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                                     Gemma Bovery

    Avant de voir Gemma Bovery, j’ai repris Flaubert, édité dans la prestigieuse collection Pléiade 

    volume acheté lorsque j’ai transmis ma librairie. J'ai cherché fébrilement  Madame Bovary, mœurs de province, égarée entre Kafka et Lamartine. Emma était mal rangée.

                                          

    Flaubert

                                           alt=Description de cette image, également commentée ci-après   et quelques autres grands écrivains, en Pléiade, est un choix gourmand. La compagnie exhaustive de grands écrivains n’est pas pour me déplaire, de même que me plaît l’idée de laisser en héritage un embryon de patrimoine littéraire universel à ma descendance. Ne croyez pas que je lis couramment des chefs d’œuvre dans le texte. J'apprécie surtout la documentation, les commentaires, le contexte de l'époque qui entourent les écrits. J'ai ainsi appris que Flaubert a avait été cité en justice, accusé d'immoralité et d'irréligion à la parution de Madame Bovary. L'édition reprend réquisitoire, plaidoirie et attendus du jugement rendu à l'avantage de Flaubert sur 70 pages de texte serré. On ne badinait pas avec l'adultère  en 1856.    

    J'aime tourner avec précaution les pages en papier missel pour y picorer des plaisirs impromptus de lecture, des tournures, des idées.  

    « La dernière journée s’était écoulée comme les précédentes, à reculer de quart d’heure en quart d’heure. »

    « Emma prêtait l’oreille au silence de l’église qui ne faisait qu’accroître le tumulte de son cœur.»   

    Quel bonheur! Je vous convie à lire ces phrases à haute voix et à en savourer le suc harmonique. J’imaginais ces mots dans la bouche de Fabrice Luchini, lecteur intégral de Flaubert, sur le conseil de son premier psychanalyste. Je me régalais d’avance, connaissant l’immense talent de l’acteur à rendre Céline, La Fontaine ou Molière.

    Mon attente fut déçue.  Gemma Bovery détourne finement la figure de la provinciale au comble de l’ennui. Anne Fontaine contient Luchini dans un rôle d’amoureux transi et démiurge. Nulle tirade, à peine quelques citations éparses et énormément de retenue dans le jeu d’un interprète qui, enfant, avait besoin d’attirer l’attention dans le XVIIIè arrondissement. Il arpentait  les rues parisiennes  en mimant le pape bénissant, a-t-il confié à La nouvelle Quinzaine littéraire.

    J’ai néanmoins passé 1h40 agréable et plaisante, en efforçant de ravaler ma déception de ne point revivre la jubilation de ma lecture matinale du grand œuvre de Flaubert. Gustave de son prénom, devenu Gus, diminutif attribué au chien de Joubert, boulanger de son état, clandestinement épris de la jeune voisine d’en face.                      

    C’est le métier d’acteur qui a amené Fabrice Luchini à la littérature. L’artiste autodidacte lit et relit pour comprendre. Sa formation a été faite uniquement par des passeurs de livres, dit-il à Pierre Pachet, dans La Quinzaine.

    - « Et l’écriture ne vous a jamais tenté ? »

    -«  J’en suis incapable. La solitude, l’espace non hystérique, non relationnel que doit vivre l’écrivain, l’acteur l’évite en jouant les textes des autres. Etre dans l’écriture, c’est certainement être capable de ne pas vouloir la relation aux autres tout de suite.»

    Fabrice et le cinéma ont en commun la transmission du goût de la lecture et de la relecture. Plus de la moitié des films sont des adaptations ou sont inspirés de romans et de nouvelles.le film d'Anne Fontaine est d'ailleurs inspiré du roman dessiné et illustré de Posy Simmonds, lui même inspiré par la célèbre Bovary.

     


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