• Nuis toujours

     

     

     

                                                    (18 janvier)                             Live By Night : Affiche

    La guerre vous change un homme. Joe revient à Boston après avoir été engagé volontaire dans les tranchées de 14-18. Il est bien décidé à ne plus suivre des ordres stupides. Il sera un hors-la-loi, pas un gangster, nuance. Sa carrière de bandit indépendant commence en 1926, âge d’or de la prohibition. Il signe d’emblée un style frondeur en plumant le caïd local de son argent et de sa  petite amie. Cet « exploit » lui vaut trois ans et deux mois de prison, une peine négociée par son père commissaire auprès d’un procureur amateur de jeunes garçons en fleur, photos à l’appui.

     

    Live By Night : Photo Joe est le cadet d’une famille d’irlandais, il a un frère flic et un deuxième frangin scénariste à Hollywood. Des gens honorables, pas comme Joe, qui a certes une morale, mais difficile de conserver une ligne claire dans un monde de brutes, surtout après un braquage de banque meurtrier filmé avec maîtrise. Ben Affleck réalise un quatrième long-métrage rutilant, opulent dans la reconstitution fastueuse du Boston d’après-guerre. La véracité des décors et une intrigue à rebondissements tirée du roman éponyme de Dennis Lehane (le James Ellroy de la côte Est) justifie l’intérêt du spectateur envers une histoire classique de gangsters, noire et dramatique.

    Une fois encore, le côté sombre de la force m’a attiré. J’étais curieux de savoir comment un père flic pouvait veiller sur son fils renégat et le sanctionner en même temps ; comment une femme élégante et belle pouvait vivre avec un homme violent par nécessité, sinon par vice. Ce paradoxe, Martin Scorcese l’évoque dans une interview au Monde Magazine lorsqu’il se rappelle son enfance à New York début 1950. Il était compliqué de ne pas être un dur à Little Italy, et il ne l’était pas. Il ne comprenait pas ce hiatus entre la sérénité à l’intérieur de l’église et le chaos de la rue.

                                                  

    Joe raconte sa vie à la première personne, lucide sur lui-même. Il vit la nuit, dans le noir, couleur propice aux règles spécifiques à la vie nocturne, code moral édicté par l’appât du gain et la férocité des durs à cuire. La nuit, on ne triche pas, le puissant impose ses règles, malheur à qui les enfreint. Joe domine son sujet et ses sujets, sous l’emprise toutefois d’un parrain italien. Il est mandé à Tampa, Floride, pour développer la contrebande du rhum. Joe s’allie aux cubains producteurs du nectar convoité. Cette alliance d’un catholique avec des métèques choque l’église et le Ku Klux Klan en plein essor. Joe symbolise un métissage honni et le péché ambulant. Paradoxe encore d’une Amérique, à la fois chantre de la démocratie et fondée sur la corruption, le racisme et la violence. Qui s’étonne encore de l’avènement d’un président amoral, porteur de l’ADN des pionniers du nouveau monde (Un avocat de son père, Fred Trump, conseil de plusieurs grands parrains de la mafia, a d'ailleurs appris l'abc du business musclé à Donald).

    Ils vivent la nuit brasse des thèmes intéressants et n’en approfondit aucun. Les personnages restent des silhouettes au service d’une bonne histoire menée tambour battant. Ce film de genre classieux séduit sur la longueur, fidèle à un maître du roman noir adapté pour la quatrième fois au cinéma.

     


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