• Passé recomposé

    Maria Altmann près du portrait doré de sa tante récupéré après sept ans de procédure intentée contre l'État autrichien.

    La toile de Klimt pendait aux cimaises du Belvédère à Vienne, une des 100.000 oeuvres non encore restituées  à leurs propriétaires

    spoliés par les nazis.  La femme au tableau  (sorti 15 juillet) relate scrupuleusement ce combat épuisant en fin de vie pour honorer la mémoire familiale. Maria se décide sur le tard, la mort de sa soeur la poussant à redresser un passé injuste. Le principal mérite du film réside dans  son assise historique. Simon Curtis a pu compter sur l'aide précieuse de l'avocat toujours vivant qui a secondé Maria, décédée en 2011. A défaut d'être vibrant, le récit de ce bras de fer avec l'Autriche est passionnant et suscite la discussion sur l'opportunité de raviver peu ou beaucoup le passé.

    Maria est tentée de baisser les bras, lasse des embûches de procédure posées par un Etat qui ne veut même pas admettre l'origine douteuse de la "Joconde" de Vienne.  

    "Laissons le passé là où il est. Allons de l'avant", dit-elle à son jeune avocat. Celui-ci insiste. Il a lâché son boulot, s'est endetté, et surtout il a vécu un choc émotionnel devant le mémorial juif à Vienne. Il ressent  brusquement la tragédie de ses grands-parents

    déportés et tués à Treblinka. Randol Schoenberg, petit-fils du compositeur, remballe ses motivations initiales, purement matérielles, et s'emploie désormais à ce que justice soit rendue envers et contre tout.

    J'étais d'humeur bizarre à la fin du film, abattu,vaguement triste. Les hésitations de Maria à remuer un passé douloureux m'ont renvoyé à mon rapport avec une jeunesse difficile évoquée dans mon dernier livre. Dans quelle mesure un passé pénible altère-t-il le présent et l'avenir ? Ce poids ne pèse-t-il pas à mon insu?

    Les réactions de lecteurs me confrontent régulièrement à ces questions. Les commentaires portent souvent sur la partie biographique, avec cette demande, -"si cela ne vous gêne pas-, avez-vous revu votre père? " Généralement, ces lecteurs ont eu des relations compliquées avec leur paternel.

    Il y a donc résonance entre mon récit et la vie du lecteur. Et des effets rebonds aussi. Une personne me raconte s'être souvenue d'un film, d'un événement et d'une terrible émotion en lisant mon histoire. Elle me raconte la sienne. Angèle (nom imaginaire) se souvient de l'embarquement de son père pour le Congo. Elle a trois ans et demi, elle a peu vu son père, en froid avec son épouse enceinte d'Angèle. La fillette regarde le bateau s'éloigner dans le chenal d'Anvers et disparaître à l'horizon.

     

                                                                             Un brin de promotion Ce dont elle ne se souvenait pas lui est revenu en mémoire en regardant Mon père ce héros à la télé. Une adolescente craint de perdre son père et crie "Papa, papa." Ce cri à l'écran a déchiré l'écran d'Angèle. Elle s'est rappelé avoir poussé pareille plainte sur un quai du port d'Anvers dans les années 50.

    Angèle n'a vu que deux de la cinquantaine de films cités ou racontés dans Le cinéma une douce thérapie. 

    "Mes moyens  ne me permettaient pas d'aller au cinéma. Mais bon, moi, ce que je retiens de votre livre, c'est l'histoire avec votre père, qui m'a replongé dans la mienne."

    J'ai longuement hésité à me livrer dans un essai  sur les vertus thérapeutiques du cinéma. Si j'ai finalement "payé de ma personne", c'est pour valider la puissance affective du cinéma. Je ne m'attendais pas à des retours aussi percutants, amplifiés dans les ateliers de ciné-thérapie.

     

                                                         Prochain atelier le 21 août à Namur


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