• Ombre et lumière

     

     

    L'Opéra : Affiche 28 juin

    Une scène condense la trajectoire du documentaire de Jean-Stéphane Bron sur L'Opéra de Paris. Le point de vue est celui d’une assistante en coulisses, un paquet de mouchoirs en papier à la main, une bouteille d’eau dans l’autre. Sur la scène, la soprano donne le meilleur de sa voix. Elle transpire à grosses gouttes, invisibles du grand public, gênantes pour l’artiste. Lors d’un répit, elle glisse sur le côté de la scène où son habilleuse lui tend les petits mouchoirs. A la fin du spectacle, la diva demande à sa « servante » de la filmer en train de recueillir les vivats du public sur le devant de la scène. L’assistante saisit l’image du mieux qu’elle peut, attentive à ne pas franchir la frontière qui sépare l’ombre de la lumière. La primadonna lui échappe, revient dans le cadre, salue…

    Nul sourire sur le visage concentré de l’aidante, mais une tension venant du souci d’être au service de l’œuvre commune que représente la création artistique. Chacun, quelque soit son rang, s’efforce à l’excellence jusque dans le moindre détail, dans un élan qui le dépasse. Le projet commun anime l’engagement de tous, au profit  d’un bastion de la culture, érigé sur la place de la Bastille, haut lieu de la Révolution française. Le combat continue pour démocratiser l’accès au parterre réservé aux nantis capables de débourser 230 € minimum. Une séquence à livres ouverts divulgue le débat difficile sur l’abaissement du droit d’entrée.    

                                 Photo 4 pour L'Opéra

    La caméra a reçu carte blanche. Elle nous immerge dans le ventre d’un géant vibrant du sous-sol au huitième étage. Que de peine et de tourment sur le long chemin de la perfection. Le chœur accepte de répéter un an au lieu des habituelles quatre à six semaines. Une danseuse s’écroule, haletante, à bout de forces, après avoir voltigé gracieusement, le sourire aux lèvres. Un plan séquence la voit radieuse sous les projecteurs, puis, éreintée, le torse courbé sur les jambes, à reprendre son souffle.

                                                 L'Opéra : Photo

    La musique de chambre relie les « images », terme d’opéra, désignant les tableaux ou les scènes du spectacle. La musique est forte, mezzo ou piano selon la dramaturgie des relations humaines. Les  heurts sont parfois soutenus, opposition des caprices d’un metteur en scène au réalisme de choristes préférant le son du chœur rangé en carré plutôt qu’en diagonale. La détresse aussi de ce jeune chanteur russe, en classe pendant deux ans à Paris, effondré dans sa loge, après une prestation qu’il juge nulle.

     

                                                      Opéra Bastille Il arrive que la caméra file vers l’extérieur, plantée au huitième, le bureau du directeur. On voit Paris à 180°, dont la vie trépidante semble étrangère au paquebot Opéra-Bastille, bien obligé néanmoins de réduire les tours lors d’une grève générale. Jean-Stéphane Bron a humé les lieux et les gens six mois avant de commencer à tourner. Il a rencontré les artistes, la direction, les bruiteurs, les régisseuses, la classe de banlieue élue pour apprendre le violon au sein de l’imposant établissement. Cette plongée préalable dans l’intimité de l’institution lui a permis d’enregistrer des ambiances et de capter des moments saisissants. Tel ce plan inattendu : les violonistes de banlieue en stage croisent à contresens une femme de ménage aussi noire qu’eux, occupée à astiquer la rambarde. L’escalator social reste sélectif.

    Finalement, l’Opéra constitue un microcosme en soi, miroir des inégalités sociales, toutefois sublimées par l’enjeu collectif de la création. De son mieux au bénéfice de l’œuvre, dans le respect de la singularité et des compétences de chaque individu.  Moi qui suis réfractaire à l'art lyrique, le charme opéra.

                                          


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