• Parler encore et toujours

     

                Un premier atelier bruxellois aura lieu le 16 mai sur le thème de la maternité  

                                          Deuxième atelier fraternel le 23 mai prochain.

     

    La ligne claire était la meilleure option pour tourner une page de la sombre histoire de l’Allemagne nazie. Le labyrinthe du silence ne s’embarrasse d’aucunes fioritures en retraçant l’enquête d’un jeune procureur sur les bourreaux d’Auschwitz en 1958. L’instruction patiente et minutieuse du magistrat débutant débouchera sur un procès retentissant à Francfort dans un pays qui ne veut rien savoir des camps d’extermination. L’Allemagne entend épargner à ses enfants la révélation traumatisante de pères bourreaux. La honte ajoutée à l’ignominie serait insupportable. Alors tout le monde se tait. Les livres sur la Pologne disparaissent des bibliothèques, la justice ferme les yeux, le pays se concentre sur l’envol économique et des lendemains heureux.

     

                              Alexander Fehling interprète le jeune magistrat chargé de mener l'enquête sur des SS.


    Johann représente les trois courageux procureurs qui ont présidé à cinq années de recherche et d’auditions de témoins. Il a une haute idée de la justice, animé par la devise paternelle : Fais ce qui est juste. Johann empile les témoignages de rescapés d’Auschwitz. Ceux-ci hésitent à parler, parce que la réalité est innommable, parce qu’ils sont attachés à leur patrie, l’Allemagne, sourde à un passé immonde. Johann se démène avec une équipe réduite, encouragé par un supérieur juif, soutenu lui-même par un ministre de la justice conscient de l’importance d’un procès fondateur de la démocratie d’après guerre.

     

                                                    


    Johann plonge dans les 600.000 dossiers secrets confiés à l’archivage du vainqueur américain. Il déambule hébété entre les rayonnages vertigineux où repose la mémoire criminelle d’un pays qui incline à l’amnésie. 8.000 dossiers concernent Auschwitz. Son courage est mis à rude épreuve face à l’inertie de la police, l’isolement au sein de l’appareil judiciaire et la morgue de nazis détenant les rênes de l’économie. Mais les témoignages des ex-prisonniers sont accablants et bouleversants pour ceux qui les recueillent. L’émotion décuple l’ardeur mise à instruire un procès qui rendra un début d’honneur à l’Allemagne souillée par le génocide juif.


    La mise en scène minimaliste resserre l’attention du public sur l’enquête et le contexte de l’époque. Une romance entre Johann et la fille d’un nazi tourne court. La fille prend le parti du père. Il y eut des dilemmes cornéliens dans de nombreuses familles apparemment bien sous tous rapports. Giulio Ricciarelli réussit le pari d’un premier film sur un sujet épineux. Il a pu compter sur l’apport de Gerhard Wiese, un des trois procureurs toujours vivant. L’horreur de l’extermination est montrée pudiquement à travers les seules paroles des survivants. Dire, raconter, exprimer suffit à convaincre et à inscrire une réalité inimaginable.


    Les mots prennent un sens historique après avoir été détournés de leur sens sous la propagande nazi. Nicole Malinconi et Jean-Pierre Lebrun insistent sur une langue porteuse d’altérité. Cliquez pour voir l'image dans sa taille originale  Ils décodent le processus de nazification de la langue qui camoufle le génocide sous des termes purement fonctionnels. Un processus de déshumanisation qui fait du juif, un « traité », un « élément », une « pièce », acheminé vers les camps comme une marchandise. On parlait d’arrivage et non d’arrivant ; de parti en voyage et non de prisonnier ; de camp de concert et non de concentration…

    L’être est réduit à une chose. La réification du vivant nous pend toujours au nez dans une société qui intègre des termes économiques et informatiques au quotidien. Je pense notamment au verbe gérer mis à toutes les sauces, jusqu’à « gérer » des émotions. Et aussi booster, forwarder, coaching, training, flyer…, cool, super, extra…. Un mot et puis plus rien.


    L’immédiateté, l’urgence, aplatit les nuances et lisse les différences socio-professionnelles ou la différence tout court. On ne dit plus pauvres, mais exclus. Les chômeurs sont devenus des sans emploi. Les femmes de ménages sont promues techniciennes de surface. Les contrôleurs SNCB accompagnent les trains. Les parents disparaissent dans la parentalité. Comme s’il fallait estomper l’altérité inhérente à l’être humain, différence que les marchands s’emploient à dissoudre dans les canons du consumérisme effréné.
    La singularité est niée, pointée du doigt, rejetée… ou massacrée exterminée lors de génocides, d'animosités ethniques ou de divergences confessionnelles.

     

                                           Le Labyrinthe du silence : Photo Alexander Fehling, Johann von Bülow


    Le labyrinthe du silence est un film grand public, tous publics, à voir toutes affaires cessantes, en famille, entre amis, en classes pour amener de la parole là où un le silence mortel a tendance à s’incruster.

     

    J'ai déjà parlé de Tous les chats sont gris sur les écrans belges aujourd'hui


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