• Notes d'étoiles

     

                                   

     

    Ennio Morricone est mort hier. À 90 ans, il avait décidé de ne plus écrire de musique de films. Il composait après de longues discussions avec le réalisateur, il ne regardait pas les images. Avec lui, la musique était érigée au rang de personnage à part entière. Les notes exprimaient les sensations et les émotions lors des longues plages de silence des westerns spaghetti de son complice Sergio Leone, seuil d'une célébrité jamais démentie en soixante ans de carrière.

    Le jour de sa mort, j’ai revu La La land, à ciel ouvert. J’ai voulu tenter l’expérience du drive in, avec un film musical en cinémascope, sur écran Led, à la bande sonore impeccable, diffusé sur la radio des véhicules. La FM rend tous les bruitages, que ce soit le cliquetis d’une clé, le glissement d’une semelle sur le tarmac, un moteur de voiture lointain, en arrière–plan des voix. La musique joue véritablement le rôle principal ; les acteurs se meuvent en osmose avec une partition tour à tour endiablée et romantique. L’écran accentuait la luminosité des couleurs. Nous étions à environ à vingt mètres de la toile, au troisième rang, pile dans l’axe.

     

                                                               La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

    Les amoureux dansent sous la voûte céleste. Du coup, mon regard traverse la vitre, se fixe sur la lune, puis sur les reflets des images fugaces sur les carrosseries. Un couple joue le jeu à fond, au volant d’une belle américaine décapotée. Souvent j’ai été tenté de commenter l’une ou l’autre séquence, bien isolé dans notre habitacle. Mais ce n’est pas  comme la télé chez soi. Même à l’extérieur, dans notre bulle, une projection incite au retour sur soi, au souvenir de visions antérieures d’un des meilleurs spectacles des cinq dernières années.

    Une buvette ambulante circulait entre les véhicules, surmontée d’un éclairage à lampadaire des années soixante, Un brin surréaliste. Nous avons ouvert l’œil jusqu’au générique final, vers une heure du matin, écouté sur la route du retour, tant que la fréquence modulée portait. Le son a disparu juste au dernier accord. Magique !

    Ce deuxième retour au cinéma m’a plu, il efface l’impression tristounette d’une salle quasiment vide la semaine dernière. Nous étions une soixantaine d’autos. Je n’ai jamais regardé nos voisins, je tenais à respecter leur vie privée, sise dans une résidence secondaire éphémère. J’attends maintenant le prochain titre qui me fera bouger. Je vous laisse avec Incontro, musique de Morricone, un air méconnu, né en 1971.

     


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