• Paris narratif

     

                                          Nouvelle programmation d'ateliers ciné-narratifs ici

     

     

    J’ai beau être habitué, je suis toujours étonné de la réactivité des participants à une ciné-narration. Étonnement plus grand encore lorsqu’impressions et ressentis éclosent sans avoir vu de film sur le moment. C’était la situation de ce week-end à Paris où Karine Abitbol, m’avait convié à dédicacer Le cinéma, une douce thérapie en préambule à son nouveau spectacle sur les couples légendaires au cinéma. Une huitaine de personnes avaient rallié la cantine du théâtre Clavel, sur les Buttes-Chaumont, siège jadis des célèbres studios de cinéma et de télévision (1956-1990).

                                                                             

    Je raconte ma belle amitié avec le cinéma vécue depuis l’enfance et puis je sonde les auditrices attentives sur leurs relations avec les films.

    - Moi, je vais au cinéma pour m’évader, pour voyager. Peu importe le genre, pourvu que je sois dépaysée. C’est surtout un divertissement.

    Cette  intervenante attribue plutôt une valeur d’usage à ses sorties cinéma, elle apprécie la distraction liée à la projection et ça lui suffit.

    - 120 battements par minute m’a renvoyée trente ans en arrière. J’étais bouleversée. En sortant, j’ai raconté quelque chose que je n’avais jamais dit à personne. C’était incroyable.

    Le film a résonné a tellement fort chez cette spectatrice qu’elle a brisé le silence qui celait une émotion ancienne. Le film a ici une valeur émotionnelle, associée à un phénomène de catharsis. Le cinéma raconte des histoires qui nous parlent et nous avons envie d’en parler. Je rebond-dis sur les battements effrénés du cœur.

    - D’autres personnes ont-elles été surprises par la montée d’une émotion ou par une révélation d’une facette de sa personnalité ?

    - Oui, moi ! Ça m’est arrivé récemment en regardant Les ogres. On y danse, on rit, il y a de la joie. Je me suis dit que, tiens finalement, j’étais gaie moi aussi. Je me suis vue projetée sur l’écran. Cette distance m’a permis de voir une nouvelle facette de ma personnalité. Mais bon,  je n’aime pas trop parler de ce que j’ai vécu tout de suite après le film. Je le garde pour moi.

                                                                

    Cette dernière personne illustre la valeur identitaire d’un film. Elle a vu la représentation d’une parcelle méconnue d’elle-même et a construit du sens à partir de cette projection : je suis gaie aussi.

     La parole grossit. Les plus réservées s’enhardissent.

    - Je fuis les films qui me rappellent mes problèmes. Je ne me décide pas à les affronter. En écoutant ce qui se dit ici, je me dis que je devrais y aller, que ce serait peut-être bénéfique.

    - Idem pour moi. Je vais au cinéma pour me détendre, pour ne plus penser à ce qui va mal. Du coup, je vois souvent des bêtises,  je ne vois que des films idiots. C’est dommage.

    - C’est vrai que je n’avais jamais envisagé le cinéma comme un outil de réflexion ou de connaissance de soi, reprend l’adepte des films d’usage. Jamais, jamais, répète-t-elle, pensive. Ça m’intéresse. J'ai envie de'essayer.

                                                    New Trailer for ‘Wind River’ Starring Jeremy Rener and ...

    Cinquante minutes, légères et profondes ont livré de beaux moments rien qu’en parlant des effets d’un film et des postures du spectateur. Peu de  titres ont été cités. Les grands espaces de Danse avec les loups appellent les grandes étendues enneigées du Wyoming déployées dans Wind River (sortie 20 septembre en Belgique, le 30 août en France) que nous avons vu la veille, mon épouse et moi.

    - Je me sens proche de l’âme indienne. J’aime leur osmose avec la nature. J’apprécie aussi la montagne, le silence, dit Martine.

    Nous avons tous deux aimé l’enquête sur un meurtre dans une réserve indienne. Le pisteur aguerri  et la jeune recrue du FBI font équipe sur des terres reculées et hostiles.Cory aide Jane à détecter les signes. Le traqueur pleure encore la mort de sa fille, née d’une indienne. Il essaie d’apprivoiser sa souffrance, ravivée par l’exécution de l’amie de sa fille. La vie pénible des nés natifs, relégués au bout du monde, perpétue le génocide commis par les cow-boys blancs. Indigne d’une démocratie.

     

                   

    Je ferme la parenthèse. Nous gagnons la salle de spectacle. La veillée se prolonge en  écoutant Karine chanter, raconter  et célébrer les couples célèbres du grand écran, de Casablanca à La la Land, en passant par West Side Story, Les Demoiselles de Rochefort ou Le secret de  Brokeback Mountain. Les chansons sont extraites des films qu’elle a aimés, des films liés à l’histoire familiale, des films vibrants à diverses époques de sa vie. Elle transmet des sensations, elle interpelle la salle et dialogue avec son pianiste. Sébastien réplique  en contrepoint des enthousiasmes débordants de sa comparse. Le duo fait mouche. Le salon décor est  rempli d’objets évoquant les films cités et chantés. Une heure trente de voyage au pays de la romance, salué par un public conquis. Un spectateur assidu filme les concerts de Karine depuis sa  première rencontre avec une chanteuse décidée à chanter coûte que coûte. Elle a délaissé une carrière lucrative de coach pour suivre son aspiration d'enfance. Elle réalise son rêve, la fiction devient réalité, ou au moins, elles se rejoignent. Chapeau l’artiste !

    « Soyez acteur de votre vie, composez votre bande originale ». Cette injonction positive clôt la prestation de Karine Abitbol (prochain spectacle le 14 octobre au Cin'Hoche de Bagnolet). Il y a similitude entre ce propos et le thème de mes ouvrages passés et à venir (Ciné-narration, une façon d'être, en novembre prochain). Cette synchronicité a poussé la lectrice à pendre contact avec l'auteur. De fil en aiguille, de Namur à Paris, nous avons parlé avec ses anciens employeurs d’un important cabinet de consultance, de la possibilité d’organiser des ateliers de ciné-narration dans la ville lumière. Suite au prochain épisode. Le rêve…

     

     

     

     


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