• Octobre et le Paris dévié

     

                                                                       Atelier Cinémouvance le 24 octobre 

     

    J’ai vu une description animée de l’uchronie-un mot que je ne connaissais pas- dans Avril et le monde truqué (4.11 en Belgique et en France). Napoléon 3 meurt en 1870 juste avant faire la guerre aux Prussiens. Son fils fait la paix. Une ligne directe Paris-Berlin est établie en téléphérique dirigeable. 

                           Avril et Julius


    L’ uchronie réécrit l’Histoire à partir de la modification d’un événement passé. La porte est grande ouverte à l’imaginaire, celui de Tardi en l’occurrence, même si le créateur d’Adèle Blanc-Sec n’est entré en scène qu’à la dixième mouture du scénario écrit par son vieil ami Benjamin Legrand. Tardi a conçu un storyboard précis en soignant les accessoires, les costumes et les personnages. Puis il s’est retiré du projet pour laisser toute liberté à l’équipe tri-nationale.


    Dès les premières images, j’ai retrouvé le plaisir éprouvé à lire les albums. La patte Tardi https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/35/Paris_-_Salon_du_livre_2013_-_Jacques_Tardi_-_004.jpg  est reconnaissable  entre mille; son trait épuré, son humour, son souci du détail, sa gouaille et sa fascination du troisième arrondissement parisien. Je me souvenais d’une ambiance désenchantée, d’antihéros, de personnages ballottés par le destin.


    Une citation du philosophe Paul Ricoeur me vient à l’esprit :


    «Il a fallu que quelque chose demeure de la première impression pour que je m’en souvienne maintenant. Si un souvenir revient, c’est que je ne l’avais pas perdu ; mais si, malgré tout, je le retrouve et le reconnais, c’est que son image avait survécu.»

     

                                        Avril et le monde truqué : Photo

    Je poursuis l’uchronie. En 1941, le monde cherche désespérément des savants disparus mystérieusement. Privée d’Einstein, Fermi, Fleming…, l’humanité est figée à l’ère du charbon et de la vapeur. L’atmosphère est irrespirable. Il n’y a ni électricité, ni voitures, ni radio, ni télé. Avril, fille de savants, mène l’enquête en compagnie du chat parlant Darwin et de Julius, titi de Paris. Les varans mènent la danse, avec des ambitions écologiques, verdir les planètes du système solaire. Après l’uchronie, bonjour l’utopie. Nous sommes en plein délire et c’est gai.


    Toujours selon Ricoeur, une des fonctions du récit de fiction est de « libérer rétrospectivement certaines possibilités non effectuées du passé historique. » Le temps du récit de fiction s’émancipe du temps chronologique et historique. Donc, tout est permis, à partir d’éléments ou de faits réels, déviés de leurs cours normal. L’œil aiguisé (le dilettante se laissera surprendre) du spectateur repère les anachronismes, les allusions à notre époque polluée et violente, insérés dans un coin de décor foisonnant. Les quelques touches de couleurs vives dans le noir et blanc cher à Tardi réjouissent le regard.

    Avril et le monde truqué : Affiche Les animateurs ont reproduit la texture de la pointe de stylo Rotring du dessinateur.        

            Ils ont ajouté de la mine de plomb pour rendre au mieux la gouache. Un régal de la première à la dernière planche, pardon, image.Avril et le monde truqué est un mélange rocambolesque de poésie, de rêve, d’humour et de parti-pris politique. « La science des émotions n’est qu’illusion », dit quelqu’un à la fin du film. Le bonheur est incalculable.

                                                        Avril et le monde truqué : Photo

    Du coup, Phantom Boy (14.10 en France, 21.10 en Belgique) pâtit de la comparaison. Ce polar étrange et fantastique séduit par l’animation réalisée à la main sur papier. New-York fascine les auteurs, déployée dans ses lieux mythiques.

    Je réalise combien la Grosse pomme habite la conscience collective. Phantom Boy»: Le petit héros français qui joue dans la cour des ...

    Les décors ont été réalisés avec des craies à la cire sur planches. Les coups de crayon et le passage du crayon apparaissent à l’écran, ce qui donne à la métropole un air de jamais vu. Le scénario suit péniblement l’inventivité graphique. Dommage.


    J’aime le cinéma d’animation hors des formats hollywoodiens. Je me réjouis de la consécration du Chant de la mer en Irlande. Le superbe opus de Tomm Moore a été élu meilleur film à la 12ème édition des prix de l'Académie irlandaise de cinéma et télévision. Il pourrait figurer aux côtés des trois films d’animation racontés dans mon livre, sous le thème des enfants courage : Le jour des corneilles, Les enfants loups et Colorful

     

                                            Le Jour des Corneilles : photo  Le jour des corneilles     

                                                                                                                               Colorful

                                                               
    Un mot encore sur la suite du Labyrinthe, la terre brûlée qui a démarré sa première semaine en France à 1.2 million de spectateurs. J’ai pris un plaisir adolescent à suivre le deuxième épisode,toujours friand d’un combat inégal contre une multinationale, porté par des valeurs telles la solidarité, le courage, l’audace. C’est cousu de fil blanc, mais je marche. A souligner, la représentation plausible d’un monde post réchauffement climatique, de plus en plus présent dans les médias et les esprits. La salle était pleine à la première séance de l’après-midi, trois semaines après sa sortie en Belgique.

                                                            http://www.cheeky.fr/blog/wp-content/uploads/2015/07/pont-detruit_le-labyrinthe-la-terre-brulee_le-blog-de-cheeky.jpg

     


    Ma prochaine séance, Belles familles, qui divise la critique et le public. L’enthousiasme d’un ami cinéphile me pousse à revoir ma décision de faire l’impasse. J’ai vu tous les films Jean-Paul Rappeneau, cinéaste économe, auteur de huit films en quarante-deux ans. Il a commencé tard (41 ans) et compte aujourd’hui quatre-vingt trois ans.

                                                             http://www.maxoe.com/img/uploads/2015/07/bellesfamilles.jpg

    Les octogénaires ouvriront bientôt leur académie, avec Woody Allen, Clint Eastwood et Ridley Scott au comité d’accueil des petits nouveaux. C’est bien connu, le cinéma conserve.

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :