• Ne m'oublie pas

     

                                                  

                                       Cinémouvance le 27 février 2016 sur les secrets de famille

                    

    Il y a un an je racontais ici même l'histoire d'Alice atteinte d’une forme précoce de la maladie d’Alzheimer. J'écrivais n’avoir pas éprouvé de grosses émotions mais avoir été stimulé par l’énergie que cette femme de cinquante ans déployait pour compenser ses pertes de mémoire.

    Je viens de regarder Se souvenir des belles choses, un des rares films oubliés dans ma cinémathèque. Claire préfère vivre aux Écureuils que continuer avec sa sœur. Elle a trente et un ans et elle «court un peu après les mots qui parfois lui disent autre chose.» Claire craint de finir comme sa mère décédée en proie elle aussi à de profonds troubles de la mémoire.

    Se souvenir des belles choses : photo Bernard Campan, Isabelle Carré, Zabou Breitman L’amour pousse Claire à quitter l’aile protectrice de sa grande sœur et à vivre l’aventure de sa vie avec Philippe amnésique à la suite d’un accident de voiture fatal à sa femme et à son fils. L’amour chasse les peurs et adoucit la maladie. Quand on aime, on oublie… tout. Pudique, poétique et tendre.


    Dans Loin d'elle, Fiona revit le grand amour à soixante-cinq ans sous les yeux de son mari qu’elle ne reconnaît plus. L’époux souffre terriblement mais laisse l’idylle suivre son cours dans la maison spécialisée où il a dû se résoudre à placer Fiona.

     

                                                                    Loin d'elle : photo Gordon Pinsent, Julie Christie, Sarah Polley


    En sondant ma vidéothèque, j’ai recensé quatre films traitant de la maladie d’Alzheimer. Cette filmographie sélective apparaît après une semaine de contacts avec des personnes désorientées en résidence dans une maison de retraite et de soin.
    La paternité de l’appellation « personnes désorientées » revient à Naomi Feil, créatrice de la Validation, une méthode de soins fondée sur la reconnaissance des émotions et des sentiments de la personne très âgée souffrant de la maladie d’Alzheimer.

    La Validation postule que le moindre comportement a sa raison d’être. La personne soignante ou aidante s’accorde à la subjectivité de la personne déterminée à alléger le poids de conflits non résolus. En fin de vie, les grands vieillards retournent dans le passé pour en finir avec lui. Ils lâchent les émotions enfouies qu’ils n’ont pas su ou ne se sont pas autorisés à exprimer. Naomi Feil appelle résolution ce processus instinctif et inconscient. Le soignant ou l’aidant valide ce retour vers le passé en empathie (vidéo extraordinaire) avec la personne qui se sent écoutée et tirée de l’isolement.

    Si les mots ne viennent plus, des sons et des rythmes les remplacent ; les mouvements appris dans la jeunesse réapparaissent. Que rappellent-ils du passé ? Les objets accumulés donnent un début de réponse, ils symbolisent les pertes subies. Patience et attention permettent de décoder ce nouveau langage propre au grand âge. Naomi considère les personnes désorientées comme des êtres

    dotés d’une sagesse intuitive.                                                         Naomi FEIL


    «Quand on perd la notion du temps présent et du lieu, quand l’heure de la retraite a sonné, quand les règles n’ont plus d’importance, quand les obligations sociales ont perdu tout intérêt, alors c’est l’essence même de l’humain qui s’exprime. Les personnes âgées retrouvent tout naturellement leur sagesse intérieure. » Elles regardent en elles et voient avec les yeux de l’esprit.


    Mon apport de narrapeute sera d’extraire les épisodes positifs des histoires de vie recueillies au compte gouttes, d’en cartographier le contexte, de repérer également le récit préféré de mes partenaires. La mémoire émotionnelle reste vive chez les personnes désorientées. Cette mémoire affective constitue une précieuse porte d’entrée pour les thérapies narratives.


    L’approche narrative colle bien à l’Humanitude. Cette méthode autant que philosophie de soin en gériatrie privilégie le regard, la parole, le geste tendre et la verticalité. Une personne âgée bien accompagnée peut et doit vivre debout.


    Moins de médication, plus de chaleur humaine, l’Humanitude fait des miracles. Des grabataires recommencent à marcher, des «muets» reparlent, sous l’impulsion d’un personnel nombreux et disponible.


    En France, des médecins demandent aux pouvoirs publics d’étoffer l’encadrement dans les établissements spécialisés au lieu de soutenir l’industrie pharmaceutique dans la recherche improductive d’un traitement. Il existe d’autres méthodes que les camisoles chimiques pour les malades agités, explique un médecin cité dans l’article édifiant du Monde diplomatique de février : Alzheimer, maladie politique.

     

    On y lit notamment que les laboratoires revoient leur stratégie encouragés par de nouvelles orientations de recherche axées sur le diagnostic précoce. Il s’agit d’identifier les personnes qui développeraient la pathologie dans les dix ou quinze ans. Les nouveaux médicaments visent une population jeune en bonne santé traitée préventivement durant plusieurs années. Le Monde diplomatique souligne la rentabilité juteuse des outils de diagnostic en cours d’élaboration ou en attente de brevet.


    Il serait plus sain d’investir pleinement dans l’accompagnement des personnes âgées, désorientées ou pas, de façon à consolider la Validation et l’Humanitude, des valeurs sûres, portées à l’origine par des personnes lasses d'administrer des soins mécaniques et inhumains.


    Le cinéma a sorti  une vingtaine de films de fiction ou inspirés de la réalité sur les troubles Alzheimer.

                                                        Affiche Floride                                                                                                                    J’ai évoqué un des plus récents, Floride lors de sa sortie en août dernier.

     

     


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