• Passeport, ole hyvä !

     

     

                                                                               L’autre côté de l’espoir : Affiche

    Khaled est syrien, Mazdak est irakien. Ils fument une cigarette. Ils attendent un permis de séjour. Mazdak poireaute depuis un an, Khaled depuis un mois. L’un sourit, le deuxième soupire.

    - Mazdak, comment tu fais pour être toujours de bonne humeur ?  

    - Je ne suis pas de bonne humeur. Je fais semblant. J’ai remarqué que ceux qui paraissent mélancoliques sont renvoyés dans leur pays. Alors, je souris, sauf en rue.

                                                                     L’autre côté de l’espoir : Photo Sherwan Haji, Simon Al-Bazoon

    Khaled comprend pourquoi il ne faut pas sourire en rue. Des racistes en blousons noirs traquent l’étranger souriant et ceux qui ont l’air triste. La Finlande a deux visages derrière un faciès bonhomme. L’administration enregistre scrupuleusement les demandes d’asile, sans passion, ni compassion. Un policier se concentre sur sa machine à écrire, ne croise surtout pas le regard du demandeur. Même retenue chez une fonctionnaire de l’immigration ; elle pose les questions d’usage et écoute, neutre, Khaled raconter le drame qu’il a vécu à Alep. Précisons à sa décharge que l’exilé raconte sa triste histoire comme s’il lisait les cours de la bourse.

    La Finlande fait aussi semblant. Elle n’est pas accueillante et rejette la requête du jeune Syrien. Khaled saute la clôture et dort près des poubelles d’un restaurant. Le nouveau patron le prie de décamper. Ils font le coup de poing. Le patron cogne plus fort. Puis, il prend Khaled sous son aile. Wikström vient de changer de vie. Il a quitté sa femme alcoolique et a racheté une auberge décatie avec le gain d’une partie de poker douteuse. Wikström est tout désigné pour donner une nouvelle chance à ses semblables.

    L’autre côté de l’espoir : Photo Ilkka Koivula, Janne Hyytiäinen, Nuppu Koivu, Sakari Kuosmanen, Sherwan Haji Le portier, le cuisinier et la stagiaire de l’établissement soutiennent leur patron. Même s’il ne sourit pas beaucoup, leur nouveau chef consent facilement des avances sur salaires.

    Le connaisseur retrouve un univers familier.Comme toujours chez  Aki Kaurismäki, le salut réside dans la bonté des marginaux et des hors-la-loi. Le connaisseur retrouve un univers familier ; il sait qu’il doit concentrer son attention sur les mimiques et la gestuelle de personnages taciturnes, impavides, quelles que soient les circonstances. L’image, les dialogues, les décors sont minimalistes, fidèle au style épuré et cadré du cinéaste finnois. On sait à quoi s’en tenir, ce n’est pas un cinéma vibrant ( surtout à deux dans une salle).

                                                     L’autre côté de l’espoir : Photo Sherwan Haji

    L'autre côté de l'espoir (15 mars) dépeint un monde de bons et de méchants. Avec de la chance, vous tombez sur la bonne personne au bon moment. Avec de la malchance…, on prend vite un coup de couteau. Kaurismäki manie moins l’humour décalé qu’à l’accoutumée. Le sujet grave de l’immigration porte plutôt à souligner l’humanité des gens simples. Le public et les critiques  encensent le cinéaste du pays des grands lacs. Le cinéaste laconique a le tact de tourner au compte-gouttes, un film tous les cinq ans à peu près. Alors oui, je prends les deux  Kaurismäki de la décennie, parce que c'est lui, à nul autre pareil. La curiosité me guide, mais à la longue, je pense que je ferai l'impasse sur le prochain.        

    Je comptais voirThe Lost Ciy of Z dans la foulée. Séance remise, l’envie s'était évanouie. Le soleil brillait, j’ai ressenti un besoin de grand air. L’air de rien, la désespérance sourde du film avait miné ma bonne humeur. J’ai pensé à tous les migrants qui frappent aux portes de l’Europe et qui battent le pavé en attendant des jours meilleurs. Je leur souhaite le coin de soleil auquel ils aspirent.

     

     

     

     


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