• Noblesse oblige

     

     

                                                                Downton Abbey : Affiche

     

    J’ai superbement ignoré les cinquante-deux épisodes de Downton Abbey diffusés à la télé entre 2010 et 2015 malgré les commentaires élogieux de plusieurs proches.

    J’ai ignoré crânement les recommandations de connaisseurs me déconseillant de voir le film si je n’avais pas vu les six saisons la série.

    Quelle idée ! Pour moi, un film britannique est plus fort qu’un lord conseilleur. D’ailleurs, la version cinéma commence à l’époque (1927) où le feuilleton a pris sa retraite.Nul besoin de connaître le passé du domaine pour apprécier de nouvelles péripéties. J'ai donc eu le plaisir de faire connaissance succincte d'une vingtaine de personnes, maîtres et valets (mêmes acteurs qu'au petit écran). N'ayant aucun point de comparaison avec la série, ce fut chaque fois Delighted, my dear. J'ai replongé avec délices dans l'ambiance de Gosford Park qui aurait soufflé l'idée de la célèbre série à Julian Fellowes, déjà scénariste du film de Altman en 2001.

    Downton Abbey : Photo Jim Carter

    J'ai passé deux heures agréables en charmante compagnie tant aux étages que dans les sous-sols de l'imposant manoir. Chaque classe sociale suit une hiérarchie et chacun respecte la place assignée par le rang ou la fonction.Les servis reconnaissent les qualités des servants, les servants cultivent un dévouement, voire une dévotion à l'égard des servis. La barrière des classes existe mais nobody ne songe à bousculer un ordre établi au service d'un mode de vie menacé.

    "Vous êtes le cœur de la communauté, vous devez continuer", s'exclame une gouvernante en réponse aux doutes de la comtesse sur le sens de mener un train de vie opulent alors que les moyens commencent à manquer.

                                                                                                                                                     Downton Abbey : Photo Joanne Froggatt, Michelle Dockery

    Si révolutions il y a, elles ont lieu au sein des castes. Une noble lègue ses biens à une roturière; la domesticité de Downton mène la fronde contre les laquais royaux. Les saynètes se succèdent à cadence fluide. Les protagonistes manient tous humour, flegme et élégance, signant un label britannique savoureux de bout en bout.

    En fait nous adorons voir de l'intérieur le faste, l'opulence, les traditions, jadis au cœur de la cité, aujourd'hui confinées dans des cercles restreints à l'abri des regards envieux. Nous aimons les Anglais pour leur style inimitable.Quel dommage ce Brexit interminable! La monarchie demeure une institution vénérée en Grande-Bretagne.Et la reine ne peut rien dire. Ni le roi des Belges s'exprimer sur l'incroyable médiocrité qui consiste à dénier l'intérêt général au profit des intérêts particuliers des partis.

    Je me permets une digression pas si divergente que ça.

     

                                                      Downton Abbey : Photo Hugh Bonneville, Imelda Staunton, Jim Carter, Kate Phillips, Laura Carmichael

    La politique perd ses lettres de noblesse à s'empêtrer dans le court terme, à refuser de considérer les idées de factions rivales. La Belgique vit une évolution larvée qui se traduit par l'avènement de majorités régionales et communautaires avant la constitution d'un gouvernement fédéral. Déjà plus d'un an que le pays est gouverné en affaires prudentes, puis en affaire courantes.

    La Flandre a été la dernière, après Bruxelles et la Wallonie, à composer une coalition. Les Flamands rêvent d'une Flandre nation autonome. Ils ont leur propre ministre de la justice, ils ont supprimé le vote obligatoire aux élections communales, imposé dix ans de résidence aux étrangers avant de bénéficier de l'aide sociale. La Flandre se démarque et ne propose rien au fédéral. Preuve de sa détermination à éviscérer le pouvoir central.

    Sire, j'ai mal à mon pays.

    Majesty, Brexit is a non-sens.

    Le monde tourne carré, c'est pour cela que l'on aime tant les ors surannés de Downton Abbey.

     

                                                         Downton Abbey : Photo Lesley Nicol, Sophie McShera


  • Commentaires

    1
    Christian
    Jeudi 3 Octobre à 22:59

    Quelle audace, quelle témérité, de se risquer dans les sous-sols de Downton sans avoir vu (je dirais même vécu) les saisons de cette série superbe. Il ne reste maintenant qu'à visionner la série pour prendre la mesure de l'univers Downton Abbey pour ne pas dire des deux univers de Downton Abbey.
    Pour revenir sur le film ce fut pour moi qui ai été accroc à la série, une dégustation d'un mets finement composé, une délectation pour les yeux comme pour les oreilles mais ce fut surtout une douce plongée dans le souvenir de ce microcosme où chaque personnage est ciselé, façonné, transformé au fil des épisodes.
    Et je comprends que la vision du film puisse nous interpeller par les parallèles qui peuvent être fait avec notre monde d'aujourd'hui. Et j'avoue que cela ne m'a pas effleuré avant de lire ce post ... tant j'étais accaparé avec les retrouvailles d'avec les personnages.
    Et c'est vrai que ce film décrit un monde aux antipodes du nôtre ... ou plutôt du monde dans lequel nous sommes tant il est pénible d'imaginer que ce monde là puisse nous appartenir de quelque façon que ce soit, lui qui nous échappe dans sa logique, dans ses valeurs et dans sa trépidance.
    Trépidance, C'est ça, oui. C'est peut-être là que je vois en quoi voir Downton Abbey est un délice: c'est dans le rythme, la manière d'occuper le temps ou de le laisser couler, sans s'agiter, de manière posée, sans trop chercher à tout changer.

      • Vendredi 4 Octobre à 09:20

        Quel beau commentaire bien troussé.

        Je ne visionnerai pas les saisons écoulées. Ce condensé me suffit. Mais si septième saison il y a, je visiterai avec plaisir les moindres recoins de  Downton Abbey. Il paraît que Maggie Smith ne veut plus. Mais son personnage vivra-t-il encore longtemps? L'huis est entr'ouvert.

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