• Pas fou, non!

     

     

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    Un flic alcoolo et toxico, une clocharde teigneuse et bigote, un dramaturge tourmenté et bonasse, trois profils atypiques dans un monde prompt à pointer du doigt ceux qui excèdent la normalité.

    Jeffrey dirige la brigade grand banditisme d’Atlanta dans Triple 9 (13 avril en Belgique, 16 mars en France), polar musclé et sommaire. Il école son neveu muté des beaux quartiers aux zones hors-la-loi des gangs latinos. Chris rêve de changer les choses. Son oncle ricane en enfilant sa Xème mousse : «tout ce que tu as à faire, c’est d’être plus monstrueux que le monstre et le soir tu rentres chez toi».

    Drogue et alcool déconnectent Jeffrey d’une réalité hyper violente et frustrante.                       Ces deux toxiques le maintiennent à flot, lui permettent de veiller sur son neveu, promesse faite à la mère de Chris. John Hilcoat excelle dans la peinture d’univers apocalyptiques, Atlanta poussant comme un champignon hybride, parsemé de territoires de non droit, établis dans des quartiers sociaux abandonnés, investis par des bandes barbares. Triple 9 dégage une vraie tension mais déçoit par la psychologie rudimentaire de protagonistes stéréotypés.

    Mary Sheperd, The Lady In The Van (13 avril et 16 mars), squatte un quartier bourgeois de Londres dans les années septante. Sa camionnette décrépie s’installe dans la cour d’Alan Bennett, trop mou pour endiguer la perfide Lady.

                                                                

    Pourtant, Mary pue, grinche, agresse et attendrit lorsqu’elle laisse percer un passé au couvent et sur une scène de concert. Elle monte dans les tours à la moindre note de musique flottant à proximité de son Van qu’elle aime repeindre en jaune vif. Une sacrée nature.

    Alan va supporter quinze ans (histoire vraie) ce voisinage intempestif, partagé entre charité et répulsion. Il subit les caprices et frasques de la vieille nauséabonde tandis qu’il préfère tenir à distance sa mère déclinante. Alan dialogue avec son double, l’auteur de théâtre qui sublime le quotidien d’Alan, citoyen indécis et honteux de son homosexualité.

    Bennett écrivain projette le Bennett insipide sur les planches, seul en scène à monologuer sur son intimité agitée. L’humour très british et de belles brindilles d’humanité gomment une facture trop théâtrale à mon goût.

    Mary, Alan et Jeffrey sortent du moule des gens normaux. Leur comportement traduit une souffrance que certains s’empresseront de caler dans une nomenclature pathologique. Il s’agit d’identifier illico presto le dysfonctionnement organique ou psychique et de prescrire les remèdes adéquats. Le système rejette le désordre. Cela remonte à la nuit des temps lorsque l’homme primitif excluait les inadaptés, menaces pour la survie de la communauté. Aujourd’hui, la sélection est plus feutrée, même si les personnes souffrant

    de troubles mentaux graves continuent à être agressées dans la rue.Des portraits saisissants de SDF | Photos | Pinterest

    Exit fou, aliéné, dément, place  à la santé mentale, au trouble de la personnalité, au patient atteint de troubles mentaux.  Ce qui ne change pas, c’est la gêne de la personne souffrante ; elle  continue à censurer son malaise, honteuse ou coupable de sortir du lot de bien-portants. On estime à 60% la proportion de personnes qui taisent leurs problèmes. Les anxieux chroniques consultent seulement huit ans après le début de leur trouble, le délai culmine à vingt ans pour la dépendance à l’alcool.

    Il est vrai que la définition du trouble de la personnalité incite à la discrétion : caractérisé par un ou plusieurs comportements différents des normes et attentes sociétales. Les individus diagnostiqués de troubles de la personnalité peuvent éprouver des difficultés en matière de cognition, d'émotions, de relations sociales et/ou interpersonnelles, et de contrôle des impulsions. L’expression «normes et attentes sociétales» prête le flanc à toutes les interprétations.

    Les thérapies humanistes centrées sur la personne  (pratiques narratives incluses) évitent de classer les «individus» dans des grilles préfabriquées. Chacun est rencontré comme un être singulier, unique, en évolution permanente, en interaction avec  l’entourage, le milieu  professionnel et la société.

    Évidemment, la distinction entre troubles légers et sévères subsiste au-delà des différences de courant. Les maladies psychiques existent bel et bien. Les pathologies avérées, assorties de conduites violentes ou agressives, dangereuses pour la personne elle-même ou pour les autres nécessitent un suivi spécifique.

    Suicidaire, paranoïaque, borderline, schizophrène, dépressif chronique, bipolaire, psychotique, arriéré mental, une large terminologie décline la démence -littéralement être hors de son esprit-. Ces termes sont entrés dans le langage courant peut-être parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à s’enfermer dans la maladie pour oublier leur vie.

    Des témoignages sur la maladie en bande dessinée - Sciences et ... Darryl Cunningham a fréquenté longtemps les patients difficiles. Il a lui-même connu la dépression. Lorsqu’il il était infirmier psychiatrique, il tenait un journal, aujourd’hui converti en bande dessinée. L'album allie vulgarisation et sympathie, recueil d’impression fortes et d’explications claires des grandes maladies mentales. Un chapitre est consacré à l’apport des personnalités dérangées. Winston Churchill côtoie l’actrice Judy Garland et le fondateur des Beach Boys, Brian Wilson.

    Ne dit-on pas, plus on est de fous, plus on rit. A quand les cures de fou rire…

     

     

     


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