• Mythes exodiques

     

     

    La première fois que j’ai entendu parler de Moïse, c’était dans la bouche de ma grand-mère paternelle. Elle m’a raconté le bébé abandonné au fil du Nil, les 7 plaies d’Egypte, le peuple élu, les 10 commandements… Je devais avoir 7 ans.

    Paul Veyne écrit que les mythes n’étaient, au départ, que des histoires de nourrices destinées à bercer le sommeil des enfants.  Ma grand-mère perpétuait la tradition des récits universels qui disent « quelque chose » de l’humanité. Répétés à l’envi, les mythes deviennent des objets de croyance, vécus comme des réalités. Selon l’anthropologue Lucien Lévy-Bruhl, les croyances associées aux mythes relèvent de la psychologie collective.

     

    Quoi qu’il en soit, je me suis bien laissé prendre par Exodus, vison épurée de Moïse,  

    Exodus: Gods And Kings centrée sur son bannissement, les fléaux et le passage de la mer Rouge.

    On a  beau connaître l’histoire, on est toujours preneur d’une nouvelle version. La vision de Ridley Scott est curieuse. Son Moïse est en quête d’identité, dieu est cruel et vengeur, représenté sous l’apparence d’un enfant. La texture est sombre, rendue par la photo et les décors plus que par les acteurs passablement inexpressifs.

     

                          Description of . Christian Bale as Moses leads the Egyptians into battle in 'Exodus: Gods and Kings.' (Twentieth Century Fox)                 

    Mais la mise en scène impressionnante produit ses effets  dopés par la technologie numérique. En 1963, lorsque Cléopâtre (repris actuellement en France) entre pompeusement à Rome sur un char impérial tiré par des légions d’esclaves, le spectateur connaît les tribulations d’un tournage étalé sur deux ans. La reine d’Egypte  E. Taylor


      a usé 3 réalisateurs 

     

    et des millions de dollars en décors construits en dur à la main.  Aujourd’hui la numérisation nourrit l’illusion presqu’ à l’infini. Le public dans l’arène de Gladiateur était une création numérique. Seuls les premiers rangs étaient peuplés de personnes réelles. 

    On y croit, emporté par la puissance du récit. Un homme montre le chemin guidé par la main de Dieu. Moïse attrape la foi qui lui rend son vrai nom et lui donne une raison d’être. La question de l’identité est posée plusieurs fois dans de brèves bouffées introspectives. Dans Moïse et le monothéisme, un des derniers écrits de Freud, le père de la  psychanalyse évoque l’altérité fondatrice de l’identité. Il soutient que Moïse était égyptien. Nier ses origines, c’est renforcer ce que l’on veut occulter. Moïse est étranger au peuple juif, il vient d’ailleurs, ce qui lui confère la transcendance du  chef. L’altérité fonde l’identité.  

    L’altérité  est  source de richesse et d’échanges. Le message  devrait être rediffusé aux 4 coins du monde, en particulier à Jérusalem et Gaza. Moïse, premier prophète du judaïsme, est très cité dans le Coran, sous le nom de Moussa. Il annonce  le prophète Mahomet. Reconnaître l’altérité, accepter que l’autre soit différent fonde la vie en société, plutôt encline à l’exclusion en ces temps confus. Voyez  Angoulême qui grillage ses bancs publics pour en barrer l’accès  aux SDF. 

                                 Je reviens à Moïse au cinéma. Je relève une étrange coïncidence.

    Ridley Scott dédie Exodus à son frère décédé Tony. Il a tourné à 77 ans. Cecil B.DeMille Affiche Cecil B. DeMille

     

                     avait le même âge quand il a eu une crise cardiaque sur le tournage des Dix Commandements en  1956.

                                                                                    Les Dix commandements

     

    En 1976,  Burt Lancaster en Moïse passe inaperçu dans un téléfilm italien. Burt a 63 ans. Moïse inspire sur le tard.

    Le mythe défie les âges. Il illustre la vanité de l'homme qui s'échine à égaler le ou les  dieux. Pharaon engloutit son peuple dans ses chimères de pouvoir divin absolu. De même que l’homme se fourvoie en éreintant  la Terre à satisfaire ses envies insatiables. Peut-être qu’un fléau se terre dans l’ombre, prêt à frapper en bras armé d’une planète révoltée  contre l’épuisement aveugle de ses ressources.

    Si cette idée vous empêche de dormir, faites comme cet ami, qui me dit assommer l'insomnie en s’imaginant dans le panier de Moïse bébé, confié aux mains divines, guidé par celui qui Sait. Salut!

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Paul
    Vendredi 26 Décembre 2014 à 11:44

    Mère-Grand a-t-elle voulu t'épargner l'horreur des trois dernières plaies ???  smile

    2
    Vendredi 26 Décembre 2014 à 12:17

    Beaucoup d'aplaies, peu d'élues. Depuis que tu as lu, j'ai mieux illustré et ajouté des liens.

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :