques accueille Philippe à bras ouverts et cesse de le considérer comme un rival. Le fils aîné reste dans l’ombre du duo intrépide. Jean-Michel prendra sa place à la mort de son cadet en persuadant leur père de poursuivre la sensibilisation écologique de l’opinion impulsée par Philippe.

    Cousteau est dur avec son fils préféré, successeur désigné. Le patriarche Fantastic est ferme avec sa smala. Il impose un programme d’enfer à ses ouailles : conditionnement physique, chasse au gibier à l’arme blanche et surtout réflexion critique sur les idées et les événements.

                                                                 Captain Fantastic : Photo Charlie Shotwell, George Mackay, Nicholas Hamilton, Samantha Isler             

    Les mots ne suffisent pas, seuls les actes comptent. Voilà dix ans que la communauté vit au fond des bois, séparée de leur mère, internée dans un hôpital psychiatrique. Il émane de Ben une autorité incontestable. Le père forge les points d‘appui indispensables à une vie au ban de la société. Il pousse ses enfants à réfléchir par eux-mêmes, Ben refuse les mots vides comme "intéressant" en guise de critique de livre. A huit ans, Jaz explicite dans ses mots les amendements de la constitution. Impressionnant!

    Il manque cependant la douceur tampon d’une mère. Et lorsque celle-ci décède, les enfants pleurent à chaudes larmes. Ils veulent absolument assister à l’enterrement où ils ne sont pas les bienvenus, les grands-parents réprouvent le choix survivaliste de Ben. La confrontation à l’Amérique bien-pensante et nantie est terrible. L’aîné des six réalise qu’il ne sait rien à rien après un premier baiser avec une fille de passage qu’il veut épouser sur le champ. Il crie son impuissance à la face de Ben.

    Le chef doit reconsidérer ses convictions libertaires, poussé par sa progéniture qui a néanmoins bien intégré plusieurs valeurs

    essentielles glanées au contact étroit avec la nature.   Captain Fantastic : Photo Viggo Mortensen

    Matt Ross a mis beaucoup de son enfance et de son adolescence dans Captain Fantastic. Sa fiction a un goût de vécu. Il se souvient.

    Quand j’étais enfant, nous vivions dans des communautés en Californie du Nord et dans l’Oregon, au milieu de nulle part, sans télévision ou accès à la plupart des innovations technologiques. L’adolescence fut particulièrement difficile. Je n’avais pas de copains de mon âge quand j’ai commencé à être attiré par les filles. Tous mes amis étaient loin alors que je voulais avoir une vie sociale."

    L'homme au bonnet rouge et le coureur de bois chevelu suscitent la réflexion sur le modèle parental, sur les fondements de l’autorité, innée ou conquise.

    Description de cette image, également commentée ci-après  Philippe Cousteau                Le père Cousteau

    «Incarnatrice et représentative, l’autorité répond à une besoin spécifique de médiation entre l’individuel et le collectif. L’autorité est forcément personnifiée…  …Nul ne saurait rejoindre la condition humaine sans la médiation d’une autorité capable d’arbitrer, aux différentes étapes du parcours, entre ce qu’exige le principe de réalité, et ce que peut en saisir le candidat à grandir, c’est-à-dire à devenir comme les autres… (Conditions de l’éducation, Stock, p.157-158)  

    Justement, jusqu’où devenir comme les autres ? Le capitaine et le commandant illustrent deux parcours extraordinaires, se heurtant à des contraintes et des limites, bords et repères dont l’enfant est  d’abord demandeur, puis adulte, qu’il ajuste lui-même, souvent dans la tension, selon le degré d’intégration à la vie en commun souhaité.

     

     


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